Kuragehime – une Cendrillon revisitée

A une époque où toute comédie semble miser à fond sur le moe, Brains Base adapte un josei de Higashimura Akiko qui aura laissé sur le carreau les otakus qui fantasment sur la petite sœur, le calamar ou la vénusienne. Kuragehime ne s’appuie pas uniquement sur le côté mignon et déjanté de l’héroïne et ne se contente pas non plus de tourner en rond pour finalement laisser le spectateur blasé devant une comédie qui n’en finit plus de ressortir les mêmes ficelles. Alors qu’on succombe sous les comédies sucrées et déviantes, noitaminA diffuse enfin l’adaptation d’une comédie originale, touchante et intelligente.

Un générique qui parodie comme il faut.

Tsukimi est une jeune fille de dix-huit qui n’a strictement rien d’une princesse, n’en déplaise à sa belle et gentille maman décédée durant son enfance. Sa petite taille et ses taches de rousseur en particulier semblent avoir développé chez elle un complexe assez fatidique. Elle est en effet incapable de s’intégrer socialement et reste cloitrée dans un immeuble où habitent un joli ramassis de vieilles filles coincées, démodées et pas moins excentriques. L’influence de ces charmantes « nonnes » ne semble pas très positive pour Tsukimi et pourtant elle vient enfin de trouver un endroit où elle se fond parfaitement dans les décors. La jeune fille possède en outre un penchant on ne peut plus mignon pour les méduses, ces jolis petits planctons qui luisent dans l’obscurité et que l’on mange en lamelles séchées dans la salade. Je dirais même qu’on tient ici une spécialiste sérieuse et auto-proclamée en la matière. Le nouvel amour de cette jeune fille innocente : la belle Clara qui flotte tranquillement dans un aquarium du coin. Avec l’aide d’une femme qui pète la classe et qui la met bien sûr mal à l’aise, Tsukimi parvient à arracher Clara du magasin alors que sa vie ne tenait qu’à un fil. Mais elle aura une surprise du tonnerre en voyant ce qui se cache derrière le maquillage de cette splendide « demoiselle ».

Pas moe…

Cette série n’avait à priori rien pour me plaire comme elle traite dans une certaine mesure de la mode (au feu Paradise Kiss) et gravite autour d’un laideron (à mort Yamato Nadeshiko). On peut vraiment être rebuté par ce genre de tranche de vie qui ne présente rien de séducteur pour accrocher l’otaku moyen . Aucune héroïne pour fantasmer dessus : le calvaire ! Rien de spécial non plus à relever au niveau de la réalisation si ce n’est une petite méduse qui sert de commentatrice et d’introductrice aux pages de publicité. On l’aura donc compris : Kuragehime est une série sensée appâter un public féminin. A quoi bon s’intéresser à l’histoire de la petite et moche Tsukimi dans ce cas ? En fait, l’auteure aborde une conception du neet assez différente de celle que l’on trouve dans d’autres séries comme NHK ni Youkoso! ou Sayonara Zetsubou Sensei. Ce n’est pas une activité obsessionnelle qui retient Tsukimi dans son « couvent » mais un complexe bien physique, l’impression d’être totalement grotesque au côté de personnes qui, dans son esprit, brillent comme des déesses. Cette comédie aborde néanmoins ce complexe avec infiniment plus de légèreté que d’autres œuvres et n’a peut-être pas l’ambition de toucher avec réalisme un phénomène de société. Les amies de Tsukimi ont toutes passé la trentaine, semblent avoir abandonné l’idée même d’une vie amoureuse et ont développé une passion assez décalée. Rien ne vaut pour elles une vie tiède et sans histoire mais n’oubliez pas : il ne faut jamais au grand jamais leur poser certaines questions portant préjudice à leur sainteté.

