Sélection Manga

Sans titre 120th Century Boys (Naoki Urasawa)

Une mystérieuse organisation dirigée par « Ami » exploite la bannière qui rassemblait Kenji et sa bande durant leur enfance. Entre nostalgie et anticipation, le récit aborde de graves problématiques (psychose infantile, manipulation des masses) et pose un regard sur la belle époque (la génération Tetsujin 28-go, l’exposition universelle de 1970, la folie rock). Les héros doivent retrouver une page de leur enfance oubliée pour empêcher leurs délires d’antan de se concrétiser. Dommage que l’intrigue laisse une trop grande place à la science-fiction et qu’elle ne tienne pas toutes ses promesses à l’heure des explications car on tenait jusqu’alors un thriller crédible, à la fois captivant et alambiqué.

anjAshita no Joe (T. Chiba, A. Takamori)

Ashita no Joe raconte l’irrésistible ascension d’un jeune orphelin au tempérament sauvage et agressif vers les sommets de la boxe. Repéré par un vieil entraîneur alors qu’il n’était qu’un voyou traînant dans la rue, Joe voit sa passion pour ce sport s’allumer lors de son séjour dans un centre de redressement. Il y fait la rencontre de Rikiishi, un ancien pro qui résiste à la violence de ses poings. Cette flamme vive et ardente se consume au fil des durs entraînements menés dans ce club pouilleux sous le pont des larmes, des matchs qui voient les adversaires de Joe s’écrouler sous ses coups dévastateurs. Ashita no Joe dresse le magnifique portrait d’une jeunesse éternelle, brûlant du plus bel éclat, toujours tournée vers de flamboyants lendemains.

Black Jack (Osamu Tezuka)

Un chirurgien de génie pratique dans l’ombre les opérations les plus complexes et inédites. Ce mystérieux bonhomme a cependant une réputation de médecin marron car il fait payer ses services à prix d’or. A quoi lui sert tout cet argent? Laisse-t-il mourir les plus démunis? Chaque tome raconte une quinzaine d’histoires au sein desquelles Black Jack affronte des situations toujours assez délicates et dont la chute ne manque jamais de marquer le lecteur. Des récits subtils et profondément humanistes qui plongent un héros mystérieux et taciturne au centre d’une réflexion autour de la vie et de la médecine, des thèmes chers à un auteur au sommet de son art et qui connait bien les ficelles du métier.

City Hunter (Tsukasa Hojo)

Dans les quartiers chauds, sombres et dangereux de Shinjuku, on suit les aventures de Ryo Saeba, un chasseur de prime bouffon et libidineux. Secondé dans son travail par la belle, douce et irascible Kaori Makimura, la petite sœur de son défunt partenaire, ce nettoyeur réserve ses services à de charmantes demoiselles auxquelles il essaye en vain de rendre une visite nocturne. L’auteur s’amuse beaucoup à dessiner notre héros modèle en érection quand ce ne sont pas des marteaux de 1000 tonnes brandis par sa furieuse associée. On s’attache éperdument à l’univers d’Hojo, à son héros tantôt sublime, tantôt grotesque, à sa façon gentillette de raconter des histoires et de dessiner ses héroïnes.

emmaEmma (Kaoru Mori)

Londres à l’époque victorienne. Une jeune femme de chambre rencontre l’héritier de la famille Jones, l’une des plus riches de la gentry. C’est le coup de foudre dès le premier regard. Mais leur naissance respective laisse peu d’espoir aux deux amants. Avec beaucoup de raffinement et de sensibilité, l’auteur de Bride Stories redonne vie aux rues de Londres, aux réunions mondaines, au petit univers des domestiques. Des tableaux qui dénoncent les normes et les conventions d’une société minée par ses clivages. Emma en est la touchante victime et le lecteur ne peut s’empêcher de manifester de l’empathie pour cette héroïne dont le courage, la détermination et la pureté des sentiments mettent si bien en valeur l’uniforme de servante.

