Symphonic Rain : Ô le chant de la pluie !

Il pleut des voix de femmes comme si elles étaient mortes même dans le souvenir
c’est vous aussi qu’il pleut merveilleuses rencontres de ma vie ô gouttelettes
et ces nuages cabrés se prennent à hennir tout un univers de villes auriculaires
écoute s’il pleut tandis que le regret et le dédain pleurent une ancienne musique
écoute tomber les liens qui te retiennent en haut et en bas

Guillaume Apollinaire

Entourée de montagnes, une cité mélodieuse où la pluie ne cesse jamais de tomber même si les habitants ne semblent guère s’en soucier comme on ne voit pas un parapluie pointer dans la rue. Chris, jeune musicien de terminale à la « Scuola Comunale di Musica Piova », est un des rares joueurs de Fortelle, un instrument voisin du piano dont les tonalités se nourrissent des émotions de l’interprète. L’année académique arrivant à son terme, il doit choisir la chanteuse qui l’accompagnera durant son épreuve finale.

Chris a peur de trahir l’élue de son cœur, Arietta, qu’il a laissée voici trois ans dans sa ville natale et avec laquelle il entretient depuis une douce correspondance. En effet, une rumeur prétend que les cœurs s’assemblent durant les longues répétitions qui précèdent l’examen. Il n’a en outre guère de candidats : étant d’un naturel plutôt asocial, ses seules connaissances sont Torta, jeune sœur jumelle d’Arietta, et Asino, un autre Fortellist de classe terminale.

Va-t-il suivre le conseil de sa bien-aimée et demander l’aide de Torta, trouvera-t-il lui-même l’interprète idéal(e) ou laissera-t-il son institutrice décider à sa place? Et qu’en est-il de Phorni, cette mystérieuse petite créature que Chris est le seul à voir dans sa chambre?

Je tiens d’emblée à signaler que Symphonic Rain est une œuvre si belle que je déplore à chaque ligne que la platitude de mes mots n’arrive pas à lui rendre justice. Son ambiance, ses protagonistes, ses révélations et sa musique : tout contribue à ensorceler le lecteur à travers une histoire touchante et merveilleuse. Ce visual novel nous plonge dans une ville aux tonalités joliment italiennes, « Piova », où Chris fréquente la « Scuola Comunale di Musica » et le restaurant « Trattoria » dont il apprécie tout particulièrement la spécialité de lasagne.

Une cité qui se veut résolument fictive mais dont les étroites ruelles rappellent quelque peu celles de Florence et dégagent un superbe pittoresque. C’est tout particulièrement l’opacité des coloris qui ressort des ruelles de Piova, la cité de la pluie. Une pluie souvent du plus bel effet, notamment quand on observe ses cordes par une belle soirée d’automne ou à travers la fenêtre de la cafétéria.

Mais Piova est surtout la cité de la musique et Symphonic Rain s’attache logiquement une bande son de très haut niveau. Tantôt gaies, tantôt solennelles, les quelques marches qui nous accompagnent participent admirablement à l’optimisme grisonnant de l’œuvre. On regrettera juste cette tendance un peu simpliste à attacher un thème en boucle à chaque personnage avec variations triste, dramatique ou heureuse.

Chris parcourt ainsi son école en quête d’une chanteuse interprète. Il croise au hasard de quelques merveilleuses rencontres, trois ravissantes candidates qui bouleverseront à jamais sa destinée pour peu qu’il s’accroche à leur robe froissante.

Falsita est une élève modèle : ancienne présidente du conseil des étudiants, elle répond toujours favorablement aux incessantes requêtes de ses professeurs et travaille à temps partiel dans un restaurant. Liselsia est une première année timide et maladroite dont Chris a surpris le chant mélodieux dans l’ancien bâtiment de l’école. Elle semble trop peu sûre d’elle pour l’accompagner sur la scène et pourtant sa petite voix douce et innocente ne laisse pas le jeune homme indifférent. Tortinita est l’amie d’enfance et confidente de Chris, dont elle-aussi était amoureuse avant qu’il ne réponde aux sentiments de sa sœur jumelle. Comme Arietta lui a demandé de prendre soin du jeune homme, elle s’assure parfois d’un air inquisiteur qu’il prenne son travail au sérieux et cherche activement un partenaire.

