Pour en finir avec les visual novels?

Le titre est alarmiste mais reflète une réalité : je suis définitivement lassé des visual novels. D’une grande partie d’entre eux du moins. Comme vous avez pu le voir, cela faisait plus d’un an que je n’en parlais pas avant mon billet sur Danganronpa. Ce n’est pas seulement ma paresse qui justifie cela. Je n’avais juste pas envie de donner du caviar aux cochons.

visual novel (2)

La cassure s’est créée avec Hoshizora no Memoria. Un titre qui aura été pour moi une révélation dans le mauvais sens du terme. J’ai constaté que j’étais devenu allergique aux trois quarts de la production des visual novels.

Ce qui manque le plus à HnM, c’est une intrigue qui se renouvelle au fil des routes, un lien qui rattache chacune d’entre elles pour former un tout. On a plus l’impression d’avoir un paquet de variations romanesques qu’une véritable histoire. En deux mots : on n’a jamais l’impression d’avancer dans HnM. Ça parle certes de club d’astronomie et de légendes stellaires mais les étoiles sont plus là comme background pour faire joli dans des romances plus creuses et stéréotypées les unes que les autres que comme thème central.

On nous ressort tous les poncifs du genre avec l’asociale, la malade, l’existence éphémère, une voire deux amies d’enfance, sans nous épargner les routes totalement gratuites destinées à rassasier ceux qui sont tout émoustillés devant des petites gamines ou de l’inceste. HnM n’est pourtant pas différent de n’importe quel autre Key; il arrive juste à faire déborder la goutte de patience et de tolérance que je peux avoir à l’égard du genre avec ses lenteurs et ses niaiseries à répétition.

visual novel (1)

Depuis, j’ai testé les deux petits derniers du studio Key. Little Busters! et Rewrite. Si j’ai terminé le premier, c’est en abusant de la touche ctrl, comme je l’avais déjà fait dans Hoshizora no Memoria. Quand au second, je n’ai pas dépassé le 23 octobre. Si mes souvenirs sont bons, j’ai mis trois mois à parcourir la route commune de Little Busters! en usant de la touche ctrl quand je n’arrivais plus à supporter ses plaisanteries lourdingues. La sempiternelle vie de l’étudiant était tellement banale et chiante que je n’ai pas réussi à atteindre les flags dans Rewrite.

Mais au fond, qu’est-ce qui était si différent des autres titres de Key que j’ai encensés? Les productions du studio sont très génériques et tournent autour d’une vague thématique de fond, pas une intrigue à proprement parler. Dans le grand vide de la vie lycéenne, ils nous proposent d’élire une demoiselle autour de laquelle se tisse une longue idylle aux couleurs aigres-douces. Toujours la même recette. Et donc, était-ce Key qui devenait nul, ou était-ce moi qui m’était lassé du genre? L’insuccès flagrant de la série TV laisse pencher pour la première hypothèse, ma situation actuelle me souffle de suivre la seconde. Car finalement, j’avais apprécié Little Busters! pour sa True End comme on dit dans le jargon, pour la véritable fin de l’histoire. Mais c’est bien là son seul intérêt. Alors pourquoi toutes ces heures perdues dans les autres routes? J’ai bien aimé le récit qui rattache les cinq amis d’enfance mais les autres demoiselles auraient dû rester au placard.

visual novel (1)

J’étais persuadé que l’adaptation, suivrait la route de Rin puis Refrain en nous épargnant les autres héroïnes. Mes plans sur la comète ont volé en éclat, J.C. STAFF  ayant eu la riche idée d’adapter toutes les routes pour étaler Little Busters! sur deux doubles cours. J’aurais pourtant aimé voir un Little Busters! dénué de ses routes annexes. L’affaire est donc claire : je n’aime plus les visual novels où il y a des routes. En toute franchise, je ne pense pas avoir lu du Key ni un quelconque galge sans utiliser à un moment donné la touche ctrl. Je me souviens d’ailleurs de Muv-Lu Extra, expédié à grands coups de ctrl avant de rester scotché devant les épisodes suivants. Comme pour Little Busters, le problème avec les routes, c’est surtout qu’elles partent toutes dans des directions sans attache, fort éloignées les unes des autres, laissant trop de côté le plot et le reste du casting. Des histoires qui pourraient se retrouver dans n’importe quel VN en somme. On aurait pu mettre la route de Mio et de Kud dans Clannad, on y aurait vu que du feu. Je ne suis pas devenu allergiques aux histoires d’amour emplies de mélo. Pour preuve, j’ai adoré ef – a fairy tale of the two. Narration exemplaire, réalisation somptueuses, routes… absentes.

Tout ça pour dire qu’à l’heure où j’écris ces quelques lignes je suis bien avancé dans If My Heart Had Wings. J’ai fait l’erreur de commencer par les routes qu’on estime moins intéressantes (les jumelles et Ageha) et franchement je ne suis pas motivé à faire les autres. Je m’ennuie terriblement devant la bêtise de chaque scène, la longueur des dialogues, les trop grandes répétions. Le titre n’a pas grand chose d’original pour lui, rien qui suspende vraiment au récit. Hoshizora no Memoria parlait d’étoiles? If My Heart Had Wings parle ici de voler dans une sorte planeur. Si le jeu n’avait pas souffert de ses longueurs exaspérantes, j’aurais peut-être accroché à la métaphore globale.

visual novel (3)

Et il y a eu cette querelle autour de la censure du titre par Moenovel. Pour rappel, ils ont décidé de publier le jeu en enlevant tout le contenu érotique, supprimant certaines scènes suspicieuses et allant même jusqu’à réécrire toute une route. Tout ça pour permettre aux « jeunes filles françaises de 12 ans » d’apprécier l’histoire. Aveu implicite de la qualité déplorable de la traduction? Les répliques furent immédiates et virulentes : on accuse l’éditeur d’avoir dénaturé le titre original. Il faut dire que censurer un eroge, ça a de quoi faire grincer les dents. Vous imaginez un Yume Miru Kusuri censuré? Pour mieux comprendre la réaction des fans, j’ai patienté jusqu’à la sortie officieuse du patch de restauration pour me lancer dans l’aventure. Résultat des courses? Le titre peut très franchement se passer de tout son contenu érotique. Il possède un peu la même importance que dans Little Busters Ecstasy, la version « érotique » de Little Busters que Key a « sali » pour booster les ventes. Le paradoxe dans l’affaire, c’est que pour s’adresser à un plus large public, Moenovel a retiré des éléments que souvent les auteurs se forcent à ajouter au récit pour mieux vendre le jeu au Japon. Dispute stérile donc, autour d’un titre oubliable de surplus. Et le fan a implicitement avoué : sans les scènes érotiques, il ne subirait jamais un récit aussi fastidieux.

Vous l’avez deviné, je n’ai pas totalement lâché les visual novels, pas non plus renoncé à en parler à gauche et à droite. Néanmoins, il me faudra une bonne dose de courage pour me relancer. Il faut vraiment que j’évite à l’avenir ceux qui recyclent les poncifs du dating sims avec des routes toutes aussi semblables les unes que les autres pour privilégier des trucs vraiment addictifs, à l’exemple des titres de chez  5pb : Steins;Gate et Chaos;Head.