Tsukihime : le dōjin-game à son apogée

J’ignore si je dois encore bénir ou maudire à jamais le jour où je suis entré dans le « merveilleux univers des visual novels ». En tout cas, j’ai gravement déconné cette semaine en avalant tous les scénarios de Tsukihime sans voir la lumière du jour.

Je vais m’épargner la peine de vous refaire le pitch d’introduction : des vampires, des pouvoirs spéciaux, d’obscurs fragments de mémoire, des troubles de la personnalité, une malédiction héréditaire, etc. Tout ça pour un puzzle addictif et alambiqué dont on met du temps à rassembler les pièces.

Mon verdict après l’épilogue ? Pour une œuvre réalisée par un petit cercle d’amateurs, le titre s’en sort techniquement avec les honneurs même s’il demande un temps d’adaptation.  Le récit fait partie de ceux qui m’ont le plus profondément marqué, toutes expériences d’otaku confondues. Tsukihime est facilement mon visual novel préféré à ce jour.

Cinq ans après avoir vu l’adaptation animée, je me souvenais tout juste vaguement avoir fantasmé autour d’Arcueid. De mémoire, Shingetsutan Tsukihime n’était plus qu’une bête série d’action avec des vampires et une tête blonde qui pue la classe. J’étais donc très loin d’imaginer que cette petite histoire pouvait s’affubler d’une telle profondeur.

Car Tsukihime prend une dimension totalement différente après la lecture du visual novel. Ce n’est plus du tout le sourire d’Arcueid qui demeure, une fois le dernier scénario parcouru. La princesse est en réalité un personnage presque secondaire car il est totalement absent de la « Far Side Route », celle qui s’intéresse aux résidents du manoir.

Les fameuses lignes de la mort que le héros a la capacité de voir.

La première chose qui frappe en lançant le prologue, ce sont les décors principalement conçus à partir de photographies retouchées. On pourrait croire à une solution de facilité s’ils ne participaient pas autant à l’ambiance unique et oppressante du titre. Il est surprenant de voir que les personnages se fondent à merveille dans les tableaux sobres et angoissants de Tsukihime.

La bande son originale est clairement à éviter car elle s’avère monotone et de piètre qualité. Il faut remplacer les neuf premières pistes par celles de l’album Ever After, une recomposition qui date de 2004. L’ensemble peut encore sembler court et répétitif, produire un effet boucle quelque peu dommageable par moment, mais les morceaux sont déjà bien plus transcendants.

La lecture de Tsukihime risque de s’avérer au départ très inconfortable comme il s’agit d’un véritable roman qui défile sur un fond contrasté à la « old-school ». Il n’y a jamais aucune boite de dialogue et il est dès lors parfois difficile de restituer les propos, notamment quand les personnages n’apparaissent pas à l’écran. Il manque peut-être aussi quelques CGs aux grands moments du récit et souvent leur timing est assez mal géré.

Celle qu’il avait découpée sans trop savoir pourquoi en 17 morceaux…

C’est en parcourant ce genre de titre que l’on observe combien la structure d’un visual novel peut être intéressante. Comment les éléments sont imbriqués, quels sont les points clés du puzzle, les grands arcs du récit. Les choix sont souvent assez simples mais il est difficile pour un débutant de se rendre compte que telle route a été déclenchée alors qu’il songe à telle autre.

Beaucoup de chemins à explorer et pas mal de fins prématurées assez brutales dont Ciel-sempai vient nous tirer les enseignements. Je regrette juste que l’option permettant de passer les dialogues déjà lus ne découpe pas certaines longues scènes dont quelques menus détails secondaires ont changé selon les choix. On est souvent surpris à relire de longues tirades dans un contexte parfois différent mais quasiment inchangées.

Le découpage du scénario se veut en définitive orienté, les routes ne pouvant être parcourues que dans un ordre précis. On pourrait se dire qu’il est dommage de ne pas pouvoir dès le départ tomber d’aventure sur l’une des cinq routes mais c’est justifié par des soucis évidents de compréhension du récit puis finalement par un engouement croissant pour la trame : à la fin de tel scénario, on veut absolument recommencer la partie pour effectuer tel autre choix.

Ambiance pittoresque garantie.

Il faudra donc passer par une succession de bonnes et de vraies fins pour ficeler le récit, les mauvaises correspondant plutôt à une sorte de game over impromptu. Ça peut sembler assez arbitraire de voir une fin affublée du qualitatif « véritable » mais j’avoue que généralement ce sont celles qui correspondent le mieux à l’esprit du titre.

