Kira☆Kira – let’s rock and roll!

Après les morceaux classiques de Quartett! et les ballades de Symphonic Rain, place aujourd’hui à la folie rock de Kira☆Kira. La musique et les visual novel font décidément un très bon ménage et Overdrive le prouve encore une fois en nous offrant une odyssée fort sympathique dans la scène indie du Japon.

We will rock you!

Maejima Shikanosuke vit une dernière année difficile dans son lycée : il vient de quitter le club de tennis et sa petite amie l’a plaqué. Il traîne des jours tristes et monotones avant de rencontrer Kirari, une jeune fille pétillante d’énergie qui travaille à temps partiel dans le même restaurant que lui. Elle lui propose de former une bande de rockeurs avec les membres du second club de littérature, histoire de marquer le prochain festival avant que le club soit dissout. Ainsi commence le plus rock and roll des visual novel.

Très vite, la bande s’agrandit, accueillant deux autres étudiantes de terminale : Chie-nee, une amie d’enfance de Maejima et Kashiwara-san, l’héritière d’une richissime famille. Trois héroïnes, trois routes avec ses déboires et ses sourires : voici en gros ce que nous propose ce visual novel, quelques tranches de vie avec comme thématique de fond cette question posée dès l’introduction : qu’est-ce qu’un rockeur punk? Un cœur débordant de passion? Un vaurien qui s’abandonne à la violence, aux dérives sexuelles et à la drogue? Kira☆Kira redessine une culture souvent salie à tort.

Murakami, ou la sagesse du rockeur punk

Les quatre néophytes commencent ainsi leur lente et tortueuse initiation à un univers qui leur était jusqu’alors totalement étranger. Pour monter sur la scène, il va leur falloir s’imprégner totalement de l’esprit rock and roll. Loin de se laisser intimider par les images et excès qui mettent en scène les rockeurs, Maejima et ses trois compères commencent leur difficile apprentissage. Ils doivent ainsi suivre deux lois fondamentales : primo, un rockeur est libre comme l’air, soumis à aucune loi ni règle de bienséance et laisse sa haine s’exprimer dans les pires barbarismes langagiers. Secundo, un rockeur n’a pas de futur : il vit à fond dans le présent et peu lui importent les conséquences de ses actes.

Kira☆Kira n’est pourtant pas un doigt d’honneur à la société. C’est surtout un bon paquet d’humour notamment grâce à des situations loufoques et la philosophie de Murakami, le pote de Maejima. La bande a beau festoyer joyeusement, boire les meilleurs spiritueux et ébranler les institutions de leur école, ses membres restent conscient du caractère éphémère de leur jeunesse et de leur initiative. Ils veulent simplement marquer d’une pierre éclatante leur vie de lycéens tout en sachant que plus tard, l’heure sera aux choix et aux examens. La fête de l’école n’est pourtant qu’une petite étape de leur merveilleuse aventure alors que le lecteur l’attend comme le point culminant du récit : le tour qu’ils entreprennent ensuite à travers le Japon réserve bien des péripéties, autrement plus intéressantes.

Kira☆Kira est un visual novel rock and roll dans son propos mais aussi à travers l’ambiance et la réalisation du titre. On est assailli par les mythes rock tout au long du périple et la bande accueille ces histoires du passé comme autant d’avertissements ou de motivations. Et bien sûr, la musique rock est à l’honneur. J’ai malheureusement un sentiment mitigé à ce sujet car la bande son tente maladroitement de mettre du rock un peu partout, même comme musique d’ambiance. Ça passe parfois très mal et les réalisateurs se sont d’ailleurs sentis obligés de couper le son durant quelques moments dramatiques.

La musique rock rend beaucoup mieux durant les concerts, notamment grâce à l’utilisation de CG qui défilent à bon rythme, montrant l’osmose entre le public et les artistes. Kira☆Kira réussit parfaitement à décrire la transe qu’on ressent sur scène, l’effet des lumières sur les interprètes. Le titre montre aux plus dubitatifs que le rock dégage une énergie folle et fédératrice, loin des préjugés barbares qu’on lui prête. En ce sens, Kira☆Kira  est un peu le Beck du visual novel. On regrettera juste un manque de variété d’un concert à l’autre.

Kira☆Kira est un visual novel encore très récent et ça se voit : les concepteurs ont fait l’effort de dessiner certains personnages secondaires, ceux que la bande rencontre au hasard de leur voyage, des passionnés qui vivent de différentes manières le rock et partagent leur vision de la scène. La tournée à travers le Japon permet en outre de visiter tout un tas de villes que les quatre acolytes apprécient à leur façon : que ce soit pour leurs temples, leur impact sur le rock indie ou tout bêtement leurs spécialités gastronomiques. On change beaucoup d’endroit, les villes variant même selon la route que l’on choisit. Pour donner vie aux étapes du voyage, Overdrive n’a pas fait l’erreur de s’appuyer sur des background passe-partout mais représente chaque lieu, chaque événement à l’aide d’illustrations de qualité, dessinant tantôt des paysages joliment dépaysants, tantôt l’ambiance si spécifique aux ruelles où nos rockeurs en herbe improvisent un show pour financer leur périple.

La voie du rockeur est semée d’embûches et le « Second Club de Littérature » va très vite s’en rendre compte malgré des débuts fulgurants. C’est à travers la narration de Maejima qu’on suit leur petite aventure, mesurant au passage l’évolution de sa conception du rock et l’impact qu’a cette nouvelle passion sur sa petite existence. Vous pourrez vous amouracher à loisir de Kirari dont la voix est aussi éclatante que sa naïveté, de Chie-nee qui semble terriblement habituée à cligner de l’œil ou encore l’inaccessible Kashiwara-san dont les rondeurs et les petits regards mélancoliques ne laissent personne insensible.

L’effet de transparence rend la lecture parfois pénible

Aucune faute de goût à signaler dans l’écriture du scénario : tout coule avec une simplicité bienvenue. Kira☆Kira met en scène des étudiants qui profitent de leur jeunesse avant de faire face aux aléas de leur existence. Maladie, divorce, pauvreté : la société est froidement dessinée à travers des routes parfois exagérément glauques. Il ne s’agit pas d’un conte de fée et aucun dieu hors de la machine ne résoudra leurs problèmes : les protagonistes doivent trouver par eux-mêmes une issue pour se tourner sereinement vers leur lendemain.

A noter enfin que MangaGamer vient de publier Deardrops, un ersatz de Kira☆Kira développé par la même boîte. J’ignore si je tenterai un jour une nouvelle plongée dans le petit monde de la musique indie mais j’espère que la localisation est cette fois de meilleure qualité car les coquilles foisonnaient dans la traduction de Kira☆Kira.

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