Il pleut sur la ville. Mais il pleure dans le cœur de celles et ceux qu’elle abrite : Symphonic Rain nous raconte l’histoire teinte de la souffrance de protagonistes à la personnalité et à la destinée touchantes. Les héroïnes mettent longtemps à partager le tourbillon d’émotions qu’elles contiennent au plus profond de leur âme et cela donne l’impression que le récit ne décolle jamais. Sans entrer dans les détails, je qualifierai volontiers chaque route d’aigre-douce comme leur final mélange une certaine tristesse et une pincée d’optimisme, abandonnant le lecteur à des sentiments ambigus.

Symphonic Rain permet à ceux qui n’ont pas séché comme moi leurs classes de dactylo d’accompagner les héroïnes en tapant les notes en rythme sur leur clavier. Chris choisit de ne pas interpréter avec elles le morceau qu’il a écrit pour surmonter la distance qui le sépare d’Arietta (I’m Always Close to you) mais celui qu’elles ont elles-mêmes composé. Au fil du récit, on mesure combien les paroles et l’interprétation se font écho du ressenti de chacune d’entre elles. Lise interprète Lycéenne, une chanson pleine d’optimisme qui semble exorciser le quotidien qu’elle endure dans une école où elle est dénigrée. Rain est un morceau aux tonalités jazzy dont ressort la personnalité complexe et les aspirations de Fal. Quand à Secret, c’est l’expression d’un amour non partagé interprété par Torta.

Je ne cite pas souvent du Verlaine et du Apollinaire dans cette colonne. La façon dont Symphonic Rain assimile la pluie, la musique et la souffrance intérieure de l’interprète a fait resurgir quelques vers dans l’esprit du littéraire refoulé que je suis. Des chansons et des vers qui prennent une signification plus profonde encore au baisser de rideau.

4 réflexions au sujet de « Symphonic Rain : Ô le chant de la pluie ! »

  1. Ben alors, personne commente ? Me dites pas que je suis la seule otak’ du coin à être intéressée par Symphonic Rain quand-même >_<.

    En fait j’ai pas grand-chose à ajouter sinon que ça fait longtemps que cette œuvre est dans le haut de ma liste de VNs à lire en priorité et que la façon dont tu en parles me conforte dans mes impressions. Après j’ai bien peur de devoir attendre mon prochain achat de PC (dans quelques années) pour enfin avoir la chance de m’y mettre é_è.

    Sinon à part G-Senjou no Maou (que tu m’as donné envie de rajouter à ma longue liste), je remarque que tu n’as abordé que des jeux auxquels je comptais jouer à un moment ou un autre. La question est de savoir si tu vas tenter les VNs encore non-traduits qui me font envie, ça serait magique ça quand-même XD. AQUAS ? Natsuyume Nagisa ? Grisaia no Kajitsu -Le fruit de la grisaia ? La version H d’Alice au pays des merveilles :p ?

    P.S : Sinon, ôte-moi d’un doute, il n’y a aucune scène explicite dans Symphonic Rain, c’est bien ça ?