Tsukihime est un récit admirablement composé. Je parlais plus haut de cette ambiance unique et oppressante qui ressort des décors et des mélodies. Dans la « Near Side Route », ce sont surtout l’énigme générale et l’aspect « dating-sim » qui accrochent le lecteur alors que dans la « Far Side Route », la tension est à son apothéose avec des cauchemars qui vous inspirent d’irrésistibles nausées quand il ne s’agit pas de pulsions sexuelles ou déviantes. L’enfermement et les troubles psychiques offrent alors des relents de Dr. Jekyll et Mr. Hyde simplement jouissifs avec un monologue effréné sur fond noir ou ensanglanté.

Une autre grande force du titre est de présenter des héroïnes toutes aussi charismatiques et complexes. Si Arcueid est la plus belle et fascinante, Ciel joue admirablement son rôle de sempai, avec ou sans lunettes. Mais contre toute attente, celles que l’on retiendra le plus sont les résidentes du manoir : Akiha, la petite sœur sévère et affectueuse, Hisui, la servante dont l’absence d’expressivité et le caractère obséquieux contrastent avec la gaieté permanente de Kohaku, sa sœur jumelle. Difficile de dire en quoi ces héroïnes s’avèrent attachantes sans dévoiler leur background mais vous serez surpris.

Shiki enfant et la sorcière Aoko : des instants magiques.

La trame peut s’avérer extrêmement tordue par moment mais il faut savoir accepter les cases vierges à la fin des premières routes, sachant qu’au final, le puzzle sera admirablement mis en place. Je suis étonné d’avoir apprécié le récit d’un auteur qui m’avait plus déboussolé qu’autre chose à travers les films adaptés du roman Kara no Kyoukai. Tsukihime est une œuvre passionnante, marquante et intelligente, un mélange de drame, de violence et d’érotisme absolument remarquable dans une ambiance unique.

Je n’ai aucune envie de tenter la « suite », Kagetsu Tohya, persuadé que j’en sortirais désenchanté. Fate/stay night fait pour moi partie des cancres de l’animation mais mesurant à travers Tsukihime le fossé qui peut séparer l’adaptation de l’œuvre originale, nul doute que je tente un jour une nouvelle plongée dans le Nasuverse. L’annonce d’un remake de Tsukihime par Type-Moon me laisse en revanche dubitatif car c’est le genre d’expérience dont on sort avec le sentiment d’avoir déjà goûté à la perfection.

10 réflexions sur “Tsukihime : le dōjin-game à son apogée

  1. Personnellement, j’ai juste terminer la « True ending » d’Arcueid et j’avoue que ça me suffit.
    Ah et dans ma version du jeu, il n’y avait aucune musique…apparemment j’ai pas raté grand chose…

  2. Franchement en ne suivant que la route d’Arcueid, on n’apprécie pas grand-chose du titre. Ça reste une jolie histoire mais genre, pas plus de 20% de l’intérêt de Tsukihime.

    Les musiques ne sont pas installées par défaut en principe. Et ça doit justement attirer notre attention sur le fait que les pistes recomposées dans l’album Ever After sont bien meilleures que les originales présentes dans la version du jeu. Je dois dire que certains morceaux sont excellents et avec les bruitages ça forme une belle ambiance sonore.

  3. J’ai terminé Arcueid comme Faust (un grand merci d’ailleurs ;) ) et j’ai commencé celui de Ciel. En effet, j’ai l’impression qu’il va s’avérer plus intéressant sur le fond.

    Je suis d’accord avec toi sur les passages un peu longs qu’on ne peut pas passer et qui sont souvent déjà vus. mais c’est un tel plaisir de se lancer dans l’aventure. J’y joue pas autant que je le voudrai mais j’ai à chaque fois du mal à décrocher ^^

  4. Tsukihime est un Visual Novel pour lequel il faut accepter de supporter la première route, celle d’Arcueil, qui est quand même bien inintéressante. Celle de Ciel est déjà un peu meilleure mais dans l’ensemble, les Near Side Road sont très moyennes. Par contre, les 3 dernières routes qui sont celles des 3 habitants du manoir sont de vrais chef d’œuvres et c’est vraiment elles qui forment le cœur de Tsukihime.

    Après Sirius, concernant Kagetsu Tohya, c’est surtout humoristique. Il y a quelques passages qui sont tout de même relativement sombres mais dans l’ensemble, il n’est pas indispensable. On apprend plus de choses sur les enfances de persos, aussi bien Arcueil que Shiki ou les jumelles, ce qui n’est pas négligeable mais ce n’est pas non plus indispensable. J’en ai quand même gardé un bon souvenir du coup, si tu as un peu de temps, tu peux essayer vu que ce n’est pas très long.

    Ensuite, je te conseille vraiment Fate/Stay Night. L’adaptation en anime est incroyablement mauvaise et viens gâcher l’œuvre de base et croire qu’elle représente Fate est une grosse erreur. Elle adapte le premier scénario qui est le moins intéressant des 3, comme souvent avec Nasu son premier scénario n’est pas assez captivant, et en plus l’adapte mal. Du coup, joue au VN.

