Kakukaku Shikajika – autobiographie d’une mangaka

Kakukaku Shikajika est un manga autobiographique en 5 volumes d’Akiko Higashimura. En fait, je m’en suis rendu compte au fil de la lecture et ce n’est qu’après quelques chapitres que j’ai découvert qu’elle était l’auteur de Kuragehime. J’avais parlé il y a quelques années de l’adaptation du manga paru chez nous sous le titre de Princess Jellyfish. A vrai dire, cette histoire ne m’intéressait pas vraiment et je n’ai donc pas suivi les sorties chez Delcourt. Je conseille plutôt à l’éditeur de publier chez nous Kakukaku Shikajika, du même auteur. Assurément je serais client.

Akiko Higashimura (1)

En terminale au lycée, Hayashi veut se préparer aux examens d’entrée à l’université. Elle a choisi les arts comme elle ambitionne de devenir mangaka. On lui conseille alors d’aller suivre les cours d’un sensei aux méthodes pour le moins virulentes…

Kakukaku Shikajika, c’est l’histoire d’un parcours, la relation de soi-même avec l’art, l’influence d’un sensei atypique. Les protagonistes sont nombreux mais on observe surtout comment l’auteur (Hayashi) devient mangaka. Kakukaku Shikajika n’aborde pas vraiment la vie affective de l’auteur et l’aspect « histoire sentimentale » est bouclé en quelques cases avec une bonne dose d’autodérision.

L’auteur rend éminemment sympathique la figure de ce sensei. Toujours sévère, parfois avec un chat entraîné à griffer dans les bras, un sabre de bambou à la main, le professeur apparaît au premier abord comme un tyran excentrique. Il n’hésite pas à frapper de son sabre un pauvre vieux condamné à dessiner une boîte de kleenex. Il hurle sur les plus paresseux et encourage ses élèves d’une perpétuelle rengaine : « dessine ! » On sent néanmoins chez ce professeur un regard attentionné pour chaque élève, le désir sincère de les voir réussir, un optimisme à toute épreuve, une confiance parfois aveugle. Il s’investit corps et âme dans l’art et l’enseignement, une passion gravée dans son regard vif et dévorant.

Akiko Higashimura (1)

J’ai parfaitement réussi à m’identifier au parcours d’Hayashi. Une vague envie de devenir mangaka la pousse à dessiner au quotidien des choses qui ne l’intéressent pas vraiment. Ses études en art lui permettent surtout de passer ses journées à s’amuser. Elle ne va pas aux cours mais sort avec ses amies pour se retrouver sans inspiration devant ses vastes canevas à l’approche des échéances. Comme beaucoup de jeunes, sa trajectoire l’a poussée bien malgré elle à suivre une voie qui ne lui offre guère de satisfaction ni de débouché mais qui rallonge quelque peu sa jeunesse estudiantine. C’est un peu la première trahison de l’auteur à l’égard de son professeur.

Akiko Higashimura ne cesse d’effectuer des allers et retours entre présent et passé. Vers la fin, on la voit souvent penchée sur les planches que l’on a sous les yeux, provoquant une mise en abîme du récit. L’histoire se lit dès le début comme un regard nostalgique sur le passé, jonchés de regrets et de dédain à l’égard de celle qu’elle était. L’histoire se lit également comme une lettre au professeur, que la narratrice interroge parfois en fin de chapitre. Le jeune fille a mûri et comprend désormais tout ce qu’elle doit à un personnage qui aura exercé une grande influence sur son parcours, qui aura su lui insuffler le courage et la force de caractère nécessaires pour réussir dans sa carrière.

Akiko Higashimura (3)

Akiko Higashimura demeure malgré tout une mangaka qui ne m’intéresse pas. Je n’appartiens pas au public-cible car ses titres, trop féminins à mon goût, tournent souvent autour de la mode. Kakukaku Shikajika n’en reste pas moins une œuvre d’exception dans la mesure où il s’agit d’une des rares introspections signées par une mangaka, superbement touchante et réaliste. Avec sa fraicheur et sa spontanéité, elle devrait déloger de nos étagères d’autres récits autobiographiques qui commencent à prendre la poussière : « Journal d’une disparition » et « Dans la prison » pour ne pas citer les titres de Mizuki. La balle est dans le camp de Delcourt.

P. S. : Kakukaku Shikajika a remporté l’édition 2015 du Manga Taishô qui récompense le meilleur manga de l’année au Japon. Devant Silent Voice et Erased notamment.

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