True Remembrance : dissertation sur la mémoire

Attention : Spoilers !

Fragile, délébile, la mémoire dans True Remembrance est comme un tiroir dont on pourrait soutirer quelques lettres pour soulager l’homme des souvenirs qui l’obsèdent, qui l’empêchent d’avancer et d’apprécier son existence. Dans une ville hors du temps, vide, blanche, comme les cheveux de La, on détruit cette mémoire corrosive. Une ville silencieuse, reculée, inaccessible, où seuls demeurent les souvenirs qui y viennent mourir alors que leur hôte oubliera jusqu’à son austérité ambiante une fois qu’il aura quitté son enceinte.

Les souvenirs forment en quelque sorte l’essence de l’identité. Peu importent les déboires et les souffrances qu’ils transportent, ils sont la preuve qu’il y a quelque chose derrière soi, que nous ne sommes pas enfermés dans un espace intemporel. Ils permettent d’avoir conscience de sa propre existence, d’assumer ce qui a fait de nous ce que nous sommes, d’en retirer des enseignements. L’histoire d’Irina, une jeune femme qui désire oublier sa famille pour goûter au bonheur du mariage, prend le contre-pieds parfait de cette philosophie. Prétendant avoir été abandonnée par ses parents et sa petite sœur, il semble finalement évident que c’est elle qui a fui en ne pouvant plus supporter leur précarité. Les lettres témoignent du profond attachement que lui a gardé son père mais brûlent désormais sans même avoir été décachetées car la jeune femme n’accepte pas de reconnaître qu’elle a fui ce qu’elle était.

Les réminiscences sont précieuses, mais il ne sert à rien de s’y réfugier. Dans une soi-disant maison fantôme qu’il doit inspecter avant sa démolition, Blackiris découvre le rapport d’une expérience scientifique qui cherchait le moyen de faire resurgir le plus important souvenir d’une personne. L’architecture de la demeure était réfléchie dans cette optique mais c’était surtout le papillon qui permettait de le matérialiser. Pour les chrétiens, le papillon est l’âme débarrassée de son enveloppe charnelle et devenue bienfaitrice et bienheureuse. Si au Japon ils ne sont qu’esprits voyageurs, ils représentent un peu tous ces souvenirs abandonnés dans la cité. Celui qui se pose dans les cheveux de La lui permet de vivre ainsi un rêve dont la jeune fille et les conclusions du rapport trahissent tout l’artifice : « Au final, ce n’était pas réel. » « Ma vie n’appartient pas à l’intérieur des limites de cette petite salle ». Un instant de nostalgie que La semble pourtant accueillir avec bonheur.

La mémoire est un trésor inestimable ; souhaiter s’en débarrasser est non seulement une forme de reniement de soi-même mais surtout d’égoïsme. L’amnésie possède quelques vertus curatrices mais ne doit pas être prise à la légère. Le petit Marcello en fait le dur apprentissage en voulant effacer toutes ses faiblesses avec son existence passée. L’oubli est une mort douce dont l’homme ressort irréversiblement changé en lui-même. Il n’a pas non plus mesuré combien sa décision pouvait peser sur ses proches qui lui auront en vain offert beaucoup d’amour. Car disparaître de la mémoire d’autrui est plus douloureux encore. Blackiris est bien placé pour le savoir : c’est le destin de ceux qui pratiquent son métier et finissent oubliés de leur hôte. En tant que mnémonicide, Blackiris répète sans fin la douloureuse expérience vécue avec Maria. Dans la fiévreuse expectative d’une séparation finale, on se rend compte que c’était peut-être déjà cette souffrance d’être oubliée qui faisait pleurer La au début de l’histoire, quand elle nous attendait devant la demeure.

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5 réflexions sur “True Remembrance : dissertation sur la mémoire

  1. Très bon VN, excellente critique.
    Ça me donne envie d’y rejouer.

    Franchement tu ne spoiles absolument pas c’est très bien fait, à noter que c’est un kinetic novel, il n’y a pas de choix à faire.

  2. Un petit point ceci dit, la mémoire ne peut pas être « effacée », le terme est très impropre. Disons plutôt que l’être humain peut, sous certaines conditions, ne plus y avoir accès.

    Après, je ne sais pas si dans ta nouvelle il y a un procédé quelconque qui permette cela, mais c’était histoire de préciser ^^.

  3. K66 -> Merci! Je dévoile quand même un peu tout. Et même la révélation finale dans les dernières lignes. Tout ça risque juste de pas être clair pour qui n’a pas vu le VN.

    Aer -> Tu as raison pour le terme « effacer » et le problème est d’ailleurs soulevé. Le héros précise bien qu’il y a toujours un risque qu’un élément réveille le souvenir et qu’il revient aux mnémonicides de classe oméga d’effacer à jamais ces souvenirs quand les hôtes achèvent leur traitement.

  4. Sirius, fin Mars 2011 : « Je compte faire une pause jusqu’en juillet. »
    Mince, on est déjà en Juillet ? J’ai vu passer ni mes partiels (cool) ni l’Epitanime (moins cool) !

    Blague à part, j’aime toujours autant lire tes articles sur les VN et tu m’as donné envie de jouer/lire à True Remambrance qui ne m’avait pas forcément plus que ça attiré auparavant. Par contre, il va falloir trouver le temps et c’est là la difficulté majeure …

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