Kara no Shōjo – boucherie dantesque

Développé en 2008 par Innocent Grey, Kara no Shōjo est un eroge récemment édité par MangaGamer avec la collaboration de tlwiki. On suit l’enquête de Tokisaka Reiji, un détective privé chargé d’élucider une affaire de meurtres assez macabre comme les jeunes filles qui en sont victimes ont été cruellement lacérées. En parallèle, il reçoit une requête de Kuchiki Toko qui lui demande de retrouver sa vraie personnalité… Qu’entend-elle par là ?

Je tiens d’emblée à souligner les ressemblances frappantes que le titre partage avec Mōryō no Hako : les deux se situent durant les années 50, concernent des affaires de démembrement, dévoilent une relation « mystique » entre deux jeunes filles. Difficile de comparer un anime adapté d’un roman et un eroge mais j’ai trouvé l’enquête de Kara no Shōjo mieux ficelée comme elle écarte toute explication « fantastique » et son déroulement moins monotone.

Dès le lever du rideau, le lecteur est frappé par l’ambiance fantasmatique dont se revête le titre comme on nous raconte l’histoire étrangement fascinante d’une petite fille et de sa mère, toutes deux nées d’un œuf noir. Un récit essentiel pour Reiji qui découvrira dans un musée d’art le fameux tableau représentant la jeune fille dans sa coquille : « Kara no Shōjo », une œuvre exprimant une folie paranoïaque. Le détective comprend très vite qu’il existe un rapport entre la toile et les corps retrouvés dans la ville et que leur état correspond précisément aux extraits d’un certain grand classique…

Kara no Shōjo

Kara no Shōjo aborde avec un certain panache différentes thématiques entrelacées dans une fresque macabre : la recherche de soi bien entendu, mais aussi le traumatisme de l’enfance brisée, de la perte d’un être cher, ou encore la fascination morbide, fanatique et dangereuse qui rattache certains êtres. Ajoutons à cela d’autres tares bien plus précises telles que le viol, l’inceste, l’avortement, le proxénétisme. On rencontre dans Tokyo beaucoup (trop ?) de personnes rattachées d’une quelconque manière à une affaire qui se construit sur un joli bagage de témoignages, d’évidences et de notes rassemblées par Reiji.

Comme dans toute enquête digne de ce nom, on assiste à la mise en place d’un véritable puzzle dont on doit activement rechercher les pièces. L’issue du récit dépend uniquement de la façon dont on observe la scène du crime, les affaires de la victime, l’antre du meurtrier, etc. Pour cela, impossible de garder les mains en poche : il faut passer au peigne fin la ville et écouter avec attention les moindres anecdotes car elles pèseront lourd sur la balance. Les indices s’accumulant, Reiji refait le puzzle en sélectionnant dans son bloc-note les personnes suspectes et preuves à charge. La solution ne tombe jamais du ciel mais demande parfois une certaine intuition plus que de la logique. Au moindre faux pas, attendez-vous au pire. Une enquête vraiment bien fichue et qui demande une belle part d’interaction, de quoi faire rougir celle de G-Senjou no Maou à laquelle le lecteur participe très peu.


Il y a pas mal de fan… disservice

L’ambiance est non seulement fantasmatique mais dégage en plus un joli pittoresque car, rappelons-le, la ville flaire bon les années 50. Le détective n’a pas de portable à sa disposition tandis qu’un véhicule privé est encore un luxe qu’il ne peut se permettre. Il s’appuie en revanche sur un large réseau de connaissances dans son enquête : une doctoresse borgne, nymphomane et spécialisée dans l’autopsie, un flic un peu borné qui était son ancien collègue, une amie qui tient un bar où il va régulièrement décompresser, etc. Sans oublier que le sieur détective sera engagé comme professeur d’histoire à temps partiel pour enquêter dans le lycée que fréquentaient les victimes.

On se serait senti frustré si on n’avait pas eu la possibilité de traîner dans un de ces fameux lycées pour fille de l’époque, avec ses règlements terriblement restrictifs et l’ambiance morose qui règne au sein d’un troupeau de demoiselles bridées dans leurs libertés. C’est l’impression qu’a Reiji en fréquentant les lieux; or des jeunes filles de caractère, il en rencontre dans cette école à commencer par sa cliente au regard ravageur, Toko. Elle participe à une classe de dessin en compagnie son double éponyme, Toko Mizuhara, qui la considère comme son « onee-sama », son autre elle-même. Le détective profite aussi du soutien de son affectueuse petite sœur Yukari qui étudie dans le même lycée. Notre déesse imouto est souvent accompagnée de Tsuzuriko Yosomiya, qu’il surnomme affectueusement « Tojiko », jeune romancière pétillante et excentrique qui assure une petite touche comique.

