Ayakashibito – ni dieux ni hommes

Alors que I/O m’avait endormi durant les relâches de carnaval, Ayakashibito vient de me réconcilier avec les visual novels. A peine le rideau levé, on se trouve plongé dans le feu de l’action sans trop comprendre ce qui se passe mais les péripéties s’enchaînent à un rythme tel qu’on ne décroche plus avant l’ultime générique de fin. L’espace de quelques jours, je me suis trouvé totalement immergé dans cette fantastique aventure, cet univers qui ma rappelé ces états de transe et ces émotions que me procuraient encore les meilleurs visual novels il y a quelques années.

ayakashibito

De prime abord, Ayakashibito ne payait pas de mine comme il s’agit d’un action-eroge développé par Propeller en 2005 déjà. La boîte avait alors trouvé son créneau comme elle a sorti depuis de nombreux titres dans le même genre. Un visual novel qui a bientôt dix ans donc et qui accuse le coup techniquement. Mais avant tout, il faut remercier l’équipe de Ate the Moon Translations et son travail de titan sans lequel il n’aurait jamais été possible d’apprécier Ayakashibito. Je sais que je m’adresse à un public de niche dans la niche mais si j’arrive à convaincre les deux du fond de tenter l’aventure…

Durant l’ère Meiji, plusieurs Ayakashi décidèrent de renoncer à leur pouvoir et de vivre en tant qu’humains dans ce monde transformé par les progrès technologiques. Cependant, leur descendance hérita d’une partie de leur pouvoir. Incapable d’accepter l’existence de ceux qu’elle considérait comme des monstres, la société obligea une grande partie d’entre eux à vivre en autarcie dans la ville de Kamisawa et leur donna le nom de Jinyous. Un institut situé sur une île à proximité des côtes du Japon accueillait les Jinyous dont les pouvoirs étaient jugés les plus dangereux. Notre héros, Takabe Ryouichi, a vécu depuis l’âge de 5 ans dans cet institut. Il a le pouvoir de contrôler tout ce qui est métal autour de lui. Un soir, il décide de s’enfuir de l’île avec une mystérieuse fille-renard qui habite la forêt avoisinante, Suzu.

ayakashibito (1)Suzu, l’héroïne d’Ayakashibito. Un peu… petite.

Le grand point fort d’Ayakashibito, c’est le rythme du récit. Là où la plupart des titres du genre nous endorment avec une exposition des personnages dans un lycée de banlieue, Ayakashibito nous plonge au cœur de l’action dans l’espace sombre et inquiétant qu’est l’institut de Komori et la forêt alentour. Le rideau se lève sur un interrogatoire mené par l’inspecteur Iizuka Kaoru qui enquête sur l’évasion de Takabe Ryouichi. Changement de décor, basculement de point de vue, retour en arrière. Un procédé narratif souvent repris par la suite nous permet alors de vivre cette évasion en temps réel. L’histoire est racontée avec beaucoup de dynamisme. Quand nos héros arrivent enfin à Kamizawa, on a l’impression que l’aventure commence vraiment alors que tant de choses se sont produites. Le lecteur est parfaitement plongé dans un univers après un prologue déjà riche en péripéties et en émotions. Si l’on doit supporter l’incontournable séquence dating-sims avec pour cadre le lycée de Kamisawa, jamais les dialogues ne s’avèrent pour autant creux et sans portée..

Le principaux thèmes d’Ayakashibito sont la ségrégation dont sont victimes les Jiyous et, à plus petite échelle, la solitude. Le héros souffre de son isolement, lui qui a vécu depuis sa plus tendre enfance à l’institut. Ses rapports avec les autres « détenus » étaient assez houleux et les seules personnes qui s’occupaient de lui, Kaoru « onee-san » et Kouki « sensei » l’ont abandonné. La première lui a offert la douceur dont chaque enfant a besoin tandis que le second lui a appris un art martial à mains nues. Depuis, il s’amusait dans la forêt avec un compagnon renard. Ce paysage d’une enfance solitaire et malmenée réapparaît tout au long du récit pour montrer combien le présent est précieux pour Ryouichi. Son premier souci à Kamizawa sera de protéger à tout prix cette vie quotidienne qu’il a acquis au côte de Suzu.

ayakashibito (7)La légende du renard à neuf queues

On retrouve bien sûr au cœur d’Ayakashibito les légendes autour des Ayakashi. Je ne suis pas vraiment fan du folklore japonais mais je dois admettre que le thème est ici bien traité, toujours au centre des enjeux, jamais envahissant. Les Ayakashi ne sont pas qu’un simple prétexte aux pouvoirs de nos protagonistes. La fameuse légende du renard à neuf queues, le kyubi no kitsune, prend une importance toute particulière et son affrontement avec une femme-renarde sert en particulier de genèse au récit. Tout l’univers d’Ayakashibito est fondé sur l’harmonie entre les Jinyous et ces esprits d’autrefois que sont leurs ancêtres, un univers de fiction solidement mis en place et parfaitement exploité.

