Sing « Yesterday » For me : la fin de la chanson

sing (1).jpgIl y a des séries qui sortent petit à petit, que l’on oublie presque dans un coin de sa bibliothèque alors qu’elles sont toujours en vie, malgré une attente de deux ans entre certains volumes. C’est le cas de Sing « Yesterday » For me, de Kei Toume. J’ai lu beaucoup de titres de l’auteur, parmi lesquels je citerai bien sûr Les lamentations de l’agneau mais aussi Fugurumakan Raihoki, un one-shot absolument superbe bien que malheureusement inédit chez nous. Kei Toume fait partie de ces mangakas qui refusent de suivre un rythme de publication infernal, préférant aller à son rythme pour produire une œuvre de qualité. Elle a dessiné les premiers chapitres de Sing « Yesterday » For me en 1997 et il aura fallu attendre juin 2015 pour que le point final paraisse dans le magazine Grand Jump. La publication chez Delcourt sera étalée entre 2003 et 2016.

Quand je regarde les 11 volumes posés sur l’étagère, la première image qui me vient à l’esprit est celle d’Haru, cheveux en broussailles, un corbeau sauvage sur l’épaule. Un personnage excentrique que l’auteur a su rendre attachante, symbole de l’authenticité des sentiments. L’histoire commence par sa rencontre avec Rikuo, un jeune homme tout droit sorti de l’université, sans trop d’ambition. Malgré une formation de photographe, il travaille dans une supérette. Et c’est là que tous les deux vont faire connaissance. Mais Rikuo est toujours épris de son ancienne camarade de classe, Shinako, qui est devenue enseignante et qu’il retrouve par hasard. Un amour à sens unique car la jeune femme soigne les cicatrices causées par la mort de son premier amour. Et il y a Riu, celui qu’elle considère comme son petit frère, mais qui grandit et n’acceptera bientôt plus d’être considéré comme tel. Ce petit cercle s’est élargi au fil des tomes, formant un tissu de relations complexes autour de plusieurs personnages.

sing (1).pngKei Toume est une artiste et Sing « Yesterday » For me vient confirmer cet état des faits s’il était encore nécessaire. L’œuvre tout entière traite de l’art. Rikuo est photographe, Riu fait des études d’art et ils croiseront bien d’autres personnages liés au domaine. Mais plus que le fond de l’histoire, c’est bien sa forme qui font de Sing « Yesterday » For me une œuvre d’art. A commencer par les expressions faciales des personnages, le talent de l’auteur pour la mise en scène et la subtilité avec laquelle elle construit le développement de ses personnages. Si le trait de l’auteur s’avère irrégulier, il possède un charme et une originalité rares. Les doubles pages qui introduisent chaque scène déclinent les héroïnes à toutes les sauces comme d’authentiques clichés.

Dans l’entretien publié à la fin du dernier tome, Kei Toume explique qu’elle voulait écrire une romance qui ne soit « pas lourde même si les sentiments seraient complexes. » Cela définit assez bien son œuvre. Dans Sing « Yesterday » For me, il n’y a aucune place pour la violence des sentiments, ni pour le mélodrame, des éléments que l’on retrouve trop ailleurs. L’auteur décrit avec beaucoup de réalisme les états d’âme de personnages adultes qui vivent des amours banales mais pas simples pour autant. Difficile d’établir un rapport entre ces relations et la chanson des Beatles citée dans le titre de l’œuvre (édit : et pour cause, il n’y en a pas…) Si Paul McCartney évoque une rupture douloureuse et incomprise, les couples de Kei Toume, marqués par l’indécision, sont toujours en devenir. L’auteur développe avec beaucoup de patience et de subtilité la lente évolution des sentiments amoureux, les multiples introspections de chaque protagoniste. On peut reprocher à l’œuvre de traîner en longueur et elle est la première à reconnaître que le tout aurait dû être ficelé en 5 volumes. Mais aurait-on dès lors refermé le dernier volume avec autant d’émotion et de nostalgie ?

sing (2).png

Sur la conclusion même, je ne dirai rien sinon qu’elle m’a pleinement satisfait. Avec cette magnifique scène de gare et ce dernier épilogue qui laisse au lecteur le loisir d’imaginer la destinée des autres personnages, l’auteur calcule bien son effet et baisse le rideau sur son œuvre en un bon gros volume de 290 pages, après treize années de romances herbivores, calmes et mélancoliques. Avec Honey and Clover, la série de Kei Toume tient le haut du panier dans la catégorie « amours adultes à sens unique ».

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3 réflexions sur “Sing « Yesterday » For me : la fin de la chanson

  1. Chouette billet pour marquer la fin de cette série qui nous a accompagné plus d’une décennie!

    Pour chipoter, le Yesterday n’a rien à voir avec les Beatles, et je me permets donc de citer Cosmos du forum Mangaverse à ce sujet:

    Mais d’après la biographie de la mangaka disponible sur le site des éditions Delcourt, il a été inspiré par une chanson du groupe rock japonais RC succession, dont le chanteur, Kyôshirô Imawa no fut l’un des chanteurs les plus charismatiques du rock japonais pendant les années 80. Le titre de la chanson en question est d’ailleurs exactement « Yesterday wo utatte ».

    http://forum-mangaverse.net/viewtopic.php?p=109559&highlight=beatles#109559

  2. Alors c’est normal si je ne voyais pas le rapport ^^’ Merci pour la correction! Reste que la traduction du titre prête à confusion avec l’utilisation des guillemets…
    N’empêche j’ai passé des années à me faire des idées…

  3. Ta critique est belle ! Le titre même du manga me donnait envie mais tes mots ont décuplés (si ce n’est quadruplé) mon envie de lire : tu as un style magnifique.

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