A gauche, la petite sœur modèle, entomologiste et trop mignonne.

La question que je me suis posée en abordant Kara no Shōjo était de savoir comment les routes étaient construites. J’avoue avoir tronqué ma partie initiale en suivant fiévreusement une « route petite sœur » qui restera imaginaire à jamais. Si les demoiselles possèdent toutes un certain background, il n’y a pas à proprement parler de route dédiée à chacune, tout au plus quelques affinités à soigner. Les différentes fins possibles dépendent uniquement de l’enquête durant laquelle on peut accessoirement accrocher un paquet de jolies choses à son tableau de chasse. Les conquêtes sont autrement plus complexes, fiévreuses et passionnantes que la recherche du meurtrier et permettent de rassembler toutes les CGs en débloquant des scènes où s’entrechoquent merveilleusement boucherie et érotisme.

Je passe volontairement sous silence beaucoup d’éléments du récit – dont le passé du héros très vite dévoilé – afin de ne pas vous gâcher l’expérience. Je ne m’étendrai pas non plus sur la superbe réalisation du titre : les décors sont joliment d’époque, détaillés et souvent oniriques tandis que la musique balance entre des morceaux d’ambiance jazzy et d’autres plus sombres et mystérieux. En tous points, Kara no Shōjo est un excellent visual novel, admirablement mis en place, touchant et addictif. Certaines fins vous laissent pantois.

7 réflexions sur “Kara no Shōjo – boucherie dantesque

  1. Ma réaction en voyant un article dédié à Kara no Shoujo fut un mélange de « Weeeeeeeeee » et de « Comment je suis trop jalouse ».

    Bordel, je crève d’envie de jouer à cet eroge depuis que je suis tombée sur une illustration de Touko il y a bien 6 mois, voire un an de cela. La traduction est donc bel et bien sortie ? En plus tu en dis du bien, mes attentes gonflent de plus en plus : je m’attends à ce que ce jeu soit démentiel X). J’ai hâte de pouvoir m’y mettre (quand j’aurais le temps de retrouver des loisirs) !

    Sinon, tu aurais pu préciser que les superbes illustrations nous viennent de Sugina Miki. J’en suis tombée amoureuse dès le premier regard. D’ailleurs une collection de ses travaux pour Innocent Grey est sortie, les images donnent l’eau à la bouche : http://oreno.imouto.org/pool/show/1607

    Comment ne pas succomber après ça, je vous le demande =x.

  2. En fait j’ai beaucoup de mal à retrouver les personnes qui ont travaillé derrière un VN. Le wiki dit bien que Sugina Miki est à l’origine du concept mais rien sur les illustrations. Si tu connaissais un site en anglais qui permette d’avoir un aperçu du staff ça me serait pratique à l’avenir. Merci pour le lien en tout cas. Je vois que le dessinateur en profite pour souiller le dernier personnage qui restait encore pur dans l’histoire =)

    J’ai vu qu’un anime hentai (en cours?) avait été adapté du VN mais je doute que le résultat soit probant comme il s’agit d’une petite OAV de 30 minutes avec illustration promotionnelle de type yuri ^^’

  3. Tu penses bien que si je connaissais un site anglais extrêmement précis dans le domaine des VNs/eroges, je ne me ferais pas prier pour lurker des heures dessus <__<. Malheureusement je ne connais rien de la sorte, je fais un peu avec les moyens du bord (VNDB, Hau Omochikaeri (site que je te recommande) et de l’intuition). Les artistes dont je connais le nom c’est souvent en tombant sur des images boards que j’ai su qui ils étaient et je repère surtout à l’œil. Donc, la seule solution pour l’instant c’est de s’intéresser à certaines pattes graphiques reconnaissances, de faire quelques recherches sur le sujet et de les apprivoiser petit à petit. Ou de savoir lire le japonais, au choix. Donc je ne t’en veux pas de pas savoir, je t’informe avec mes maigres connaissances en espérant que tu les dépasses aussi vite que tu as dépassé ma liste de VNs achevés :p.

