Forest – Alice au pays imaginaire

Forest est un visual novel créé par Hoshizora Meteor chez Liar-soft, studio auquel on doit Sekien no Inganock. C’est l’histoire de cinq personnes qui doivent livrer bataille contre la Forêt, cette entité fantastique qui a envahi les ruelles de Shinjuku. Des épreuves qui se lisent comme un pot-pourri psychédélique des classiques de la littérature anglaise, s’inspirant à tout-va d’Alice au pays des merveilles, Peter Pan, Winnie l’ourson, Le monde de Narnia, etc.

La lecture de mon synopsis n’aura certainement pas suffi à satisfaire votre curiosité et pourtant, il est difficile de dire grand-chose du scénario tellement la trame s’avère complexe et acidulée. Ce qui participe tout particulièrement au charme de Forest, c’est de se retrouver totalement déboussolé dès le prologue comme on est incapable de comprendre qui raconte l’histoire ni de donner un sens à ce qui se déroule devant nos yeux. L’auteur cherche par tous les moyens à détacher son récit de tout fil conducteur afin de mieux plonger son lecteur dans l’ambiance si énigmatique des lieux. Sans vraiment comprendre ce qui se passe, on se laisse emporter par une aventure visiblement sans queue ni tête rendant hommage à des histoires qui ont bercé notre enfance. Ce n’est qu’à la fin que le lecteur aura la liberté d’interpréter les évènements auxquels il vient d’assister.

Pour avoir une chance d’apprécier Forest, il sera donc nécessaire de revisiter ses classiques. Des noms tels que Christopher Robin, Flint ou encore Ripitchip pourraient s’être endormis dans les souvenirs tandis que certaines références demandent un temps réflexion comme l’onomastique a changé dans nos traductions françaises. Ces héros fantastiques apparaissent sous forme d’esquisses, très distinguables des principaux protagonistes. La plupart sont facilement reconnaissables comme le Capitaine Crochet mais il faudra se rapprocher de l’écran pour reconnaître d’autres, à l’instar de ce monstrueux Winnie l’ourson.


Winnie l’ourson dans la cité de Laputa. Crochet dans Shinjuku.

Avalée par la Forêt, Shinjuku prend différents aspects aux yeux des hôtes qu’elle a élus. Quand elle a l’apparence d’une ville normale, les backgrounds sont créés à partir de photos retouchées mais où l’on repérera toujours dans un coin quelques feuillages qui montrent bien que la Forêt est toujours là. Quand l’épreuve commence, les décors urbains font place à des illustrations très traditionnelles, tout droit sorties de nos livres d’images.

Un autre point que j’ai beaucoup apprécié dans Forest, c’est l’ambiance sonore. A commencer par des morceaux d’inspiration celtique rappellant que l’univers qui envahit Shinjuku reste bon enfant ou ce chant grégorien qui accompagne quelques scènes plus solennelles. Les personnages sont en outre admirablement interprétés : leurs stances sont pleines de vie, parfois poétiques, souvent théâtrales. Forest n’est d’ailleurs pas écrit comme n’importe quel visual novel, certaines phrases revenant comme un refrain qui rend la lecture particulièrement mélodieuse. Ce n’est qu’une traduction faite par des amateurs mais Amaterasu semble avoir rendu justice au texte original. A noter qu’on a souvent deux narrations qui se répondent ou se superposent, pour embrouiller un peu plus le lecteur et rappeler que notre histoire est racontée par deux personnes.

Forest mise beaucoup sur les effets de découpage.

Bien sûr, on doit reprocher à Forest de réserver TOUTES ses CG aux scènes érotiques qui viennent très souvent agrémenter le récit. Si j’ai apprécié l’utilisation, la légèreté et l’esthétique de ces intermèdes, j’aurais préféré qu’on laisse de côté quelques CG pour illustrer les grands moments de l’aventure. C’est dommage car on a en définitive l’impression de parcourir un livre qui n’est illustré que par des backgrounds; l’ensemble manquant furieusement de mouvement et de dynamisme.

Forest parvient à réveiller un sentiment de nostalgie à l’égard de tous ces classiques enfouis dans notre mémoire. Le récit ne se contente pas de les ressortir tels mais les déforme pour leur donner une consonance parfois plus glauque. Ça rend la tournure des événements encore plus inconfortable car tout échappe au contrôle de protagonistes qui ne comprennent alors plus à quelle source ils ont affaire. Forest, c’est en définitive une réflexion sur ce lien qui rattache le lecteur – l’adulte qu’il est devenu – aux récits qu’il a engloutis tout au long de son enfance, qui l’ont fait grandir et rêver mais qu’il a en partie oubliés.

En ce sens, on peut interpréter l’histoire de Torunga improvisée par nos deux narrateurs comme une mise en abîme du récit, ses toiles tissées à partir des multiples histoires venues mourir dans le Pays de la Fin rappelant le pot-pourri de littérature juvénile qui prend place sous nos pupilles.

La Forêt est toujours là.

Hoshizora Meteor signe ici une histoire bizarre et qui le restera bien après l’épilogue. Le téméraire lecteur doit se préparer à une aventures atypique, au carrefour de la réception littéraire et de la métaphysique. La Forêt pose non seulement de multiples épreuves à des personnages qui s’en sortiront changés mais surtout une sacrée énigme au lecteur. Car il lui reste à donner un sens à la folle échappée fantastique qu’il vient de vivre.

N’hésitez pas, laissez-vous envahir par l’univers déroutant de Forest. Une expérience surréaliste s’offre à vous, unique et ensorcelante, où le qualitatif « chef d’œuvre » prend soudain tout son sens.


  • Une excellente critique de Forest sur The Escapist.
  • Une walkthrough qui risque d’être nécessaire pour voir le bout de l’histoire.
  • Merci et bravo à Amaterasu pour sa traduction!

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