    Enfin, pour Kara no Kyoukai, ce n’est pas peut être pas la meilleurs façon de commencer du Nasu. Il donne énormément d’infos, l’histoire n’est pas chronologique et absolument pas linéaire ce qui complique la lecture. Mais il n’empêche que KnK a une place importante dans le Nasuverse et du coup, je te conseillerai de regarder à nouveau Kara no Kyoukai après avoir fini Heaven’s Feel, le dernier scénario de Fate/Stay Night.

    Quoi qu’il en soit, c’est un plaisir de te lire.

  5. Vous êtes marrant vous…on voit bien que vous étiez pas le dictionnaire à côté en train de jouer. Parce qu’avec mon niveau d’anglais, j’ai bien du mettre une trentaine d’heures à terminer la route d’arcueid…

  6. Méta -> Je pensais qu’un fan comme toi qui se ballade parfois avec un avatar d’Arcueid avait fini le titre depuis belle lurette!

    Yoka -> Merci =) J’irais pas jusqu’à dire qu’il faut « supporter » la première route (qui fut pour moi la seconde, même si j’ai mis du temps à m’en rendre compte.) Ça reste quand-même une bien belle histoire mais il est vrai, très légèrement moins intéressante que les suivantes. Ma prochaine étape dans le Nasuverse sera bien sûr Fate. Je n’avais pas commencé par KnK mais par les deux autres adaptations quelques années plutôt. Je pense que ce qui avait plombé ma compréhension de KnK, c’est surtout d’avoir suivi une diffusion qui laissait pas mal de temps s’écouler entre chaque film.

    Faust -> Quand t’auras tout dit, je comprendrais mieux ^^ Je sais pas combien de pages contient Tsukihime (150 environ?) mais c’est sûr que dans ce cas ça devient vite lourd.

  7. Pareil que Yoka, Kagetsu Tohya n’est pas « indispensable » mais est très agréable à faire, léger, et on apprend pleins de petits détails sur les personnages. Tu débloques d’ailleurs des mini-histoires (certaines écrites par des guests) en marge de l’aventure principale : le passé d’Arcueid, la suite de la fin d’Akiha dans Tsukihime, la massacre des Nanaya, des histoires kikoololesques, ou encore un plan à 3 avec Hisui et Kohaku (la seule scène de cul en dehors de celles avec Len dans l’aventure principale).
    Le seul point décevant est l’absence de Yumizuka (qui devait être l’héroïne à la base dans Tsukihime), pourtant vu que des réalités parallèles se mélangent dans KT elle aurait pu être présente… mais ça aurait pu spoiler sa route qui sera incluse dans le remake. Un jour peut-être… (Isn’t it sad, etc. ;_;)
    Bref KT est à faire si t’as aimé Tsukihime (même si c’est pas aussi chargé en émotions hein, « welcome home » tout ça…)

    Perso j’ai (légèrement) préféré Tsukihime (Far Side surtout) à Fate. Même si il y a des trucs que j’ai trouvé mieux foutus, comme les scènes d’action, les dessins, ou le système de collecte de « bad end »s avec des tampons. Et les voix avec le patch qui va bien. ;)
    En fait ça doit-être nostalgico-subjectif…
    J’attends ta review de Fate pour être fixé !

  8. Je vais laisser de l’eau couler sous les ponts avant d’envisager cette suite dans ce cas. Même si selon ta description, ça ressemble beaucoup à un sacré pot-pourri ! Le remake devrait être en cours comme Type-Moon vient de publier Mahōtsukai no Yoru.

    Sinon je vois que comme Yoka et moi t’as préféré la Far Side. Comme ça, c’est clair que ceux qui s’arrêtent à la True End d’Arcueid (que ce soit dans l’anime, le visual novel ou le manga) passent à côté de l’essentiel.

    Fate est une de mes priorités mais là, je compte faire une pause jusqu’en juillet (études obligent).

  9. J’aime beaucoup ton article qui résume à peu près ce que je pense de cette fabuleuse oeuvre qu’est Tsukihime. Je ne dirais pas que c’est mon Visual Novel favoris, mais en tout cas c’est sûr qu’il m’a marqué, et ce pour les même raisons que toi.
    Vivement que tu reprennes ton aventure dans le monde du VN après tes obligations d’étudiant, parce que j’aime toujours autant lire tes articles à ce sujet. :)

  10. Hey, merci pour ton accueil sur Twitter =)
    Le problème avec les VN, c’est que c’est diablement et dangereusement addictif. Je me suis donc solennellement interdit d’y retoucher jusqu’à nouvel ordre. Mais ça va pas être facile de me retenir :p

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