A la découverte du webcomic coréen

Je me sens soudain investi de la sainte mission qui est celle d’introduire mes quelques lecteurs au webcomic coréen. Il s’agit de bandes dessinées en ligne, conçues par des amateurs rémunérés au nombre de clics sur leurs sites. Des planches très particulières, dans un style manhwa, entièrement en couleur, où chaque chapitre représente un long strip vertical. Un genre en plein essor dont ppmax a déjà présenté deux œuvres en cours de parution; je vais parler de quatre autres titres dont la traduction est achevée.

Nineteen, Twenty-One raconte l’histoire de Yun-lee, une jeune fille qui sort de deux années de coma suite à un accident. Elle est ainsi restée sur le lit de l’hôpital de 19 à 21 ans, deux années qui devaient façonner de manière décisive son avenir mais qui sont désormais perdues à jamais. Comment rattraper le temps perdu? Quelle orientation donner à sa vie? Un jour elle rencontre au hasard des ruelles un jeune homme qui partage avec elle sa passion pour les chats. Il a 19 ans.

Une très jolie tranche de vie qui assimile romance et recherche de soi mais surtout une grosse réflexion sur le sort des chats égarés que nos deux protagonistes décident de protéger. Eh oui, on parle beaucoup de chats dans cette histoire, des chats qui leur ressemblent un peu au fond comme ils sont eux-mêmes perdus dans cette immense société. Et tous ces chats, c’est très mignon, d’autant plus que leurs mouvements paresseux dégagent une authenticité marquante. Nineteen, Twenty-One se lit comme une ode à la jeunesse qui regarde avec espoir et appréhension vers l’avenir, qui cherche un but à leurs tâtonnements, de nouveaux défis et horizons. Un webcomic très joliment dessiné avec ses strips aérés, des décors souvent légers mais parfois somptueux et un chara-design qui rend Yun-lee et son compère très sympathiques et attachants. Il faut juste pas avoir peur de se noyer dans des envolées philosophiques sur le sens de la vie… et dans une nuée de chats!

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Ensemble est une comédie autour d’un trap, Mahnsoo, recueilli par le détective Ghim pour le protéger comme témoin dans le cadre d’une affaire criminelle. Déguisé en fille pour passer inaperçu, Mahnsoo tape à l’œil de son fils, Bohm, qui semble voir arriver le printemps sans se douter que la jeune fille qu’il croise dans la rue est en réalité un garçon. Tous trois vont devoir vivre quelque temps en famille…

J’apprécie pas vraiment les histoires qui parlent de travesti en général or Ensemble se révèle plutôt agréable comme lecture car le malentendu est vite levé. Plus qu’une comédie, on suit l’histoire touchante d’un jeune orphelin que la vie n’a pas gâté et qui est heureux de trouver un foyer pour l’accueillir et un frère à ses côtés. Mais Mahnsoo est un gai luron que Bohm aura bien du mal à supporter : ses camarades se méprennent sur le lien qui les rattache tandis que son meilleur pote lui déclare sa flamme. Le style est très particulier, notamment avec des visages aux traits drus et grossiers qui leur donnent beaucoup d’expressivité. Les personnages semblent aussi tous porter de proéminentes perruques. En somme, une histoire bien joyeuse à savourer avec d’autant plus de plaisir qu’elle offre son lot d’émotions.

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Au cœur d’une grande ville, une serre sauvage entretenue par un vieil homme, Sul, qui n’a d’attention que pour ses plantes que le voisinage juge dangereuses et insalubres. Une nuit, la bâtisse s’effondre suite à un incendie et son jardinier est hospitalisé. Il a perdu la vue et ne se réveille pas. Il erre dans une gigantesque forêt, une étrange nature dont il ne reconnait aucune espèce et risque de rester prisonnier à jamais.

D’une beauté artistique et narrative inouïe, KissWood nous plonge dans un univers verdoyant et labyrinthique, surplombé de brumes lumineuses, jonché de mystères et de traditions que le lecteur découvre au fil du périple. On a l’impression de lire une œuvre de Miyazaki, ensorcelé devant le spectacle de la nature qui se déroule devant nos yeux, interpellé par la cruauté des hommes qui l’habitent. Un spectacle onirique, poignant et évocateur.

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Le prologue de Melo Holic pose une question : qu’est-ce que l’amour pour ses détracteurs, pour ceux qui ne l’ont jamais expérimenté? S’ensuit une romance mouvementée entre un professeur de coréen de 29 ans et une jeune libraire qui tient un stand dans la rue. A 29 ans, il n’a  jusqu’alors jamais trouvé l’amour car il fuit les femmes en raison d’un mystérieux pouvoir : il parvient à lire leurs pensées au moindre contact de la main. Et on sait quel venin circule dans la cervelle de ces sorcières. Si la belle Ji Eun parvient à séduire ce célibataire convaincu, la première aventure d’Eun Ho lui réserve bien des aléas…

Un titre surprenant car ce qui ressemble au départ à une gentille romance et à une réflexion sur l’amour se mue en véritable thriller. Le récit s’appuie sur quelques twists pour tenir en haleine le lecteur et y réussit parfaitement. On s’attache beaucoup aux protagonistes : Ji Eun est une demoiselle aussi complexe que ravissante, Eun Ho s’avère particulièrement charismatique comme narrateur-héros et son ami le prof d’éducation physique s’occupe parfaitement de mettre l’ambiance. Le dessin n’est pas particulièrement original mais mise énormément sur l’enchaînement des cases et les jeux de couleurs pour mettre en scène l’action et les états d’âme des personnages. J’ai d’ailleurs pris la liberté d’illustrer la série par un strip plutôt long où Eun Ho décide à travers une scène qui s’apparente à un phénomène de cristallisation de tenter à nouveau sa chance malgré ses pouvoirs.

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Ce qui marque le plus à travers toutes ces lectures, c’est la variété des découpages rendue possible par le format. Les cases peuvent se répéter, se superposer, prendre différentes tailles, laisser des espaces lourds en signification ou encore mettre en évidence la narration. Les dessinateurs profitent ainsi de beaucoup de liberté et d’imagination pour donner vie au récit. Une tranche de vie, une comédie, une épopée onirique et un thriller : vous avez le choix pour vous familiariser au genre très spécial qu’est le webcomic coréen. Je conseillerai peut-être Melo Holic pour un premier contact mais les quatre options se valent selon vos aspirations.

2 réflexions sur “A la découverte du webcomic coréen

  1. C’est en effet très spécial mais on s’habitue vite. Il faut surtout savoir arrêter le regard sur chaque image, pas seulement chercher les phylactères ;)

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