Karakuri Odette : shōjoïde

Les années passent et j’éprouve de plus en plus de difficultés à lire et apprécier les shōjos. Quand un titre semble s’écarter ne serait-ce qu’un peu des clichés du genre, je saisis parfois l’occasion de visiter à nouveau ce petit univers. Sous un trait léger et des planches bien aérées, Karakuri Odette n’est pas un shōjo comme les autres car son héroïne est un robot et le récit fonctionne plus comme une réflexion sur la nature humaine que comme une romance. Il s’agit d’une œuvre de Julietta Suzuki comptant six volumes encore inédits chez nous mais étant donné son originalité et sa qualité, j’ai bon espoir quand à une prochaine publication.

L’histoire commence quand Odette demande à son créateur le professeur Hiroaki Yoshizawa de pouvoir aller à l’école. Elle est intégrée dans un lycée où malgré son comportement parfois étrange elle parvient petit à petit à s’entourer d’amis et à s’adapter à la vie en société. Si ses camarades ignorent sa véritable nature, Odette se rend compte jour après jour de ce qui la distingue des véritables êtres humains.

On pourrait se dire qu’avoir un androïde comme héroïne n’a plus rien d’original et que les réflexions sur l’intelligence artificielle ont fait leur chemin. Le personnage d’Odette rappelle inévitablement une partie d’Arale, la « géniale invention » du Dr Slump et une autre de Chi, l’héroïne « rien que pour moi » de Chobits. On retrouve en effet chez Odette à la fois cette curiosité enfantine devant le monde alentour et l’envie d’avoir à ses côtés une personne qui lui est destinée.

En commençant la lecture, il faut garder à l’esprit que l’histoire de Karakuri Odette n’est pas constituée d’une romance mais de différentes rencontres, de différents événements. Si l’originalité de l’œuvre est de mettre en scène un robot comme héroïne d’un shōjo, le titre sort un peu des sentiers du genre pour prendre une dimension plus anthropologique et « tranche de vie ». Ce sont surtout les rapports qu’entretient Odette avec ceux qui savent sa vraie nature qui sont mis en évidence : Asao, un jeune délinquant qui doit malgré lui la sortir de certaines situations délicates; Shirayuki, une recluse qui peut lire dans la pensée d’autrui; Chris, un autre robot élaboré à des fins néfastes et qui éprouve plus de difficultés qu’Odette à s’adapter au milieu scolaire.

Le professeur Yoshizawa est en quelque sorte le papa d’Odette. On surprend chez lui quelques inquiétudes cocasses et irrationnelles, sachant qu’un robot a peu de chances d’être séquestré ou abusé par un passant. Il doit aussi répondre aux caprices d’une jeune fille qui veut savoir ce que ça fait d’être une adolescente normale. Elle veut d’abord aller à l’école, puis avoir une force normale, être capable de goûter les aliments, etc. Elle fera même sa première crise quand elle se verra refuser un portable ! Sa condition d’androïde donne lieu à beaucoup de malentendus comme le sentiment de gène qui s’empare d’elle non pas parce qu’un camarade lui déclare sa flamme mais à cause de son niveau de batterie!

Odette est une héroïne particulièrement attachante car elle est moins idiote et insupportable que la moyenne des héroïnes de shōjo. C’est pourtant sa nature de robot qui crée chez elle une sorte d’insatisfaction, pour ne pas dire de souffrance. Il lui est ainsi souvent très difficile de comprendre les sentiments de ses amies et d’y répondre. Sa situation la rend à la fois impuissante et jalouse : elle aussi veut être mignonne, avoir des amis et surtout voir les autres sourire en sa présence. Des complexes que manifeste n’importe quelle adolescente.

Le goût pour la nourriture est un bel exemple du handicap que représente pour Odette sa nature d’androïde : elle est incapable de dire si elle aime ce qu’elle cuisine et donc si les autres aimeront. Difficile de faire un bentō comestible quand on ne distingue pas ce qui est beau de ce qui est bon ! Autre handicap de taille : la différence entre l’amour et l’amitié est pour elle incompréhensible.

Malgré tout, Odette possède des caractères étrangement humains : elle sait ce qu’est un cauchemar et distinguer les choses qu’elle préfère. Son absence de jugement véritable la pousse à croire que tout le monde est bon de nature et à accepter n’importe qui. Ce n’est pas pour son apparence qu’elle attire ses camarades mais parce qu’elle est spontanément gentille dans sa manière d’être et de se comporter. Odette dit des choses tellement simples qu’elles ont parfois un impact insoupçonné sur les autres et possède une sensibilité et un libre-arbitre que l’on ne s’explique pas pour un androïde. L’auteur dessine en outre ses réactions d’une manière unique et spéciale : ses gestes évoluent au fil de l’œuvre et constituent une palette d’expressions tout à fait originale.

Le grand paradoxe de Karakuri Odette : en essayant de comprendre l’homme, la jeune fille manifeste toute une série de réactions et d’instincts primitifs qui nous enseignent à nous ce que nous sommes : l’envie de créer des liens, de vouloir le bonheur d’autrui, etc. C’est en quelque sorte l’androïde qui nous apprend ce qu’est un être humain!

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Une réflexion sur “Karakuri Odette : shōjoïde

  1. Un peu pareil pour la rapport au Shojo… C’est vraiment le côté répétitf des Shojo de romance qui me lasse. Mais quand ça aborde d’autres sujets, aucun problème.

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