    « Je vois que le dessinateur en profite pour souiller le dernier personnage qui restait encore pur dans l’histoire =) » = Elle était encore « pure » 0_o ? J’ai vu les HGs mais je me souviens plus si elle passait à la casserole ou pas. Et puis vu son design je me disais que c’était peut-être un personnage récurrent des eroges Innocent Grey (dans Kara no Shoujo il y a des références aux persos de Cartagra qui se promènent, si je ne m’abuse).

    « J’ai vu qu’un anime hentai (en cours?) avait été adapté du VN mais je doute que le résultat soit probant comme il s’agit d’une petite OAV de 30 minutes avec illustration promotionnelle de type yuri ^^’ » = La série est toujours en cours oui. J’aurais pu voulu y jeter un coup d’œil mais je n’ai pas pu trouver ça sur le net avec une bonne qualité (vu toutes les merdes qui apparaissent dans les bases de données de sites hentai, je trouve ça assez lamentable d’ailleurs, foutez-nous plus d’œuvres à scénario, bordel). Par contre il me semble que Gen’ avait réussi à voir ce fameux premier OAV et qu’il en avait été très déçu, pour ne pas dire révolté XD.

  4. Au delà des illustrations vraiment plaisantes, c’est la séquence d’introduction qui m’a définitivement conquis. Simple mais travaillée, avec cette petite balade (Ruri no Tori d’Haruka Shimotsuki) et son saxophone qui m’a définitivement marqué. J’avais commencé le VN en jap il y a quelques temps, faudra définitivement que j’y retourne.

    En ce qui concerne les OVA (il y en a deux pour le moment), sans être révolté j’étais assez déçu de voir qu’en ce qui concerne le premier l’adaptation reste à classer dans la catégorie hentai avec scénario secondaire. La réalisation et le doublage sont d’un niveau hentai (faible, donc), je trouvais ça dommage. Et je disais justement à Helia que Kara no Shōjo pourrait faire une excellente série 12/24 épisodes en conservant les singularités scénaristiques et graphiques du VN, et en ce concentrant moins sur le sexe pour le sexe (même si ça fait partie intégrante de l’intrigue, y’a moyen de faire quelque chose de beaucoup moins bêtement racoleur que ce fichu OVA où ça se grimpe dessus pour faire vendre, mais peut-être que ça s’améliore dans le second épisode que je n’ai pas encore vu). Disons que ça fait partie des séries gros budget qui seraient diffusées si j’étais maître du monde :’)

  5. Même dans le vn, les scènes de cul, on pourrait s’en passer. (D’habitude, je suis le dernier à dire ça.)
    Je dirais même que l’une d’entre elle dessert la tension dramatique. (Celle du flash-back.)

    Pour ce qui est de wikieng, la source du soi-disant « original concept » par Sugina Miki, c’est getchu et je ne retrouve pas cette catégorie. 杉菜水姫 est juste crédité pour les « original pictures ». (Vive la fiabilité de wiki.) Sur le site officiel, il est crédité comme « original picture supervisor ». Les kanjis du site officiel sont trop dégueu pour en tirer grand chose. (CGmachin, ça doit sans doute être CGBG.)
    http://www.gungnir.co.jp/innocentgrey/products/pro_shell/index.html

    Pour les OAV, il faut aller voir erobeat. Je n’ai pas regardé la qualité de cette sortie mais je n’ai pas souvenir d’avoir vu chez eux de l’encodage de demeuré. Surtout que le premier OAV donne dans les 500mo.

  6. J’avoue que j’ai été beaucoup surpris qu’ils se servent d’un flash-back pour nous balancer ce genre de scène. Ça flaire un peu trop l’opportunisme quand même ^^’ C’est vrai aussi que les scènes érotiques foutent un peu en l’air la tension et ce, de manière générale. Je viens justement de lire un billet à ce propos. Certaines fins sont accessibles en passant avec le minimum vital de scènes intimes: il faut juste payer certaines infos de son corps =)

    Sinon il me semble que l’opening dont parle Gen’ ne figure pas dans la version publiée par MangaGamer. Peut-être pour la même raison qui expliquait l’absence de doublages : la flemme d’acquérir la licence auprès des studios qui ont les droits de leurs seiyus? En tout cas c’est une très jolie vidéo promotionnelle.

  7. C’est même plus de l’opportunisme, c’est juste du conformisme, parce que franchement, Kara no Shôjo a suffisamment d’arguments pour s’en passer.

    Je n’ai pas la vidéo (version mangagamer) mais ayant déjà installé la version japonaise, je n’ai pas non plus souvenir de l’avoir vu. Déjà que l’histoire avec le studio de doublage me semble absurde, alors une histoire de droit pour une intro…

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