Vous saisissez un peu l’ambiance du « couvent »…

Mayaya est une fan inconditionnelle des Chroniques des Trois Royaumes et accompagne ses sempiternelles élucubrations par une danse de rap ou de conjuration. Banba se distingue par son exceptionnelle (et naturelle) coupe afro ainsi que son admiration assez cocasse pour les trains dans lesquels elle passe une partie de son temps. Quand à Jiji, ses fantasmes envers les vieux occupent toutes ses pensées. Vous remarquerez qu’avec des noms pareils, on ne peut que se dire que ces demoiselles devaient être frappées d’un certain déterminisme. Il n’est pas difficile non plus de comprendre combien elles peuvent être intimidées quand elles rencontrent des gens normaux. Dans la mêlée, Tsukimi est certainement la mieux lotie, celle qui n’est pas irrécupérable, qui peut devenir « belle » quand on lui en donne les moyens et dont il est alors encore possible à l’auteur de faire avancer l’histoire. C’est donc bien sûr elle, l’héroïne. Cette joyeuse bande se considère un peu comme une communauté religieuse, de saintes vierges qu’elles comptent bien rester toute leur vie et cela sans aucun remord. Appartenir au cercle demande de répondre à un certain nombre de critères stricts : il faut être ringarde et paumée. Elles sont d’ailleurs tellement nulles qu’elles ne se rendront jamais compte, même devant l’évidence, qu’elles fréquentent un travelo. La résidence fonctionne comme une sorte de couvent dont la « Mère » reste cloitrée à l’étage dans un espace interdit d’accès , occupée à dessiner des histoires BL (ne s’agit-il pas d’un nid de fujoshi ?) et dirigeant tout d’une main de fer. On ne voit jamais cette propriétaire mais toute demande doit être scrupuleusement formulée et glissée sous sa porte en prononçant une prière :  « Je requiers humblement votre jugement! » Les réponses sont souvent d’une sévérité ou d’une spontanéité à mourir de rire.

Ouah la belle… le joli travelo…

Le caractère loufoque des personnages fonde l’essentiel de la comédie, vous vous en doutez bien. J’ai trouvé irrésistible la petite danse « olé, olé! » de Tsukimi pour couvrir Kuranosuke quand il est sur le point de se trahir alors qu’il amène un peu d’ambiance au « couvent ». On trouve dans la famille de ce dernier des cas assez épiques avec un frère trentenaire qui protège son pucelage, un oncle assez licencieux – alors même qu’il sert de premier ministre – et un chauffeur incorruptible, sauf quand vous lui faites miroiter une Benz sous les yeux. Je n’ai pas trouvé Kuranosuke franchement marrant avec ses trips de travelo et sa nonchalance mais on imagine derrière les raisons de sa fantaisie l’absence et l’influence prépondérante de sa mère comme semblent le confirmer certains flashbacks. Kuragehime se démarque d’ailleurs par sa petite touche de mélancolie car Tsukimi vit quand même assez mal sa situation et le dialogue constant qu’elle entretient avec sa maman au paradis s’avère particulièrement touchant. Les deux principaux protagonistes partagent ainsi des élans de nostalgie et des regrets, un aspect qui rattache deux êtres à priori foncièrement incompatibles.

« Princesse Méduse » est donc une vraie réussite car l’histoire est simple, surprenante et chaque épisode dégage un véritable dynamisme. Je commence à croire qu’une diffusion sur noitaminA est un gage de qualité et je risque bien d’être un inconditionnel aveugle des prochains titres. Une série qui brille, telle une méduse dans la nuit (elle est pas de moi celle-là).

5 réflexions sur “Kuragehime – une Cendrillon revisitée

  1. L’anime je sais pas mais en tout l’article est sacrément bien. Ça m’a donné envie d’en savoir plus, hop je l’ajoute à ma liste de trucs à voir.

  2. Le coté BD féminine à la Pénélope Bagieux du titre et les colocs’ toutes plus caricaturales et unidimensionnelles les unes que les autres mais je pouvais faire avec c’était un peu frais comme titre. Par contre quand le trip Ugly Betty est arrivé, ça été la fin. Je conchie Ugly Betty et son engeance, et Kuragehime n’y échappe pas. Dommage, avec une autre approche ça aurait pu être sympathique.

  3. Extrêmement agréable comme comédie romantique … j’en ai vu 7 épisodes pour l’instant et j’aime énormément. C’est très frais, souvent drôle, touchant, un peu déjanté, simple, naïf et original.

    Belle présentation Sirius pour un anime qui le mérite.

  4. Hey, ça fait un bail ^^

    Oui une série sympathique mais malheureusement la fin est un peu brusque à cause du format (faut souquer ferme pour respecter les 11 épisodes de noitaminA et ça se voit).

    Merci =)

  5. Effectivement, le format semble serré … entre le trio amoureux, l’histoire de la démolition, le quotidien des 5 jeunes filles … etc. y a avais de quoi très bien remplir au moins 24, 26 épisodes.

    Tu me donne quand même un peu peur pour le final qui s’annonce bâclé mais bon je crois que la première impression que ma laissé cette série était tellement bonne que je garderais de toute façon un bon souvenir de cette série.

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