Tutturuu ! – Apologie de Steins;Gate

__makise_kurisu_and_okabe_rintarou_steins_gate__sample-23abf9cb070c83516d8e14419092536dDans le quartier d’Akihabara, un jeune savant fou nommé Okabe Rintaro parvient à concevoir à partir de son four à micro-ondes une « machine à remonter le temps » qui lui permet d’envoyer des messages dans le passé. Une invention qui ne plait pas à tout le monde et qui attire les convoitises. Très vite, lui et ses compagnons de « laboratoire » se trouvent traqués par une mystérieuse organisation…

Cela fait déjà cinq ans que je suis plongé dans l’univers de Steins;Gate. Je me souviens qu’il m’avait suffi de moins d’une journée pour regarder les 24 épisodes parus en 2011 : un de mes plus fameux marathons. Impossible de décrocher tellement on se laisse emporter par la fiévreuse obsession de Rintaro de sauver son amie d’enfance en faisant de multiples sauts dans le temps. Si j’ai alors eu un premier coup de cœur pour ce jeune homme qui monologue avec son smartphone et qui met l’ambiance avec ses rires et ses délires, l’anime n’arrive pourtant pas à la cheville de l’oeuvre originale que j’ai lue une année plus tard, alors que je ne savais plus quel visual novel me mettre sous la dent après avoir balayé le haut du panier de vndb. Je l’avais gardé pour la fin car le souvenir de l’anime était encore trop vif dans ma mémoire et je regrettais même d’avoir vu la série auparavant. Cela devait quelque peu gâcher la tension du récit…

Ce qui rend le visual novel unique dans son genre, c’est avant tout sa touche artistique. L’œil du lecteur est tout de suite interpellé par le look plutôt spécial des personnages avec leurs visages palots, ces chevelures emplies d’effets, ces yeux en spirales et la texture du chara-design. Mais aussi la richesse des décors urbains qui fourmillent de détails et dont la conception fait souvent preuve d’inventivité. Steins;Gate est un des premiers visual novel disponible en format 16/9 et s’attache une palette de CG impressionnante bien qu’il ne s’agisse pas d’un eroge.

0099

En lisant Steins;Gate, on s’attache énormément à tous les personnages qui viennent grandir les rangs de l’équipe du grand scientifique fou Hououin Kyouma que personnalise Rintaro dans ses trips totalement débiles. On ne se plaindra pas que pour une fois, le héros ait droit à un doublage car ses envolées et ses trémolos dans la voix sont tout juste savoureux. Et que dire de la gentille Mayuri et de son irrésistible « tutturuu ! », du bon gros Daru et sa façon de déblatérer des perversités tout droit sorties des eroge auxquels il joue ?

Comme tout visual novel qui se respecte, Steins;Gate repose sur de nombreuses routes déclenchées par nos choix. La grande particularité du titre est de placer ses flags exclusivement dans la façon dont Rintaro utilise son smartphone. On dirige le fil de l’intrigue en décidant de répondre ou non à des messages ou des appels. Un concept extrêmement bien pensé et qui fonctionne un peu comme une mise en abîme du récit dans la mesure où le joueur met en quelque sorte lui-même le casque relié au « Phonewave » en accédant à l’écran de chargement des parties antérieures.

Steins;Gate est un long visual novel mais on ne s’ennuie pas un seul moment durant la lecture tellement le scénario s’avère bien ficelé, toujours drôle, parfois émouvant. Un puzzle diablement complexe qui réserve bien des surprises. Bien sûr, il reste un bon paquet de contradictions dans tout ce méli-mélo mais on ne va pas s’en formaliser. On pourrait passer des heures à disserter propos des paradoxes temporels, à se demander ce qui justifie le fameux « Reading Steiner » dont dispose le héros. Ce serait passer à côté de la visée d’un divertissement qui, malgré les apparences, ne se prend pas la tête.

46591l

Comme toutes les œuvres à succès, les auteurs ont essayé de développer un peu leur franchise. Cela s’est concrétisé avec un merveilleux film, Fuka Ryouiki no Déjà vu, qui voit la belle Kurisu voler la vedette à notre héros favori et partir à la recherche de Rintaro dans la spirale temporelle. Beaucoup ont crié alors au fanservice mais cela ne m’a pas empêché d’apprécier ces aventures trépidantes et riche en émotions en compagnie de l’une des plus charismatiques tsundere. En un peu plus d’une heure, ce film avait ravivé toute ma passion pour la série. On est en fin 2013.

Mais pourquoi je viens vous déranger ce soir avec mon billet sur Steins;Gate me demandez-vous ? Tout simplement parce que j’achève à l’instant la true end du second visual novel : Steins;Gate 0. Je n’entrerai pas dans les détails car il s’agit d’une suite directe. Sachez juste qu’elle raconte l’histoire d’un univers où Rintaro, totalement désespéré, a définitivement jeté l’éponge, fatigué de voyager dans le temps et de voir sans cesse mourir ses proches. « Elle » n’est donc plus là. Après les voyages temporels, Steins;Gate 0 aborde de sulfureuses théories sur l’intelligence artificielle, la numérisation de la mémoire dans un pot pourri de science-fiction toujours aussi savoureux. Avec en prime de l’histoire de la musique classique.

zlyz-sdqfry

Désormais amer et dépressif, à des lieues du regretté Hououin Kyouma, Rintaro fait la connaissance de Maho, une collègue de Kurisu à l’université, une « legal loli for the win » dirait Daru, qui la met en relation avec une des plus grandes et récentes avancées de la science : « Amadeus ». Après un démarrage quelque peu poussif, la surprise déçue de l’ambiance morose du récit, j’ai dévoré les six routes. L’intrigue est d’autant plus complexe et mystérieuse car les changements de paradigmes temporels interviennent de manière surprenante comme ce n’est plus Rintaro qui joue avec le temps. En outre, la tranche de vie vient moins freiner le récit que dans Steins;Gate. La fin peut sembler insatisfaisante et laisse le lecteur avec beaucoup de questions. C’est à lui de les trouver en insérant cette « midquel » dans l’œuvre originale.

L’anime Steins;Gate 0 a d’ores et déjà été annoncé. Toutes ces œuvres annexes forment un développement intelligent et justifié de l’univers Steins;Gate, auquel elles s’intègrent judicieusement. Avec toutes les possibilités données par la théorie des univers parallèles, 5pb possède une liberté de manoeuvre quasi infinie. On est ici à des lieues de la façon dont on massacre la franchise Fate, rongée jusqu’au trognon et pourrie par un fanservice nauséabond. Steins;Gate est – de loin – le meilleur visual novel à ce jour et la popularité de l’anime, encore aujourd’hui, vient confirmer cette évidence.

Sur ce… El Psy Congroo.

Publicités