Maison Ikkoku – Kyoko je t’aime!

A la pension des Mimosas, tout le monde est heureux
Même si quelquefois le ciel n’est pas toujours bleu-eu…

Qui n’a pas encore en tête le fameux générique de « Juliette je t’aime » chanté par Bernard Minet ? J’avoue qu’à l’époque je me désintéressais totalement de la série, trop occupé à suivre Dragon Ball et Les Chevaliers du Zodiaque. Les histoires d’amour ne m’incitaient pas à me lever tôt le matin durant les vacances d’été pour m’abrutir devant l’émission Club Dorothée. Puis c’est surtout à travers Ranma ½ que j’ai goûté à l’univers de Rumiko Takahashi. Pourtant je dois reconnaître aujourd’hui que Maison Ikkoku est sans conteste son œuvre majeure.

maison ikkoku

C’est donc sans aucune nostalgie que je me suis replongé ces derniers mois dans la petite maison des Mimosas. D’autant plus que je ne me suis pas intéressé à l’adaptation TV mais au manga original. Je me suis procuré d’occasion les 10 gros tomes publiés par Tonkam en 2007. Si la lecture s’est avérée pour le moins légère dans le fond, c’est toujours inconfortable de devoir manipuler des gros tomes doubles au papier épais. En lisant avec modération, il m’a fallu quelques semaines pour voir le fin mot de l’histoire de ceux que l’on a longtemps eu l’originalité d’appeler Juliette, Hugo et François en version française.

L’histoire se déroule dans une résidence dont les pensionnaires sont pour le moins chahuteurs. La dévergondée Akemi s’y promène sans cesse en petite tenue, Yotsuya le filou ne cherche qu’à manipuler les autres pour manger à l’œil tandis que Mme Ichinosé est du genre à faire la fête en buvant et dansant tous les soirs… Et là au milieu, il y a Yusaku, un étudiant raté qui a du mal à supporter ses voisins de palier et qui s’apprête à déménager. Avec des trous dans les murs et des balcons qui s’effondrent, l’intégrité physique tant que l’intimité et la tranquillité du jeune homme sont menacées. Mais c’était avant l’arrivée de la belle Kyoko, la nouvelle responsable de la résidence dont il tombera éperdument amoureux…

Mais elle est arrivée un jour
Et d’un seul coup l’amour
Est venu enchanter tous ceux qui l’habitaient

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Cette longue tranche de vie traite deux principales thématiques : la disparition de l’être aimé d’une part et le long parcours d’un jeune homme dans la société d’autre part. Kyoko a perdu son mari et se retrouve veuve à un jeune âge. Une situation très préoccupante au Japon à une époque où le nom de la veuve était écrit en rouge sur la pierre tombale comme le rappelle d’ailleurs le beau-père de la jeune femme. L’ombre de Soïchiro, dont nous ne verrons jamais les traits, est présente à travers toute l’œuvre et les visites sur sa tombe viennent rythmer les années que passe Kyoko à la résidence Ikkoku. La belle ne peut oublier son défunt mari et n’imagine pas se remarier alors que les prétendants ne manquent pas…

En effet, Kyoko ne laisse personne indifférent, que ce soit son locataire Yusaku ou son professeur de tennis, le riche et élégant Shun. Maison Ikkoku fait la part belle à plusieurs triangles amoureux et à de multiples rebondissements. Les sentiments de chacun ne font aucun doute : si Yusaku et Shun aiment tous les deux Kyoko, la jeune fille mettra une éternité à se décider car ses pensées restent longtemps tournées vers Soïchiro. Cela permet à l’auteur de mettre en place quelques échappatoires à nos deux mâles frustrés. Ainsi Yusaku passera-t-il du temps avec la gentille et mignonne Kozue. Cette naïve demoiselle ne se rendra jamais compte que ses sentiments pour Yusaku ne sont pas réciproques et qu’il cherche maladroitement à se débarrasser d’elle. Quant à Shun, il devra faire face aux manigances de son oncle qui le pousse à un mariage d’intérêt avec une fille de bonne famille. L’auteur manie à merveille l’art du quiproquo pour pimenter toutes ces relations. Le sort semble parfois s’acharner sur les héros, provoquant quelques retournements de situation tout bonnement hilarants.

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Au centre de tous les enjeux, la belle Kyoko suivra avec plus d’intérêt qu’elle n’en donnera l’air le parcours de ses prétendants. La grande naïveté de Yusaku en particulier lui coûtera de belles crises de jalousie. Les colères de son intendante ont un côté d’autant plus terrifiant que le pauvre jeune homme n’y est souvent pour rien. Pour se consoler de la stupidité de Yusaku, Kyoko s’occupe tendrement de son chien qui porte le même nom que son défunt mari, comme s’il symbolisait encore sa présence à ses côtés. Elle doit aussi supporter les assauts répétés de ses parents qui souhaitent la voir rentrer chez elle et abandonner son misérable métier. Sa mère veut qu’elle se remarie dans la fraîcheur de l’âge tandis que son père préférerait la garder à ses côtés.

Durant toutes ces années, le lecteur suit également le parcours initiatique de Yusaku et son entrée dans le monde adulte. Etudiant raté, inscrit dans une université minable, éternel sans emploi, ouvreur de cabaret, il finit par trouver sa voie comme assistant en maternelle et met tout en œuvre afin de pouvoir demander Kyoko en mariage. Yusaku est un modèle unique de persévérance comme il supporte durant six années un amour à sens unique. Son parcours symbolise celui de toute une jeunesse dans une société où elle peine à trouver sa place.

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Il a fallu plus de six ans à Rumiko Takahashi pour terminer son œuvre. C’est à peu près le temps que passent ensemble Kyoko et Yusaku dans la résidence. Durant toutes ces années, ce ne sont pas seulement ses héros qui prennent de la bouteille mais également son coup de crayon. Les traits des personnages s’affinent de manière assez subtile et le lecteur qui aura la curiosité de reprendre le premier volume à la fin de sa lecture sera surpris de leur trouver un tout autre air. Je pense malheureusement que le trait de l’auteur perd aussi un peu de son authenticité et que l’on ne retrouve plus chez ses personnages leur caractère brut des premiers volumes. Aujourd’hui encore, les planches et le style de l’auteur restent de toute première fraîcheur et font de Maison Ikkoku un manga que l’on redécouvre toujours avec autant plaisir.

En conclusion, Maison Ikkoku est un foudroyant hymne à la jeunesse, aux amours, à la vie. Avec cet univers pétillant et empli de bonne humeur, Rumiko Takahashi s’est posé au sommet d’un genre qu’aucune œuvre future (je pense à Love Hina) ne parviendra à atteindre.

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Juliette je t’aime
Juliette je t’aime
A la pension des Mimosas…

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