Ayakashibito est un action-eroge. Commençons par le côté action. En toute sincérité, je suis passé très vite sur la plupart des scènes. J’aime bien l’action, mais pas quand il s’agit de lire une narration sans fin d’affrontements quelque peu redondants. En avance rapide, ces combats prenaient d’ailleurs beaucoup plus de punch et les nombreuses pistes musicales qui les agrémentaient aidaient à savoir quand un tournant avait lieu. J’essayais tout de même de suivre les plus importants et j’étais alors surpris de me rendre compte que j’étais pris par l’action. Une grande partie des CG est consacrée à ces scènes, souvent découpées les unes sur les autres. Elles profitent aussi de quelques effets spéciaux mais le tout trahit un certain âge. Mention spéciale pour le combat ultime et sa séquence effrénée.

ayakashibito (2)Déjà que je ne suis pas fan de gunfight en anime…

Parlons un peu des quatre principales héroïnes. Suzu est la plus importante car cette petite fille-renarde accompagne notre héros depuis son évasion et partage son appartement à Kamizawa. Malgré son caractère espiègle et taquin, on la sent très attachée à Ryouichi dont elle prétend être la grande sœur. Elle est en réalité très complexée car elle a l’apparence d’une petite fille. Suzu est le seul réconfort de Ryouichi face à la solitude. Le jeune homme le lui rend bien comme elle surmonte à ses côtés la haine qu’elles éprouve à l’égard des humains. Touko est la parfaite senpai, bienveillante et attentionnée, prêtresse dans le sanctuaire familial. Sous cette apparence se cache une jeune fille sensible qui souffre des effets de son pouvoir. Tonya est une petite poupée russe aux cheveux argentés. Un personnage dont les airs froids et sadiques contrastent bizarrement avec le mode « fuwafuwa » qui l’anime quand elle est contente. J’ai déjà parlé de Kaoru, l’onee-san qui s’occupait de Ryouichi dans l’institut mais qui a disparu depuis dix ans…

Les quatre héroïnes profitent toutes d’un certain background et chacune des routes possèdent son aura propre. Le tour de force d’Ayakashibito, c’est d’ailleurs de proposer une tournure du récit radicalement différente selon la route qu’on emprunte. Vu comment les prémisses sont solides, on aurait pu craindre une certaine répétition de ce côté : les même ennemis, les mêmes enjeux. Or, si les protagonistes restent les mêmes, l’intrigue prend une toute autre forme et la bataille finale change de cadre. Chaque route propose son lot de surprises et d’affrontements, ponctués de multiples états d’âme autour de leur principale héroïne. Mon seul regret, c’est que les routes ne proposent pas suffisamment de choix et de croisements, de fins prématurées aussi.

ayakashibito (4)Forcément, les personnages d’un eroge peuvent boire de la vodka…

J’ai beaucoup aimé l’impressionnant casting d’Ayakashibito. Les antagonistes ont également beaucoup de charisme, à commencer par Kouki-sensei, l’ancien maître de Ryouichi au look de Sephiroth éborgné. Ou encore la nympho démente et sa blue girl de sœur.  Les flash-back autour de ces personnages sont souvent très poignants et finement narrés. On compte aussi plusieurs personnages secondaires intéressants dans le conseil d’étudiants que rejoint notre héros. Uesugi, le senpai à la force colossale, Nanami, l’éminence grise du groupe, Miu, la petite fille timide qui parle à travers son nounours, et Sakura, la nana complexée par sa grosse poitrine. Sans oublier le président du conseil d’étudiants, un prof fumeur invétéré et un vieux majordome tengu. Je passe rapidement sur de nombreux protagonistes et vous me le pardonnerez car l’univers d’Ayakashibito est grand et les rencontres aussi nombreuses que parfois inutiles (je pense à Karito, un zombi au propre comme au figuré…)

J’ai facilement accroché au chara-design même si à l’époque, la mode voulait des fronts proéminents. Chaque personnage possède en outre une palette d’expressions suffisamment importante. Les concepteurs n’ont pas cherché à économiser les sprites, ne serait-ce pour accentuer les quelques instants loufoques qui viennent agrémenter la nouvelle vie de Ryouichi dans son école. Je trouve en revanche que le titre manque de CG une fois les scènes érotiques et de combats écartées. Cela rend l’action parfois difficile à situer quand on lit trop rapidement. Les 3-4 mélodies au piano qui rythment le quotidien sont certes extrêmement répétitives mais j’ai bien apprécié leur douceur.

ayakashibito (6)C’est pas pour illustrer l’aspect eroge mais le côté ambiance conviviale ^^

Ayakashibito est un action-eroge. Terminons donc par le côté eroge. Car c’est assez déviant. En tout 24 scènes. Qui vous tombent dessus parfois sans crier gare. Et il y en a pour tous les goûts : du viol, du netorare, du threesome, de la masturbation et j’en passe. Dans des configurations souvent surprenantes et dérisoires. Il ne faut pas croire pour autant qu’elles sont là uniquement pour remplir un quota car le sexe prend quelquefois une certaine importance dans le récit. On regrettera cependant une certaine fixation sur le viol qui semble toujours être l’apanage par excellence du démon. A titre tout-à-fait personnel, je préfère clairement ce genre de fantaisies au sempiternel « dating->sex » auquel nous habituent  la plupart des eroges. Néanmoins, n’oubliez pas que vous avez toujours l’option « avance rapide » ^^

Je vous encourage vivement à décrocher toutes les fins d’Ayakashibito. Certaines sont sublimes. Je pense en particulier aux plus tristes qui concluent les routes de Touko et Suzu. Les autres sont entièrement satisfaisantes. Toutes les réponses sur l’univers et ses protagonistes sont apportées, quelque peu diluées au fil des routes. C’est pour cela que celle de Suzu est réservée pour la fin.

ayakashibito (3)Kouki-sensei et Kaoru. Ceux qui ont abandonné Ryouichi et qui le traquent désormais..

Bref, un visual novel qui m’a rappelé les meilleurs moments de Tsukihime et des grands titres d’AkabeiSoft2 : Sharin no Kuni et G-Senjou no Maou.

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