Legend of the Strongest Man Kurosawa

Je suis sûr que vous connaissez tous Fukumoto Nobuyuki, un auteur de seinens dont les récits offrent une part importante aux stratégies en tous genres. C’est le cas d’Akagi, l’histoire d’un petit génie du mahjong qui s’en va narguer les yakuzas, de Kaiji, l’épopée d’un trouillard invité à participer à une partie de janken détonante au sein du navire de la dernière chance et de Gambling Emperor Zero où le héros doit sortir vainqueur d’une épique compétition de paris pour sauver sa peau. Saikyou Densetsu Kurosawa est un peu différent.

On reconnait de suite le dessin si spécial de l’auteur qui s’ingénie à représenter des personnages d’une laideur son nom et dont les yeux laissent sans cesse échapper de longs ruisseaux de larmes. Non satisfait d’être moche, Kurosawa est de surcroit un être misérable, faible et sans ambition. Il a 44 ans, n’est pas marié (probablement toujours puceau) et bosse au chantier. Il n’est pas vraiment respecté et son caractère un peu asocial font de lui un gêne lors des rares sorties auxquelles il est invité. Plus le temps passe, plus cet état des choses lui pèse. Il veut réagir, gagner en popularité auprès des collègues, trouver la femme de sa vie et donner ainsi un sens à sa piteuse existence. Mais au hasard de ses aventures, il réussit finalement à provoquer une bande d’étudiants pour lesquels la violence est un jeu, butter les vieux un hobby. Kurosawa devra donc avant tout se battre et s’accoutumer à l’art sans merci de la baston s’il ne veut pas finir défoncé par une batte de baseball alors même qu’il lui reste si peu de temps pour que sa vie puisse encore prendre un tournant.

Il veut.

Saikyou Densetsu Kurosawa est une comédie qui use des ficelles classiques telles que les malentendus résultant des cocasses maladresses de Kurosawa, de ses exagérations et surtout de son caractère innocemment vulgaire. Genre, c’est le type qui se trompe facilement de WC, qui se bat avec des armes certifiées biologiques et n’a pour seul ami qu’un agent-robot de la circulation avec lequel il passe la nuit. Mais il s’agit aussi pour l’auteur d’aborder des stratégies de baston car après un début très calme, Kurosawa va se lancer dans une spirale de violence dont il ressort avec une réputation de brute invulnérable. Car il possède au fond de lui et malgré sa trouille pathétique un instinct de survie et des réflexes devant le danger lui permettant de tutoyer la mort. Dorénavant au centre de toutes les attentions, poursuivis par de jeunes voyous, ses beaux projets d’avenir semblent diablement compromis même si en attendant on s’amuse beaucoup à voir la façon dont Kurosawa développe un caractère de samurai moderne.

Kurosawa, le lapin.

Il est extrêmement rare d’avoir ce genre de personnage d’âge moyen au centre d’un récit. Fukumoto Nobuyuki retrace avec brio le parcours et la situation de Kurosawa dont on comprend sans peine la tristesse et le désespoir, le dépit et la frustration qui le ronge en pensant à la façon dont sa vie a tourné, à l’avenir peu prometteur auquel il semble à la fois se soumettre et vouloir échapper. Le récit est nerveux, débridé : on ne voit pas trop où l’auteur veut en venir en offrant au héros une telle trajectoire mais le lecteur suit ses péripéties sans temps mort. L’introduction peut sembler assez longue comme les bastons ne sont introduites qu’après 20 chapitres mais on prend ainsi le temps de comprendre toute la douleur du héros dont la situation relève d’une douce prophétie à l’attention de certains. Ses réflexions sur la vie et ses enjeux, sur le devoir qu’ont les hommes de se battre et de réagir ont beau sembler toutes aussi grotesques les unes que les autres, on ne peut que s’attacher à la façon dont il ressasse sa jeunesse et regrette. Kurosawa est un homme de caractère qui malgré sa couardise manifeste finit par trouver au fond de lui l’énergie nécessaire pour faire mordre la poussière à ceux qui le rabaissent, pour se faire respecter à la hauteur des mérites de sa compassion et de sa gentillesse infinie.

Manly tears.

Fukumoto Nobuyuki signe ici sa plus belle œuvre car non content de nous servir les confrontations épiques tout en réalisme et stratégie dont il a secret, il dresse le portrait poignant et la destinée sublime d’un homme on ne peut plus banal, misérable et sympathique qui offre au lecteur de belles leçons de vie.

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5 réflexions sur “Legend of the Strongest Man Kurosawa

  1. C’est stupide. Autant j’ai adoré Akagi, autant je n’ai pas essayé le manga du même auteur (je me garde Kaiji sous le coude comme Desmond se garde un Dickens dans Lost). J’avoue que tu me donnes envie de corriger cet oubli et je terminerai par Kurosawa pour avoir le meilleur pour la fin alors. ^^’

  2. Je suis bien contente de trouver un autre amateur de Fukumoto et de Saikyou Densetsu Kurosawa! Tout comme Kaiji, j’ai rarement vu une oeuvre aussi forte, qui semble arriver à décrire l’essence même de la vie, tout en nous faisant rire avec des scènes assez délirantes.

  3. Oui c’est bien là tout l’intérêt du manga! Par contre si on le compare aux autres œuvres, on pourrait lui reprocher de manquer de piquant au niveau des stratégies entourant les duels et l’absence de véritable WTF. Mais il y a bien d’autres éléments intéressants qui compensent ce petit manque.

  4. Bien content qu’il t’ait plu =) Et je ne désapprouve pas l’absence de WTF, je pense juste que ça pourrait décontenancer un peu les adeptes des autres titres de Fukumoto Nobuyuki. J’aime beaucoup la conclusion de ta critique sur AK!

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