Fruits Basket (Natsuki Takaya)

Si je devais retenir un seul shōjo, ce serait le merveilleux récit d’un chat, d’un rat et du rayon de soleil qu’ils rencontrent un beau jour. Il ne s’agit pas d’une histoire d’amour mais de la malédiction qui pèse sur une famille possédée par les animaux du zodiac chinois. Le lien sacré qui rattache ces personnes leur cause bien des souffrances : rejet, jalousie, culpabilité, haine et désespoir. Des sentiments et des relations complexes que l’auteur décrit avec beaucoup d’émotion et de justesse. Fruits Basket est une ode à la joie de vivre, à ce qui rassemble les êtres et aux épreuves quotidiennes que l’on savoure fiévreusement sous le sourire irrésistiblement naïf de son héroïne. Un message d’espoir et de bonheur qui purifie votre petit cœur et provoque d’irrépressibles sanglots.

Great Teacher Onizuka (Tôru Fujisawa)

C’est quoi l’école ? GTO offre une plongée critique dans l’univers de l’adolescence et de l’éducation qui s’avère franchement marrante. Onizuka est un prof hors du commun : sauvage et pervers, il est devenu enseignant pour se taper des lycéennes. Comment arrivera-t-il à venir en aide à des collégiens en détresse avec ses idées toujours aussi débiles et ses antécédents de voyou ? Une directrice téméraire lui offre la charge d’une classe qui pullule de cas sociaux : beaucoup cachent de douloureux secrets, une situation familiale ou scolaire trouble, mais voient leur horizon chamboulé au côté de leur sensei national qui pratique une pédagogie de choc. Parmi eux, la belle et pernicieuse dompteuse de serpents testiculivores aux yeux vairons, Urumi Kanzaki.

Le Journal de mon père (Jirô Taniguchi)

Le récit annonce Quartier Lointain sans s’encombrer de son bagage fantastique. Les souvenirs ne reprennent pas vie autour du narrateur mais le témoignage compréhensif de son oncle renouvelle son regard sur sa jeunesse, sur sa relation avec son père. Avec talent, l’auteur pose les décors de sa ville natale, alterne images passées et présentes pour décrire la complexité du rapport filial. Père et fils sont comme une médaille dont les deux faces incapables de communiquer restent en tous points semblables : le même orgueil, les mêmes maladresses. Les révélations et les regrets sont d’autant plus marquants que sa propre expérience permet au héros désormais adulte de mieux comprendre son père.

Le Sommet des Dieux (Jirô Taniguchi, Baku Yumemakura)

Comme des eaux-fortes empreintes d’une somptuosité sacrée, Jirô Taniguchi dessine d’impressionnants massifs montagneux qui livrent un combat contre ceux qui prétendent accéder au trône présenté par leur cime. Une histoire de roches et de pics, de cordes et de chutes qui prend au fil des pages une dimension plus humaine et métaphorique. Pourquoi l’homme escalade-t-il la montagne? N’est-ce pas une façon d’échapper à la médiocrité de son existence pour grimper vers son rêve, comme obnubilé par l’inaccessible? Une croisade initiatique où chacun a son Graal, ses limites à dépasser au prix d’une lutte acharnée contre la nature et soi-même.

Lone Wolf and Cub (K. Koike, G. Kojima)

Exécuteur du shogun, Ogami Itto est victime d’un coup monté du clan rival Yagyu. Il emprunte la voie de l’assassin avec son fils de trois ans, Daigoro, pour venger sa famille décimée. Suivant ce duo atypique et touchant, le récit dessine une fresque complète et frappante de la période Edo et de ses coutumes. La relation entre le père et son fils est particulièrement sublime : l’enfant mûrit en prenant pour exemple un visage impénétrable, même au moment où l’assassin fait couler le sang sur la route de l’enfer. Les auteurs signent un véritable chef-d’œuvre du gekiga. Le dessin touche à la perfection lorsque les sabres sont en mouvement et le découpage influencera des générations de mangakas.

