Sharin no Kuni – la roue de l’injustice

Avant G-Senjou no Maou, Akabeisoft2′s avait déjà produit Sharin no Kuni. Impossible de ne pas apercevoir les similitudes entre les deux titres; à commencer par cette fiévreuse indignation qui s’empare progressivement du lecteur et cette tension oppressante qui rend le récit tellement addictif.

Sept ans après avoir pris la fuite lors d’une rébellion sanglante, Kenichi Morita rentre dans sa ville natale. Pour appartenir à l’élite du gouvernement, il doit y passer un examen qui consiste à accompagner trois jeunes « criminelles » jusqu’à leur réhabilitation.

Le pays des tournesols

Ce qui séduit d’emblée en commençant l’aventure, c’est la fraicheur que dégagent les environs de la ville où Kenichi débarque avec sa fidèle valise en duralumin. Le seul accès à cette ville isolée, surplombée par une chaîne de montagnes, est un sentier battu bordé de somptueux tournesols. Un tableau champêtre qui bercera les amoureux de nature verdoyante avant que ses éléments prennent une teinte orangée au coucher du soleil.

Sharin no Kuni : le pays de la roue. Une roue qui symbolise tant le soleil vers lequel se tournent ses fleurs emblématiques que la justice, cette poigne de fer qui soumet la populace à son joug. Une roue qui servait autrefois à infliger de sévères tortures aux criminels.


Un système à problème

A travers Sharin no Kuni, l’auteur explore une utopie législative, un peu à la manière d’Ikigami et sa « Loi de Prospérité Nationale ». A quoi ressemblerait une société où les peines pécuniaires et privatives de liberté seraient remplacées par des « obligations »? Les fautifs sont condamnés à une peine correspondant à leur tort et surveillés par des agents spéciaux. C’est la voie qu’emprunte notre héros… malgré ses propres convictions.

Si vous avez eu le malheur de faire un peu de pédagogie, l’idée n’aura pour vous rien d’original comme on vous rabâche sans cesse de façon hypocrite qu’il faut inventer des punitions utiles et intelligentes, qui soient en rapport avec chaque écart de conduite. Et non pas infliger aux élèves copie et retenues sans discernement. Mettre en place ce concept prétendument moderne et constructif est un affreux casse-tête, souvent détourné en faisant conjuguer telle ou telle règle de comportement.

Le problème dans Sharin no Kuni, c’est qu’on cherche toujours les « criminelles » tellement leurs fautes sont dérisoires. Le lecteur peut donc difficilement évaluer le système car le récit tronque son alléchante problématique en s’attaquant de façon quasi manichéenne à ceux qui appliquent les « obligations ».

A l’ombre des jeunes filles en pleurs

L’obligation d’éviter tout contact avec le sexe opposé cause chez Natsumi un profond changement de personnalité qui ne manque pas de heurter le lecteur comme les images du passé présentent une petite fille si joviale et pétillante. Celle de vivre des journées de 12 heures pousse Sachi à sombrer dans la procrastination. Pourtant la première vit plutôt bien cette peine qui lui sert de prétexte à son retranchement tandis que la seconde voit sa pénitence porter ses fruits comme elle finit par comprendre l’importance du temps perdu.

En définitive, plus que leurs « obligations », c’est l’injustice dont elles sont victimes qui aura entravé le développement de la personnalité des héroïnes. Natsumi a été la proie de magistrats aveugles ou corrompus. Saki est toujours aussi exubérante que dans le souvenir de Kenichi car son traumatisme remonte au concours d’art qu’elle a passé durant son enfance. Le devoir de soumission à l’autorité parentale qui frappe Touka est infondé et n’a pas de sens comme sa mère ne risquera jamais de l’envoyer dans un camp de concentration. La mauvaise fin qui lui est dédiée permet de mesurer le désastre causé par cette « sur-dépendance » à une autorité chez une jeune fille désormais incapable de penser par elle-même.

La froide machine judiciaire

Ce que Sharin no Kuni pointe de son doigt accusateur, c’est la machine judiciaire qui accompagne le système et ses agents corrompus, les fanatiques qui font passer le respect de la Loi avant les intérêts de chacun. L’intimidant Houzuki auquel Norio Wakamoto prête sa voix illustre bien ce genre de personnage, lui qui applique sa froide logique pour réfléchir sa société, lui qui dès le prologue exécute sans sommation une candidate retardataire.

Ce qui rend finalement le système pénal indéfendable, c’est le caractère obtus d’un règlement qui laisse peu de place au compromis et à l’humanisme. Le moindre écart est puni et les chiens de l’État ont droit de vie ou de mort sur les pénitents qu’ils accompagnent.

J’ai un peu divagué comme Sylfer a déjà pondu un billet très complet mais sachez que j’ai apprécié Sharin no Kuni. Je me suis souvenu des frissons d’extase ressentis à la lecture de G-Senjou no Maou même si ce dernier était bien plus sombre et tortueux. L’histoire profite en outre d’une excellente ambiance grâce à un héros boute-en-train qui ne cache pas son ambition de manipuler les gens comme des objets. Dommage qu’il se fasse un point d’honneur d’être fidèle à sa dulcinée car il faut faire de longs slaloms pour décrocher toutes les CG.

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