Voyages temporels et cosmologie quantique

Le siècle dernier, quand je ne jurais pas uniquement par la 2D, j’appréciais comme tout le monde les séries américaines et les classiques du cinéma. J’avais encore dans mon salon un objet qu’on appelait télévision et devant lequel je regardais régulièrement Code Quantum, une série où le héros était condamné à voyager dans le temps et réparer les erreurs du passé. C’était bien. Je me souviens aussi avoir vu la trilogie Retour vers le futur qui devenait moins géniale d’un film à l’autre. J’adorais quand même.

Tout ça pour dire que j’éprouve depuis longtemps une certaine fascination à l’égard des scénarios qui usent et abusent de la machine à remonter le temps. C’est quand même génial d’imaginer que la passé n’est pas un concept immuable mais qu’il peut encore varier. Ça permet de croire aussi que le présent peut changer d’une seconde à l’autre. Loin de moi l’idée d’explorer les aspects scientifiques du phénomène tels que la théorie quantique ou la relativité générale. La fiction s’attache à simplifier, voire tronquer ces concepts pour ne pas trop nous embrouiller. Je vais juste parler d’un RPG, d’un anime, d’un manga et d’un visual novel que j’ai découverts cette année et de la manière dont ils exploitent cette ficelle finalement assez grossière et banale. Prévoyez d’importants spoilers pour chaque titre; j’ai espacé les paragraphes pour que vous puissiez survoler l’ensemble.

La fameuse chronique ornée de la ligne du temps

Radiant Historia

Si Radiant Historia était bien le meilleur RPG de la DS, c’était en grande partie grâce à la possibilité offerte au joueur de voyager d’un passage à l’autre du scénario. Le héros reçoit une mystérieuse chronique qui lui permet de revenir à un nœud temporel, un moment où il s’est retrouvé face à un choix essentiel dans son périple. En fait, ça ne se résumait pas à réparer une erreur mais c’était bien plus complexe car la ligne du temps se sépare en deux principales routes entre lesquelles vous voyagez. Le scénario repose donc sur deux univers divergents par changement du passé. Stocke change radicalement sa destinée en décidant soit de rester fidèle à son chef de l’intelligence spéciale Heiss, soit d’entrer dans le bataillon dirigé par son ami Rosch. Les deux routes sont nécessaires mais ne sont pas véritablement connectées : ce n’est pas directement en changeant un événement dans l’une que Stocke change l’autre comme elles n’appartiennent pas à la même ligne du temps. La chronique lui permet surtout de transporter un objet de l’une à l’autre pour débloquer une situation. Le voyage à travers le temps reste simple dans les RPG (voir Dark Chronicle et Dragon Quest 7) mais devient bien plus complexe dans d’autres divertissements.

Homura, enchaînée par la machine temporelle

Puella Magi Madoka Magica

La première fois que j’ai entendu parler de mécanique quantique, c’était dans Noein, une série qui mettait bien en évidence l’idée d’une infinité d’univers probables existant simultanément. A travers ses efforts de vulgarisation scientifique, Sayonara Zetsubou Sensei m’a initié à cette conception unique de l’univers en illustrant la loi de probabilité par le Chat de Schrödinger. (Voir l’explication de « Niichie ».) On est toujours loin de la complexe réalité sous-jacente des théories mais la fiction ne peut s’embarrasser de détails. Dans Puella Magi Madoka Magica, les pouvoirs de Homura lui permettent de remonter le temps et de créer une infinité d’univers parallèles à chaque fois que son souhait n’est pas exaucé. Une destinée qui n’était pas sans rappeler celle de Kyon et compagnie dans endless 8. A la différence près que Homura (à l’instar de Yuki) conserve l’expérience et la mémoire de chaque time loop. Endless 8 était en ce sens assez exceptionnel par son absurdité : il ne respectait pas la sacro-sainte règle qui est celle d’un héros qui garde le souvenir de ses échecs et lutte pour sortir de la spirale infinie. Si Phil Connors perdait la mémoire à chaque réveil, Un jour sans fin n’aurait guère été passionnant. Okabe est un « Reading Steiner ». L’histoire d’Homura transcrit bien l’angoisse et le calvaire d’un cycle dont on cherche en vain à s’évader sans trouver de solution qui réponde à son souhait. Une angoisse qui devient lassitude et désespoir.

