Otona Joshi no Anime Time

Otona joshi no anime time (1)Janvier 2011, la télévision NHK diffuse Kawamo wo Suberu Kaze et annonce le début d’une série de courtes histoires relatant le quotidien de quelques jeunes femmes, Otona Joshi no Anime Time.

Kawamo wo Suberu Kaze était une expérience d’un genre nouveau pour le spectateur car l’histoire ciblait un public plutôt adulte et essentiellement féminin. Durant quelque 25 minutes, on assistait au saisissant portrait de Noriko, jeune femme de 33 ans: ses aventures passées, ses illusions de jeunesse, ses déceptions conjugales. Le tout narré de façon impeccable et émouvante avec une chute pour le moins suggestive.

Il aura fallu attendre deux ans pour que le projet fasse des petits. Mars 2013, trois nouveaux épisodes sont diffusés sur la chaîne nippone, trois récits aux couleurs et tonalités très différentes. A commencer par Yuuge, l’histoire de Mimi qui décide un jour de quitter son mari pour vivre avec un éboueur. On suit le monologue d’une femme qui nous présente sa mission et le zèle avec lequel elle la mène à bien : mitonner ce qui fera partie de l’estomac de son amant (sic!) En d’autres mots : faire à manger… pour être mangée en retour. A l’instar de Mimi, le spectateur ne sort quasiment pas du décor étouffant de la cuisine et l’épisode se distingue par son grand nombre de plans réels représentant des plats variés et succulents ainsi que le travail expert des mains de la parfaite cuisinière. Le moins qu’on puisse dire, c’est que l’histoire ne véhicule pas un portrait glorieux de la femme tellement elle se complaît dans ses stéréotypes et ne se distingue que par sa soif de reconnaissance et d’attention.

Otona joshi no anime time (2)

Le second épisode, Jinsei Best 10, est de loin le plus cocasse des trois malgré l’entrée en matière douce et nostalgique. Avant de fêter 40 années de célibat, Hatoko énumère les instants les plus mémorables de sa vie et constate que son top 10 ne contient pas grand chose si ce n’est une brève romance qui remonte au temps où elle était encore collégienne. Souvenir qui la poursuivra au point d’en faire une vieille fille. Elle décide d’aller à une réunion de classe, espérant ainsi revoir son premier amour mais est loin d’imaginer l’aventure qui l’attend… On fait ici la connaissance d’une femme de caractère, crâneuse en dépit de ses soupirs et qui croit encore en secret au prince charmant. Curieux mélange de regrets et de facéties, petite piqûre à l’attention des personnes désabusées qui pensent que la vie n’a plus aucune surprise à leur réserver.

Otona joshi no anime time (4)

Dokoka Dewanai Koko est certainement l’histoire qui évoque au plus près le quotidien de la femme au Japon. Maho, 43 ans, élève deux enfants ingrats dont une fille en pleine crise d’adolescence et s’occupe d’un mari un peu simplet qui vient de perdre son travail. Pour nouer les deux bouts, elle travaille comme vendeuse de nuit à la supérette au mépris de son sommeil. Entre des enfants qui découchent régulièrement, une mère envahissante et un mari guère attentionné, impossible de s’épanouir. De tous les quotidiens présentés dans Otona Joshi no Anime Time, Maho possède certainement le plus banal et déprimant. Au fil de la narration, on mesure combien le stress et l’inquiétude pompe toute l’énergie d’une mère au foyer qui apprend malgré elle que l’abnégation peut avoir de fâcheuses conséquences.

Otona joshi no anime time (3)

Ces quelques épisodes, réalisés par trois équipes différentes, partagent cette curieuse similitude qui est celle de nous présenter des femmes d’âge mur mais somme toute aussi fraîches les unes que les autres. Séparée, vieille fille ou en ménage. Maîtresse, mère au foyer, office lady ou vendeuse de supérette. Toutes avec leurs aspirations et leur propre destinée. Ils livrent néanmoins des portraits variés et pittoresques pour que les jeunes femmes puissent se confronter et s’identifier à des quotidiens divers mais profondément réalistes par la banalité qui en ressort. Pour les autres, c’est l’occasion de goûter à ces émotions et sensibilités comme à d’étranges curiosités.

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