  2. Ton PC, plus t’en parles, plus je me dis qu’il faudrait l’ouvrir et en faire don à la science :p

    J’ai remarqué en effet qu’il n’y a pas énormément de personnes qui s’intéressent aux visual novels dans le coin et ce sont souvent les mêmes qui viennent commenter. Je continue malgré tout d’en parler régulièrement car c’est un univers qui me plait bien, qui est peu abordé dans nos contrées (même si on assiste récemment à un petit boom des blogs qui parlent de VN) et je n’ai plus beaucoup d’inspiration niveau manga et anime =(

    Pour ta question, j’ai bien peur que je ne sois pas du tout tenté par des titres non traduits. Les software AGTH/ATLAS et leurs traductions google où il faut nager à l’intuition, très peu pour moi. Et les versions « trial » risquent de créer chez moi une frustration insupportable. Désolé de trahir tes attentes!

    Et non, pas de grand H dans Symphonic Rain. J’aurais dû le préciser d’ailleurs même si ça aurait tenu du sacrilège dans cette colonne ^^

  3. « Ton PC, plus t’en parles, plus je me dis qu’il faudrait l’ouvrir et en faire don à la science » = Je leur aurais déjà fait don de ma personne afin de déterminer si je suis une martienne ou le chaînon manquant bien avant, le PC ne les intéressera plus :p.

    « J’ai remarqué en effet qu’il n’y a pas énormément de personnes qui s’intéressent aux visual novels dans le coin et ce sont souvent les mêmes qui viennent commenter » = Je sais pourtant qu’il y en a mais ils doivent lurker, ou alors ils ne connaissent pas ton blog (sacrilège !). Tiens, maintenant que t’en parles, j’avais regardé une chaîne Dailymotion qui présentait des VNs et eroges il y a un bail et le monsieur avait l’air de te citer comme source d’inspiration à un moment (si ma mémoire est bonne), donc c’est bien que des gens te lisent ;). Après ce sont forcément les habitués qui commentent le plus souvent donc bon…

    Ce qui est troublant c’est que maintenant que tu t’es mis aux VNs, je n’arrive même plus à me souvenir pourquoi je venais sur ton blog avant 0_o. Genre dans ma tête désormais Citron-fraise = visual novel. C’est grave, docteur =( ?
    (De l’autre côté je trouve l’accès aux archives pas facile sur ton site, ça expliquerait ptet des choses)

    « même si on assiste récemment à un petit boom des blogs qui parlent de VN » = Petit boom relatif puisque je constate que pas mal de ces blogs meurent assez vite. La procrastination sans doute…

    « Pour ta question, j’ai bien peur que je ne sois pas du tout tenté par des titres non traduits. Les software AGTH/ATLAS et leurs traductions google où il faut nager à l’intuition, très peu pour moi » = J’avoue que je n’aime pas ça non plus, ce qui est d’autant plus frustrant quand je lis des blogs d’anglophones capables de jouer à des eroges en japonais. Je veuuuuuuux Subarashiki Hibi ~Furenzoku Sonzai~ bordel !

    « Désolé de trahir tes attentes! » = C’est pas comme si j’y avais vraiment cru :p. Je m’en doutais un peu. Je garderai mes frustrations pour moi, na !
    (Et je compenserai avec la musique. Tu écoutes des OSTs de VN/eroge, toi ?)

    « Et non, pas de grand H dans Symphonic Rain. J’aurais dû le préciser d’ailleurs même si ça aurait tenu du sacrilège dans cette colonne » = Ce n’était pas forcément clair, non, donc vaut mieux le dire d’emblée ;).

  4. Étant donné mes notions de musique et mon incapacité à en parler (c’est flagrant dans ce billet), j’ai peur que je ne puisse parler d’OST. J’en écoute mais je sais jamais trop quoi en dire (sauf si ça passe une fois hors VN ou pas). Mais j’aime bien lire des billets de ce genre.

    Et ouais, j’avais prévu de parler à 80% de VN cette année mais c’est assez triste. Je compte corriger ça, disons, dans le courant de l’année prochaine. Peut-être que je profiterais des Sama Awards.

    « je n’arrive même plus à me souvenir pourquoi je venais sur ton blog avant » = N’empêche, c’est triste =( Et mes archives sont très biens. En 4 catégories, clair, précis.

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