Radiant Historia

Le rideau se lève sur un tableau recouvert de sable où deux mystérieux enfants évoquent avec une certaine lassitude la déchéance du monde dont ils ne sont pas parvenus à enrayer la machine. Gardant espoir, ils décident à nouveau de prévenir cette sinistre destinée et d’écrire la véritable histoire, une histoire qu’ils souhaitent rayonnante. Le continent Vainqueur est le théâtre d’une guerre entre les royaumes d’Alistel et de Granorg. Stocke, héros de l’aventure, appartient à l’intelligence spéciale d’Alistel dirigée par Heiss. Chargé d’escorter un agent secret en compagnie de deux mercenaires, il reçoit de son chef une chronique blanche. Un artefact dont il ignore encore toute l’utilité.

Radiant Historia est sans aucun doute le meilleur RPG sorti sur Nintendo DS alors que la console est sur le point de passer le témoin à son successeur, la 3DS. Il doit sa réussite dans un premier temps à un scénario admirablement écrit, chose qui se fait de plus en plus rare de nos jours. Mais il profite aussi d’un gameplay parfaitement mis en place et novateur.

On pourrait affirmer que le récit ne fait que reprendre les ficelles classiques des paradoxes temporels. Chrono Trigger déjà nous baladait entre préhistoire, futur et moyen-âge pour empêcher l’apocalypse. On retrouvait un imbroglio du genre dans  Dragon Quest VII où la quête consistait à reconstruire l’univers présent en voyageant dans le passé pour lutter contre une menace qui a englouti chaque continent. Dark Chronicle exploitait aussi la machine temporelle comme l’évolution du georama impliquait des changements dans le futur pour débloquer la situation présente. Mais Radiant Historia pousse encore plus loin le vice.

La chronique blanche permet en effet au joueur de voyager à travers le temps, les décisions essentielles que doit prendre le héros servant de nœuds chronologiques à travers lesquels on peut sauter à loisir. On pourrait revivre la quête entière à n’importe quel moment du jeu. Mais c’est encore plus compliqué dans la mesure où le scénario suit deux routes : celle où Stocke décide de rester fidèle à Heiss et celle où il entre dans le bataillon dirigé par son ami Rosch. Il faut donc progresser régulièrement à travers ces deux quêtes parallèles pour écrire l’histoire.

Ce principe donne une certaine profondeur à un scénario déjà bien fouillé mais cela ne va pas sans quelques anicroches car l’exploration accuse une certaine redondance. Mais surtout, on ne saisit parfois pas très bien comment les deux orientations que prend la quête s’entrechoquent comme on ne se situe plus sur la même ligne du temps. Il faut concevoir qu’au-delà de simples clés pour débloquer l’aventure, le héros cherche à altérer le cours des événements et parfois l’état d’esprit de ses alliés. Le joueur risque ainsi d’être déboussolé lors du premier nœud temporel, quand Stocke et ses alliés attendent en vain un informateur. On ne remarque pas (on ne s’y attend même pas) que l’évolution de la quête parallèle a réglé l’affaire comme en « skipant » la scène, la situation reste la même. Radiant Historia aurait dû s’inspirer des visual novels qui ne passent jamais les dialogues non lus en mode de défilement automatique. J’ai passé un bon moment à me prendre la tète sans me rendre compte que tout était déjà résolu.

Les batailles de Radiant Historia proposent un système relativement simple et classique en tour de combat dont il ne faut pas sous-estimer l’intérêt. Le tutorial nous apprend juste comment échanger les tours d’action, gérer la disposition des ennemis sur grille 3×3, les repousser et les rassembler à l’aide de techniques pour ensuite lancer une attaque massive et des combos. J’ai personnellement privilégié tout au long de la partie les pièges que pouvait disposer Aht et qui infligeaient des dégâts énormes aux ennemis qui avaient le malheur d’être projetés dessus. A noter que les combats ne sont pas aléatoires : le héros peut attaquer l’ennemi visible sur le terrain pour prendre l’initiative ou passer son chemin. Dans l’ensemble, le gameplay s’avère particulièrement plaisant et la difficulté est très bien dosée.

Le titre peut sembler un peu « cheap » en revanche au niveau de sa réalisation quand on observe le design rondouillard des sprites, les portraits statiques durant les dialogues et l’absence de doublage ou de cinématique. Ces quelques défections sont pour moi autant de qualités car le titre n’avait pas besoin de se maquiller pour attirer le chaland. Notamment parce que la bande son déchire tout avec ses pistes composées de main de maître par Yoko Shimomura. Admirez la douceur mélancolique du thème principal éponyme ou de « Where the Wind and Feathers Return », la puissance de « Blue Radiance » ou de « The Edge of Green », et vous conviendrez de suite qu’il s’agit d’une OST de premier choix. Et visuellement, le jeu en jette beaucoup.

En résumé, Radiant Historia offre une aventure épique rappelant les plus grands classiques du RPG avec un puzzle qu’il appartient au héros seul de reconstituer. En tout, 236 éléments de scénario pour achever l’histoire parfaite dont une ribambelle de mauvaises fins assommantes à chaque funeste décision. De quoi passer une quarantaine d’heures à sauter d’un nœud à l’autre de l’histoire. Une expérience de jeu vraiment unique pas seulement à travers un univers en définitive très limité mais surtout une chronique à la richesse insoupçonnable.


