Chihayafuru et les fondements de la passion

Cela fait deux ans déjà que je n’ai plus parlé d’une série en cours de diffusion, en raison d’habitudes et de convictions décidément très fragiles. J’aimerais donc pallier à la douce léthargie de mes collègues et rendre hommage à la belle surprise de ce début d’automne qu’est Chihayafuru.

La cravate :3

Comme l’a bien montré cet article de SnippetTee, Chihayafuru nous décrit ce qu’est un rêve authentique et l’importance qu’il a dans la construction du soi. Au tout début, Chihaya est obnubilée par sa grande sœur qui débute comme mannequin, n’hésitant pas dès l’aube à attendre le journal sous la pluie pour voir sa photo. Elle n’a pas de passion particulière et rêve simplement de voir Chitose devenir une célébrité.

Le monde change autour d’elle le jour où Chihaya est attrapée par la passion contagieuse de son camarade Arata pour un jeu traditionnel au Japon, le karuta. Elle ne connait pas la moitié des poèmes mais se laisse entrainer par l’enthousiasme d’Arata qui lui inspire un nouveau rêve, un vrai celui-ci, pas un rêve que l’on place dans les mains d’une autre personne.

Si sa mère accueille très favorablement cette nouvelle marotte, cela réveille chez Chitose un égoïsme exécrable. Malgré l’attachement que lui manifestait jusqu’alors sa jeune sœur, elle n’hésite pas à dénigrer le karuta quand Chihaya lui annonce le prix qu’elle a remporté. Ayant l’habitude d’être au centre des attentions de sa famille, Chitose ne supporte pas que Chihaya ne s’intéresse plus à elle, qu’elle ait trouvé son propre rêve.


« En tout amour il y a de l’égoïsme. »

Comment aborder en manga puis en anime un jeu de cartes (d’autres parleront de sport) tel que le karuta ? Je n’ai jamais vraiment apprécié les séries parlant de compétitions typiquement nippones (Hikaru no Go, Shion no Ou, Akagi et Saki). Il faut faire beaucoup d’efforts pour comprendre des bribes de règlements souvent très complexes. Le karuta est néanmoins un jeu à la fois très simple et qui permet pas mal d’ouvertures.

J’aimerais très rapidement présenter le karuta et ses particularités. Dans Chihayafuru, on s’intéresse plus spécifiquement à l’Ogura Hyakunin Isshu, le sous-genre le plus populaire de l’uta-garuta, où l’on joue avec cent cartes représentant autant de poèmes composés chacun par un auteur célèbre différent. Le principe est simple : il s’agit de trouver le plus vite la carte dont le poème est récité par l’arbitre. Dans l’uta-garuta, il faut reconnaître les deux derniers vers d’un court poème (tanka) dont on récite les trois premiers.

Le karuta possède à mon avis trois principaux aspects qui fondent les conceptions (parfois désuètes) que l’on a du jeu aujourd’hui. Tout d’abord, un côté enfantin : souvent  joué dans les écoles, il sert d’appui pédagogique au niveau des réflexes et de la mémoire. Le karuta stimule à la fois les capacités auditives et visuelles de l’enfant. Ensuite, un côté compétitif : à travers le karuta, la pétillante Chihaya veut aller au bout d’elle-même, se trouver un propre défi. Finalement, un côté culturel sur lequel je reviendrai.

Le karuta comme compétition

Autour du karuta, différents types de passions sont mis en évidence dans Chihayafuru. La jeune héroïne possède une motivation intrinsèque mais stimulée par l’esprit de compétition et l’enthousiasme contagieux de son ami Arata. Cet intérêt pour le karuta naît aussi de la volonté de jouer en équipe et de partager sa passion avec les autres. Difficile de rester insensible à la gratitude que manifeste Arata en trouvant des amis de son âge pour jouer.

Une fois achevé le chapitre de l’enfance, on revient au lycée et mesure les conséquences de la séparation. Arata et Taichi semblent avoir tourné la page. Le premier a refoulé sa passion pour le karuta suite à une expérience douloureuse. Taichi a quand à lui préféré privilégier ses études. On se demande dans le cas de ce dernier si sa motivation n’était pas extrinsèque, s’il ne jouait que pour être présent aux côtés de Chihaya. Passion héréditaire (Arata est le petit-fils d’un grand maître), défi (Chihaya veut devenir la « Reine »), amour : autant de motivations qui conduisent les protagonistes de Chihayafuru à la passion, la vraie. L’épisode 6 en amène une autre, avec un nouveau personnage.

La karuta comme jeu qui rassemble

Kana a ses propres raisons de s’intéresser au karuta : les images que lui inspirent chaque poème, rattachées aux motifs des kimonos qu’elle aime tant et dont sa famille tient un commerce. Mais aussi à une interprétation de l’œuvre dont ils sont originaires. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’on apprend des choses sur la littérature nippones et ses images dans Chihayafuru. Tout ça reste un peu trop hermétique pour les non-initiés. Je suis beaucoup plus sensible à la façon dont les personnages perçoivent ces poèmes et à leurs différences : là où Chihaya voit un texte à mémoriser et repérer, Kana voit une image. Leur rencontre change la façon dont Chihaya visualisera des cartes dont elle était encore incapable de mémoriser l’emplacement. Encore un bel exemple de la complémentarité des êtres et des perceptions.