Monster (Naoki Urasawa)

Maître Urasawa signe un thriller psychologique parfaitement construit à travers plusieurs points de vue. Un scénario complexe qui mêle histoire, ethnie, magouilles policières, expériences sur les enfants et réflexion sur la médecine qui rappelle Tezuka. Dans l’Allemagne et la République Tchèque d’après la guerre froide, que l’auteur dessine avec un souci pour le détail, le lecteur suit la destinée de deux jumeaux et d’un médecin. L’œuvre décrit le trouble de l’identité qui permet au monstre de s’introduire et de se manifester dans la conscience humaine. Entre psychologie et sociologie, une enquête qui peut sembler un peu torturée mais une fois plongé dans l’intrigue, on n’en ressort pas.

One Piece (Eiichirô Oda)

« Amitié, effort, victoire » et levons l’ancre pour une longue aventure dans les pages du Jump! Le manga le plus lu au Japon compte à ce jour 66 volumes. Un succès amplement mérité tellement l’univers est immense et méticuleusement mis en place. Avec ses compagnons, Luffy vogue à la recherche du légendaire One Piece et affronte sur sa route une armada de pirates aux pouvoirs souvent loufoques. Lui-même a mangé le fruit du caoutchoutier et peut donner des coups surpuissants en étendant ses bras et ses jambes. Une recette qui fait mouche grâce à un équipage éclectique et charismatique où il règne une ambiance déjantée. Au fil des tomes, l’aventure prend une dimension épique et les planches ne cessent de surprendre par leur dynamisme et leur densité.

Phénix (Osamu Tezuka)

Un ensemble de récits autour du phénix, l’oiseau de feu dont le sang offrirait l’immortalité. On reconnait les enseignements de Bouddha à travers la mise en évidence du cycle de la vie et de la mort mais l’auteur représente cette fois tout un cycle de l’humanité en nous faisant voyager à travers les siècles. Phénix se lit comme une mosaïque alternant futur, préhistoire et apocalypse, pour décrire la destinée teinte de déterminisme de quelques hommes luttant contre la mort. Cette anthropologie poignante et éclairante souligne les peurs et les aspirations de l’être humain à travers quelques histoires véridiques, légendes inspirées ou fictions prophétiques. Si Tezuka est le dieu du manga, Phénix en est l’origine et la fin.

Shin Angyo Onshi (Y. Kyung-Il, Y. In-Wan)

«Voici venir l’Angyo Onshi, son sando et son écuyer minable.» On reconnait d’emblée le trait épais et détaillé d’un manhwa mais l’œuvre a été éditée au Japon, se posant ainsi comme une sorte de pont culturel entre deux pays. Le récit narre avec brio la revanche sur la passé d’un général déchu qui emprunte la voie de l’Angyo Onshi, le défenseur du peuple. Les combats envahissent les planches et les flashbacks sont légions. Munsu est un héros unique car il pâtit d’une certaine faiblesse, compensée par la présence d’une splendide Sando à ses côtés. Mais on reste surtout subjugué devant un univers d’une richesse rare décrivant la Corée en pleine anarchie et révélant ses légendes fantastiques.

Solanin (Inio Asano)

L’histoire d’un jeune couple qui affronte les désillusions de la vie active et d’une bande d’amis qui rêvaient de monter un fameux groupe de rockstars. L’auteur dessine une société contemporaine authentique où les jeunes ont toujours plus de difficultés à trouver une place car la dure réalité ne répond pas à leurs aspirations. Asano décrit le malaise qui les habitent au moment où ils se rendent compte de l’affligeante banalité de leur destin et la façon dont ils essayent de lui échapper. La musique leur sert encore d’exutoire là où les rêves utopiques de succès ont été abandonnés. Ce récit intime et évocateur parle d’une jeunesse qui se cherche mais continue à avancer avec beaucoup d’humour et de sensibilité.

