La relation mère-fille dans Hanasaku Iroha

Hanasaku Iroha, une série avec des jolies jeunes filles qui ont des rêves et croquent la vie à pleines dents. Un soupçon de recherche de soi, une noisette de bonheur quotidien et une bonne dose de fanservice. Un très bon divertissement en somme, durant lequel j’ai particulièrement été attentif à un aspect : la relation entre mères et filles.

Ohana, sa maman Satsuki et sa grand mère Sui

On sent dès le lever du rideau une situation de conflit filial quand Ohana révèle à sa mère… qu’elle n’est pas son enfant. Si la jeune fille n’est bien sûr pas le fruit d’une aventure d’un soir entre une chanteuse de jazz et d’un soldat américain, cette plaisanterie douteuse en dit beaucoup sur le rapport qu’entretiennent la mère et sa fille. La scène permet de mesurer l’indifférence qui s’est installée entre les deux : Satsuki n’a d’attention que pour son travail de rédactrice tandis qu’Ohana lui sert de bonne depuis sa plus tendre enfance. Puis sans crier gare, l’excentrique Satsuki fait quelque chose qui peut sembler extraordinaire pour le spectateur non averti : elle envoie sa fille chez sa grand-mère pour vivre une aventure romantique… Elle n’aura ensuite jamais le temps de se soucier de la pauvre Ohana qui est abandonnée à son sort dans une auberge de campagne.

L’accueil que lui réserve sa grand-mère Shijima Sui est on ne peut plus cordial : la gérante lui envoie un baquet et une éponge avant même qu’Ohana ne puisse entrer dans l’imposante demeure. En mesurant les valeurs et le comportement de cet ancêtre, on est surpris qu’elle ait donné naissance à un électron libre aussi fantasque que Satsuki. Madame Shijima transpire les valeurs traditionnelles et les principes de la parfaite gérante, enseignant à ses apprenties serveuses de privilégier le bien-être des clients à ses problèmes personnels. Elle sait aussi une vérité pédagogique trop souvent oubliée de nos jours : on apprend bien qu’avec des baffes. En somme, c’est tout le contraire de Satsuki qui a tenté d’inculquer à Ohana des leçons douteuses : n’avoir confiance en personne, même pas en sa propre famille, ne se reposer que sur soi-même. De telles paroles reflétaient sans doute une expérience personnelle difficile mais on peut s’interroger sur la portée désastreuse qu’elles auraient sur une innocente petite fille moins éveillée qu’Ohana.

On ne sait pas exactement ce qui a créé un conflit entre Satsuki et sa mère malgré les petits flashbacks qui apparaissent ci et là. Elle a semble-t-il connu une sorte de crise d’adolescente qui a dérapé en haine. On sent clairement son ras le bol à l’égard des principes de Madame Shijima, de l’absence de changement dans l’auberge Kissui. Il faut à la fois considérer la lassitude créée par l’enfermement et la révolte face à une mère qui l’ignore : pour s’affirmer, Satsuki dévoile sans pudeur sa nudité devant sa mère et le vieux Denroku. N’est-ce pas aussi afin de crier son existence qu’elle a eu une fille à un si jeune âge? Je pense que celle qui reflète le mieux ce qu’a pu être Satsuki dans son adolescence est la discrète Yuina qui est aussi l’héritière d’une auberge luxueuse de la région. Cette dernière phrase, lue en français dans son cahier d’exercices de grammaire appuie mon hypothèse :

« Je pensais que je n’ai pas senti le charme pour le travail que je n’ai pas aimé en premier. »

On excusera ses erreurs pour se pencher sur le fond du message : Yuina affirme une certaine lassitude pour l’endroit où elle vit car elle n’a guère eu l’occasion d’explorer d’autre horizon que les chambres de son auberge. Elle n’y travaille pas à la façon d’Ohana et développe progressivement une certaine aversion envers l’atmosphère ambiante tandis que le métier de gérante lui semble barbant au possible. Sa petite expérience dans l’auberge de son fiancé lui permet de prendre conscience de l’aspect biaisé de son point de vue : elle n’a pas senti le charme d’un travail qu’elle n’avait jamais vraiment fait jusqu’alors. C’est à mon avis un peu la même chose qui est arrivé à Satsuki dont le frère et même la mère regrettent qu’elle ne reprendra jamais l’établissement. Quand à Ohana, l’incompréhension qu’elle manifestait devant le caractère obtus de Madame Shijima disparaît le jour où elle s’aperçoit qu’elles partagent au fond le même amour pour l’auberge Kissui.

Les parents, on les observe et selon nos impressions, on veut devenir comme eux plus tard, ou au contraire, devenir autre chose. Satsuki prend le second parti en s’émancipant très tôt et réussissant dans son travail de rédactrice. Pourtant, elle a douloureusement conscience du caractère plutôt salace de son travail, écrivant des articles pré-formatés pour les magazines. Que faire alors quand sa fille lui demande de retrouver toute son humanité? Madame Sui représente quand à elle la sagesse ancienne qui laisse ses enfants faire des erreurs pour qu’ils puissent en grandir. Ainsi ne retient-elle pas son fils dans son projet foireux de sponsoriser un film. Je recopie ici le joli message qu’elle intègre à son discours lors du repas de noces :

« La jeunesse est ainsi faite que même si vous trébuchez ou vous vous perdez, c’est l’occasion de relever de nouveaux défis et de créer quelque chose de flambant neuf. »

L’ancêtre a compris mieux que les autres les vertus de la jeunesse et c’est certainement cet aspect qui fait d’elle un modèle à suivre pour Ohana. Pour résumer, la relation mère-fille dans Ohana est formée de rejet et de mimétisme. Satsuki rejette les valeurs de sa mère, Ohana condamne le laxisme de Satsuki, découvrant chez Madame Sui le modèle qu’elle cherchait tant. En ne trouvant pas de but par elle-même, elle trahit quelque peu la volonté de sa grand-mère qui voulait voir les jeunes commencer à la case de départ, poursuivre leur propre rêve sans être enchaîné par le sien. Mais ce rêve inspiré, ce rêve partagé, n’est-il pas au fond aussi beau que les autres?

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Une réflexion sur “La relation mère-fille dans Hanasaku Iroha

  1. « La jeunesse est ainsi faite que même si vous trébuchez ou vous vous perdez, c’est l’occasion de relever de nouveaux défis et de créer quelque chose de flambant neuf. »

    Ah, ce que j’aimerais pouvoir prendre cette phrase au pied de la lettre :)

    Je voulais juste signaler que même si je n’ai pas regardé la série, j’aime ce genre de petit billet explicatif. Maintenant, je sors…

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