Si elle respecte son contrat, Chihaya devrait troquer sa cravate (qu’elle porte admirablement bien notez) pour un magnifique kimono. Mais qu’en est-il de Kana? Le karuta lui apportera-t-il la satisfaction qu’elle ne trouvait pas dans son club d’archers? Le côté traditionnel du jeu l’emportera-t-il sur la froideur compétitive qu’il lui a auparavant inspirée? N’est-elle là que pour utiliser Chihaya comme mannequin? La question reste en suspens jusqu’à la semaine prochaine. Jusqu’ici, Chihayafuru est une série qui tient ses promesses : admirablement réalisée, parfaitement mise en place. On se laisse à la fois attraper par la motivation contagieuse de Chihaya et bercer par l’ambiance traditionnelle et conviviale qui y règne.

La puissance évocatrice du poème en images…

Chihayaburu
Kamiyo mo kikazu
Tatsuta-gawa
Kara kurenai ni
Mizu kukuru to wa

7 réflexions sur “Chihayafuru et les fondements de la passion

  1.  » Je n’ai jamais vraiment apprécié les séries parlant de compétitions typiquement nippones (Hikaru no Go, Shion no Ou, Akagi et Saki). Il faut faire beaucoup d’efforts pour comprendre des bribes de règlements souvent très complexes.  »

    Mais c’est ça la force de Hikaru No Go, de te passionner d’un sport dont tu comprends que les bases tout le long de la série! C’est pas un truc comme Oofuri ou tu rates clairement quelque chose si tu comprends pas le jeu vu la technicité avec laquelle est abordé. Ici, le pari est justement de faire découvrir un univers que les jeunes japonais ne réservaient qu’aux vieux et pas du tout connu du grand public, que ce soit a l’étranger, mais même au Japon même. D’ailleurs le Shogi et le Mah-Jong c’est quand même beaucoup plus populaire a coté, c’est pas comparable.

    *Hikaru No Go fanboy*

  2. Il faut définitivement que tu te remotives pour faire des articles « Premier Contact ».

    J’étais dans une situation proche de la tienne avant de me lancer dans la série pas plus tard qu’hier soir. Si j’ai adoré Akagi (la suite svp…), je ne me suis jamais attaqué à Hikaru no Go et j’avais peur qu’une série sur un jeu comme le karuta serait aussi intéressant qu’un épisode de Plus Belle La Vie.

    J’ai bien fait de me laisser tenter. C’est un cocktail réussi quoi qu’improbable sur le papier de shonen sportif (car effectivement c’est beaucoup moins pépère que je croyais) et d’un Kimi ni Todoke. Belle patte artistique, sentiments racontés avec finesse et au-delà de tout un discours intéressant sur la passion, qui plus est marginale. Ouais, je fais facilement le parallèle avec les otaques. Reste que je suis content de voir avec l’épisode 6 la galerie de personnage s’agrandir, le triangle risquait de vite tourner en rond.

    Merci en tout cas, tu m’épargnes un article, je peux retourner à ma léthargie. XD

  3. J’aimerais espérer qu’on nous épargne la touche romantique et que Taichi reste dans son coin avec son amourette platonique. Malheureusement, avec 25 épisodes prévus, je doute qu’on y échappe. Mais comme toi, je suis content de voir dans cet épisode 6 qu’il y a de la matière pour disserter autour du karuta et c’est ça qui m’a donné envie d’écrire ce billet.

    Sinon de rien, t’as parlé de Mawaru Penguindrum et d’Usagi Drop cet été, alors je te pardonne :p C’est pas comme si moi-même j’étais inspiré par une autre série cette saison…

    NIKI -> Dans ce sens Hikaru no Go, ça me fait penser au manga Beck, qui cherche à nous passionner pour une musique qu’on n’entend pas. Malheureusement ça passe pas aussi bien pour le Go…

  4. Si tu savais le nombre de jeunes ayant décidé de commencer le go en club au moment où ce manga était en pleine édition, tu ne dirais pas qu’Hikaru no go a raté son pari de dépasser des règles complexes pour se mettre au niveau des ignorants. D’ailleurs, c’est faux, le go se base sur une poignée de règles. C’est un des jeux les plus simples qui soit bien qu’un des plus complexes dès qu’il s’agit d’en faire quelque chose.
    De toute manière, contrairement à un Akagi très cérébral, Hikaru no go est super limpide et même sans comprendre le fonctionnement interne au go, les parties sont prenantes.

    *Hikaru No Go fanboy* BIS

  5. Ah bah moi au contraire de toi Sirius je suis contente que cet anime jongle parfaitement entre le Karuta et la petite romance !
    (ça doit être mon coté fleur bleu qui ressort, ça m’arrive parfois…)
    En tout cas cet anime est vraiment intéressant, je ne connaissais pas du tout le Karuta en plus donc tout bénef =D

  6. Pour le moment, la romance reste très anecdotique, l’anime se contentant de montrer des tournois de Karuta et les subtilités du jeu. Mais on a bien un triangle amoureux entre trois personnages dont les sentiments sont pas évidents (sauf ceux de Taichi qui devient un très bon personnage au fil des épisodes). Je pense que tout sera vite résolu sans trop de mélo alors ça me va!

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