Touch (Mitsuru Adachi)

Sport, adolescence, romance et rivalité : cette comédie se dévore au rythme des matchs de baseball, toujours aussi bien exploités chez Adachi. Mais l’histoire aborde avec sérieux et mélancolie une réflexion sur la relation entre deux frères jumeaux. Sous ses apparences de gai luron, Tatsuya privilégie le bonheur d’autrui et manque de confiance en soi, effacé derrière l’aura de son petit frère Kazeya. Se contentera-t-il de rester en coulisse quand l’amour de la belle Minami sera en jeu? Quelques planches muettes et nostalgiques montrent comment les actions de chacun sont rattachées aux paysages de leur enfance. Vingt ans plus tard, Cross Game ne parviendra encore pas à nous faire oublier le drame de Touch.

Une Sacrée Mamie (Saburô Ishikawa, Yoshichi Shimada)

A la fin des années 50, le petit Akihiro se voit littéralement balancé dans un train par sa maman pour aller vivre avec sa grand-mère en pleine campagne. Une vie extrêmement pauvre l’y attend comme ils se nourrissent des radis et concombres que les gens ont jeté à la rivière et n’ont pas les moyens de réparer les fuites du toit. Mais au côté d’une sacrée mamie, intarissable de sagesse et de gaieté, peu importe la précarité de la situation, Akihiro aura tous les jours le sourire aux lèvres. Touchante de réalisme et de simplicité, cette chronique de la vie quotidienne d’autrefois célèbre une enfance qui avait bon cœur malgré un estomac léger.

xxxHOLiC (CLAMP)

Fuyant d’étranges et envahissantes créatures, Watanuki débarque bien malgré lui dans une mystérieuse boutique. Il y rencontre la sorcière des dimensions, l’espiègle et alcoolique Yûko, qui lui promet de sceller ses pénibles visions en échange de bons et loyaux services. A ses côtés, le jeune homme découvre toute la valeur d’un souhait, le poids de la destinée, la complexité de l’individu, la fragilité de l’existence et l’équilibre fondamental sur lequel repose l’univers. S’appuyant sur une esthétique et une sensibilité quasi-oniriques, CLAMP nous propose quelques récits emplis de poésie, de sagesse et de folklore, souvent imprégnés d’une gaieté bon enfant, parfois d’une tristesse et d’une beauté inouïes.

Yokohama Kaidashi Kikou (A. Hitoshi)

Quelques anecdotes sur le quotidien d’Alpha, un robot qui tient un café dans un petit paradis perdu et difficile d’accès. Ce chef-d’œuvre de l’iyashikei propose un moment unique d’exotisme et de détente durant lequel le lecteur goûte à un semblant de félicité quotidienne en compagnie d’une étrange demoiselle qui appréhende son environnement et la fuite du temps d’une façon très particulière. Ashinano Hitoshi dessine un univers futuriste, onirique et mythique à travers de magnifiques tableaux crayonnés et souvent somptueusement colorés. L’œuvre balance entre contemplation et tranche de vie, où tout est douceur, subtilité et poésie de l’instant.

Yotsuba ! (Kiyohiko Azuma)

Une gamine de 5 ans quitte la campagne pour emménager en ville avec son papa. Dès lors, le moindre élément nouveau est un objet d’émerveillement. Débordante d’énergie, intarissable de curiosité et pétillante d’enthousiasme, Yotsuba part à la découverte de la vie urbaine et ne perd pas une seule occasion de squatter chez ses voisines Ena, Fuuka et Asagi. Après Azumanga Daioh, l’auteur nous livre les histoires loufoques d’une petite fille qui s’initie peu à peu aux « mystères » de son nouvel entourage. Ses aventures quoique banales sont toujours aussi amusantes et attendrissantes. Les enfants ça court, ça crie, ça mange, ça s’énerve mais c’est décidément beaucoup mieux en manga.