Dri en a également parlé sur son blog. Le jeu ferait-il l’unanimité?

12 réflexions sur “Radiant Historia

  1. Merci pour cet avis :)! Justement, j’en ai entendu parlé dernièrement (du fait de la sortie us) et m’étais dit qu’il faudrait que je me renseigne à ce propos mais depuis ça m’était sorti de l’esprit. Ton entrée confirme la bonne impression que ce jeu me laissais avec le peu d’informations que j’avais dessus. Je l’ajoute à la liste des jeux ds que j’ai bien envie de faire *w*!

  2. Merci pour ce billet, un peu comme Jun j’en avais entendu parler mais je l’avais un peu oublié depuis.
    J’avais un peu peur à cause de ces histoires de voyages temporels que le scénario ne soit trop brouillon, mais visiblement ça n’a pas l’air le cas. :)

    Et sinon, le jeu a finalement un rapport avec Radiant Stories sur PS2 ou pas ?

  3. Tu veux dire Radiata Stories ? Malheureusement, je n’ai pas encore joué à ce jeu. Je le réserve pour ma retraite de rpgiste :p

    D’après les critiques que j’en ai lues, je dirai qu’ils se ressemblent autant qu’un A-RPG peut ressembler à un C-RPG et donc pas du tout. Il y a même pas de voyage temporel dans Radiata Stories et ils ne partagent pas le même univers. Tout juste paraît-il que certains designers de tri-Ace auraient travaillé sur les deux titres.

    A mon avis, Atlus voulait reprendre le titre qui allait comme un gant à leur opus mais comme c’était déjà pris, ils ont juste inversé l’anglais et le latin. Le jour où ils trouveront que ça ne fait plus autant classe de mélanger les langues ils sortiront Radiant Stories et Radiata Historia.

  4. Oui, je parlais bien de Radiata Stories, j’ai fait un mix avec les deux noms. ^^;

    Donc visiblement les deux jeux n’ont aucun rapport si ce n’est une partie du staff et un titre similaire ? D’un côté ça me rassure car je n’avais pas réussi au peu que j’avais fait de Radiata Stories.

  5. Ah bravo vraiment, maintenant ça m’intéresse et je dois ajouter un RPG de plus à ma liste de jeux à faire.
    Tu viens de massacrer sans vergogne mon temps libre.

    Honnêtement je ne pensais pas qu’il sortirai du japon, c’est une bonne nouvelle je vais probablement pouvoir le trouver, en même temps que 999.

    Par contre, meilleur RPG de la DS ? On verra ça, mais avec un Golden Sun 3 qui se révèle à la hauteur de ses prédécesseurs, la compétition va être rude :D

  6. Je vais moi aussi profiter de sa sortie aux EUA (mon premier import EUA avec 999 et probablement Okamiden). Si j’ai bien compris, l’OST est fourni dans le jeu de base, il ne s’agit pas d’une quelconque édition limitée ?

  7. C’est dans le jeu de base, en tout cas le magasin dans lequel je suis allé n’avait que cette version.

    C’est une boîte en carton à peine un peu plus grande que les habituelles et qui contient la vraie boite ainsi qu’une petite jaquette aussi en carton avec l’OST à l’intérieur.
    Il y a marqué « Music CD inside » à l’avant de la boite, donc tu peux vérifier.

    Enfin quand je dis l’OST, c’est au moins un échantillon, il n’y a que 5 pistes à l’intérieur, il doit probablement exister une version plus complète vendue séparément.

    Les pistes inclues sont :
    – RADIANT HISTORIA
    – The Machinist Kingdom
    – A Place Where Wind And Feather Return
    – Blue Radiance
    – HISTORIA

  8. en fait, c’est une mini ost réarrangée au piano. Et je confirme, c’est pour moi le meilleur rpg sur ds auquel j’ai pu jouer, et de loin!

    par contre, tu semble dire que les sprite et les portraits sont des défauts. Je trouve justement que les portraits sont très soignés, et donnent aux personnages une profondeur et un charisme fou! Et les sprites ont vraiment bénéficié d’animation très travaillée, en particulier lors des combats.

  9. Ce ne sont pas des éléments que je condamne mais j’ai en effet trouvé que les personnages (le héros en particulier) apparaissaient un peu rondouillards sous certains angles en mode exploration.

    Je reproche aussi aux portraits de ne jamais changer d’expression selon les dialogues (colère, joie, etc). Parfois les personnages manquent un peu d’âme du coup.

    P.S : j’ai édité un peu ton message. Problèmes de code ^^

  10. c’est vrai que plus de portrait n’auraient pas été de trop, et auraient donné plus de vie au jeu! Les sprites sont là pour donner plus d’expression aux personnages quelques fois, mais reste très discrets, face aux portraits. C’est des petits détails, mais j’ai bien aimé, comme par exemple quand hugo serre le poing en tremblant en prononçant son discours au peuple ^^.

    désolé pour les caractères, j’écrivais sur psp :/

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