Homo homini…

Mirai Nikki

Comme le plupart d’entre vous, j’en suis au volume 11 de Mirai Nikki et une révélation pour le moins inattendue s’y trouve : le cadavre surnuméraire dans la demeure de Yuno n’était autre… que Yuno. Homura pouvait voyager dans le temps sur la base d’un contrat établi avec Kyubey. Yuno a décidé de retourner dans le passé après être devenue Dieu. Dans les précédents exemples, celui qui remontait le temps était en quelque sorte transporté dans sa propre enveloppe charnelle. Pas Yuno : elle devient une sorte de Doppelgänger et on sait combien la rencontre avec celui-ci peut s’avérer funeste (cf. les Epitaf d’Euyevair dans FF9). Son réflexe est tout naturel : elle tue son alter-ego pour se substituer à elle. La situation est différente du volume 15 de Thorgal (Le maître des montagnes) car Mirai Nikki applique la théorie d’une multitude d’univers parallèles. Yuno n’est donc pas destinée à se tuer elle-même dans un cycle sans fin. La rencontre avec son propre soi dans le passé est très souvent considérée comme un tabou aux conséquences catastrophiques car le paradoxe qu’il implique causerait un dérèglement fondamental où deux réalités se chevaucheraient simultanément.

L’original sur DeviantART

Steins;Gate

Je regrette un peu d’avoir vu Steins;Gate car même si la série fait paraît-il partie des adaptations qui supplantent l’original, la touche graphique particulière du visual novel et ma récente addiction pour ce type de divertissement me soufflent que j’aurais dû patienter. La théorie quantique fait partie du système des visual novel. La simple notion de « routes » à suivre parle en ce sens : en recommençant une partie que l’on oriente différemment, on applique une sorte de time loop pour donner naissance à un univers divergent. KID s’amuse beaucoup avec le concept en le rendant partie intégrante du scénario. Ainsi à chaque fin d’Ever17 le lecteur a-t-il droit à un “This story is not an end yet. Because only you are in the infinity loop.” Dans d’autres titres tels que Clannad et Muv-Luv, les multiples time loop opérés par le lecteur deviennent aussi une réalité dans le récit. J’ignore si le visual novel dont Steins;Gate est adapté traite les potentielles routes de cette manière car on a l’impression d’une intrigue strictement linéaire en regardant l’anime. Si Mirai Nikki permettait de lire un journal du futur (Sakae Esuno a plagié Demain à la une, c’est dit), Okabe envoie un SMS puis transfère sa mémoire dans le passé à l’aide d’un micro-onde. La série illustre en quelque sorte ce que l’on appelle « l’effet papillon » : un simple message a empêché la troisième guerre mondiale… mais a déclenché d’autres péripéties à la conséquence autrement funeste pour le héros. Dans l’épisode 14, Amane présente une conception du temps et de l’univers en utilisant la métaphore de la corde, elle même constituée d’une multitude de fibres qui représentent chacune un espace-temps. Okabe n’arrive pas à empêcher la mort de Mayuri car il doit sauter d’une fibre à l’autre alors que toutes appartiennent au même « champ d’attraction » où la destinée de la jeune fille est scellée. Il doit donc changer de corde et non pas simplement empêcher « une erreur du passé. » Il ne pourra d’ailleurs pas véritablement changer la destinée de Kurisu comme il en est le témoin dans le même espace-temps mais seulement la réinterpréter afin d’éviter que sa perception du monde ne devienne contradictoire… et ne donne lieu à deux univers divergents.

Comme vous pouvez le constater, l’otakulture a cette année été envahie par les machines à remonter le temps. Ce n’est pas du tout nouveau dans ce domaine : j’avais d’ailleurs bien apprécié le film d’Hosada Mamoru et Chrono Trigger était un pionnier du genre même si le titre ne s’amusait pas à rendre le voyage à travers le temps plus complexe que nécessaire. Si je trouve que ça fait énormément d’œuvres basées sur ce concept, je dois reconnaître qu’elles parviennent chaque fois à le renouveler, notamment en s’inspirant de la théorie quantique. On peut toujours essayer de relever des paradoxes et des contradictions dans le récit mais ça n’empêche pas d’apprécier le spectacle.

4 réflexions sur “Voyages temporels et cosmologie quantique

  1. Ah bah merde, je suis passé à côté de plein de trucs trop bien….
    Je suis très tenté par Radiant Historia, il faudra que j’essaie de me le procurer :3

    Bon article en tout cas !
    P.S: CQ et Retour vers le futur, say le bien !

  2. Yomigues -> Merci bien ;)
    Aer -> J’ai jamais entendu parler (en bien) de cette série mais si un jour j’ai envie de tuer le temps pourquoi pas. (Sauf qu’il faut supporter la prequel apparemment.)

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