Molester Man – chronique d’un déballage sur 2chan

Chikan_Otoko_1_07L’histoire commence par ces quelques lignes postées sur un topic de 2chan :

Ecoutez-moi tous! L’autre jour, on m’a pris par erreur pour un agresseur et j’ai fini au poste de police. Je ne plaisante pas!

Molester Man raconte l’aventure d’un otaku de vingt ans qui, suite à cette méprise, fréquente un groupe d’étudiantes travaillant dans un restaurant familial. Il est tombé sous le charme de la demoiselle qui le prenait pour un stalker.

L’histoire – vraie ou non – est donc inspirée d’un topic de 2chan créé par un malheureux otaku qui se fait appréhender parce qu’il suivait de trop près une jolie demoiselle. Il est pris pour un stalker alors qu’en réalité, il s’inquiétait pour elle. Molester Man s’inscrit au côté de Densha Otoko parmi ces mangas inspirés d’un déballage de vie privée sur les réseaux sociaux. On y utilise le même système de pseudonymes et le héros anonyme se voit donc affublé tout au long de la discussion et de l’œuvre du titre de « Molester ».

Des croquis à l’état brut, des cases construites sans la règle, le tout à l’aide du seul crayon. Dès les premières pages, on se rend compte que Molester Man est une œuvre antérieure à Onani Master Kurosawa tant le trait de YOKO semble moins précis et affuté. Les cases sont avares en décors et croulent sous une tonne de boites de dialogue où s’entassent les discussions que le héros mène dans l’anonymat sur 2chan et les mails qu’il envoie à ses nouvelles copines. A part ça le dessin de YOKO est toujours aussi frais et agréable. On sent au fil des chapitres qu’il s’est vraiment fait la main sur cette œuvre et qu’il y travaille beaucoup sur les gestes et la mise en scène en s’inspirant d’autres mangas.

molester manDes gestes et des expressions auxquels l’auteur nous a habitués.

La lecture des premiers chapitres peut s’avérer longue et fastidieuse car on se noie sous le texte. Ce n’est que le début d’une relation et les protagonistes sont plus à l’aise au téléphone qu’en tête-à-tête. L’auteur mise avant tout sur l’expression des personnages, en exagérant celles du héros en particulier qui passe par tous les états d’âme durant son aventure (on retrouve du Death Note, du Hokuto no Ken, etc). Peu d’action sur ces quelques planches, dont certains découpages rappellent ceux d’Hidenori Ara.

L’otaku ne se sentira pas dépaysé en lisant Molester Man car on y trouve un paquet de références à des titres connus. Molester utilise le fameux générique de Dragon Ball comme sonnerie, regarde ses quatre ou cinq épisodes de dessins animes quotidiens. Il sait que Gundam devient de plus en plus gay dans le style, critique l’adaptation de School Rumble et n’est pas fan de Dragon Quest mais plutôt de Final Fantasy. On reconnaîtra au restaurant de sushis un personnel fantasmé à partir de personnages de Shigurui.

Molester man (2)Les héroïnes de YOKO ont toujours de si jolies formes…

Molester est surtout un amateur de dating sims. Il a joué à Mizuiro, dont le plot lui rappelle son aventure. Il n’est pas rare de le voir réfléchir à sa situation en terme de dating sims avec les différentes options qui s’affichent à chaque dilemme, les fins qui en découlent. C’est pourtant à une romance profondément réaliste que l’on assiste. La naissance du sentiment amoureux y est parfaitement mise en scène, naturelle et inattendue. Avec juste ce qu’il faut d’épreuves, de rebondissements et de péripéties. Le héros est suffisamment sympathique et plein de bonne volonté pour qu’on ait envie de l’encourager. Ses points de vue rendent chaque situation tellement loufoque que souvent on en pleurerait.

Le seul bémol dans tout ça, c’est que je ne cautionne toujours pas l’attitude de ceux qui étalent leur vie privée sur le net pour demander conseil. Plus on avance, plus on sent cet attachement maladif du héros au fil de discussion qu’il a créé et on se demande s’il ne prendrait pas des initiatives que pour le faire vivre.

molester man 1

Molester Man est un titre frais et addictif. 700 pages de pur bonheur. Certainement pas publiable en l’état car trop brouillon et ciblé. On se laisse pourtant facilement emporter par une romance dont on ressort heureux et une nouvelle fois séduit par le style de YOKO.

Merci à Boon Scanlations pour la traduction du titre. On en parle aussi sur Grimanoir.

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