Des visual novels et leur principe – Ever 17

Une nouvelle passion implique un difficile apprentissage. Après un Saya no Uta qui fut pour moi l’occasion d’une expérience unique mais éphémère, j’ai voulu essayer de jouer à un visual novel plus conventionnel. J’ai donc suivi le conseil d’Helia en me lançant dans Ever 17: The Out of Infinity, un titre souvent considéré comme le meilleur dans son genre. J’ai vraiment accroché à tous ces mystères autour du parc d’attraction sous-marin et aux tensions qui se créent au sein du groupe. Le revers de la médaille, c’est que mon premier essai devait s’achever sur un pathétique échec comme il aboutit à une de ces fameuses mauvaises fins. J’ai alors momentanément lâché l’affaire avec beaucoup d’amertume à l’égard du concept.

A la fin de ma première partie, j’avais envie de casser quelque chose…

J’aimerai tout d’abord rapidement expliquer ce qu’est un visual novel (même si 90% des visiteurs le savent) et pourquoi j’étais prédestiné à entrer un jour dans ce merveilleux univers. Un visual novel, c’est un peu le croisement entre les sons et couleurs d’un anime, la mise en scène d’un manga et le côté interactif d’un livre dont on est le héros. Il y a également un soupçon de RPG dans la recette : certains titres (Disgaea, Persona) utilisent les mêmes sprites et boîte de dialogue tandis que d’autres permettent de faire des choix dans le scénario (le plus souvent dérisoires). On retrouve donc les trois catégories mères de ce blog réunies en un seul divertissement. A force de persévérance, j’ai pu pleinement apprécier toutes les merveilleuses ficelles du genre. Parce que ce n’était pas gagné : après ma première partie d’Ever 17: The Out of Infinity, c’est le principe du visual novel, à savoir la possibilité de différentes routes, qui m’a causé problème. J’avais beau pouvoir reprendre une sauvegarde antérieure, je venais de donner naissance à un univers où l’incompétence du personnage venait de mener ses proches à leur perte malgré sa promesse et je ne pouvais libérer mon esprit de cet état des choses (on est en pleine réflexion à la .hack//SIGN).

Les phases de dialogue, très vivantes malgré l’absence d’animation.

J’ai toujours eu une vision linéaire d’un scénario et les adaptations de Key ne m’ont pas vraiment permis d’anticiper le choc. Ces séries s’appliquent à suivre la vraie route en développant une succession d’arcs et improvisant au passage une sorte de fin alternative pour chaque personnage. On fait ainsi le tour du casting, des déboires de chacun, tout en offrant au spectateur l’illusion de linéarité. J’accorde une trop grande importance à la stabilité du scénario. Par exemple, j’ai été incapable de lire l’œuvre originale ou de voir la seconde adaptation de Fullmetal Alchemist car je ne supportais pas l’idée d’imaginer aux personnages une autre destinée que celle qui leur a été attribuée dans la première série. Je n’avais pas rencontré ce problème en « jouant » à Saya no Uta comme l’histoire n’évoluait pas de la même façon : on avait tout juste droit à une fin « véritable », « alternative » ou « prématurée » pour deux choix assez évidents. Ever 17: The Out of Infinity n’est cependant pas un « kinetic » novel (scénario en ligne droite sans interaction du joueur) mais propose des choix multiples. Pour bien apprécier ce genre de récit, il faut être ouvert aux théories en matière de physique quantique de Schrödinger qui laissent imaginer l’existence d’une infinité d’univers parallèles selon la route que prend l’être humain (cf. Noein).

Un petit lien pour les intéressés.

Avec Ever 17: The Out of Infinity, j’étais donc parti pour une simple petite aventure, sans m’attendre à ce que le scénario serait dans l’ensemble tronqué et visiblement incomplet. Ne m’étant jamais vraiment intéressé à ce type de jeu, j’ignorais toute l’importance du replay. Le principal désavantage est un aspect assez rébarbatif comme on revit la même aventure et les mêmes dialogues. Ici on a la possibilité d’adopter un point de vue différent (Takeshi ou Kid) et de passer en accéléré les messages déjà lus. Cela n’empêche pas une certaine lassitude de s’installer et il est parfois difficile de se remettre dans l’ambiance quand il s’agit de faire un choix après un long défilement automatique. Difficile aussi de saisir vraiment l’influence de certaines réponses soi-disant « clés » sur le dénouement même si l’idée selon laquelle le moindre dilemme permettrait de changer sa destinée est séduisante en soi. Il y a d’ailleurs quelque chose de pervers derrière toutes ces décisions à prendre car on doit penser plus dans l’intérêt de notre route que répondre honnêtement. Je ne pouvais ainsi pas dire que j’ignorais ce qu’est la poussée d’Archimède et pourtant…

Un autre petit lien traitant des mystères irrésolus d’Ever 17.

“This story is not an end yet. Because only you are in the infinity loop.” La phrase qui conclut chaque arc rappelle à l’ordre le néophyte qui croyait en avoir fini de cette aventure au sortir des crédits. Une formule qui m’a interpellé car il ressort un mystérieux relent d’Endless 8 dans tout ce méli-mélo. Je pense en particulier à la curieuse révélation de Tsugumi faisant état d’une expérience qui se répète au sein du parc d’attraction et des sentiments de déjà-vu qu’éprouve Kid dont on ne comprend la signification que très tard. Le joueur est invité à revivre l’histoire autant de fois que nécessaire pour trouver la clé de l’intrigue avant de s’affranchir définitivement des couloirs exigus de cette mystérieuse infrastructure qu’est LeMU. Plus j’y réfléchis, plus l’idée d’Endless 8 comme une parodie de visual novel me séduit. Les mêmes bribes d’un puzzle refont surface, la même lassitude s’installe : Kyon se retrouve un peu comme le joueur condamné à revivre bêtement 15’527 fois la même expérience. Incapable de sortir des sentiers battus si rassurants avant de trouver la route qui lui permettra de sortir de la boucle sans fin en s’appuyant sur les vagues souvenirs laborieusement hérités de ses précédentes « parties ».

Yuki n’aime pas les visual novels. Moi si.

Finalement, ces critiques peuvent s’appliquer à n’importe quel titre et concernent plus particulièrement le parfait newbie que j’étais. En jouant à Ever 17: The Out of Infinity, j’ai compris tout l’intérêt du « principe » et la façon dont le puzzle se met en place au fil des heures m’impressionne vraiment. Sans entrer dans les détails bien sûr, il s’agit d’un scénario extrêmement complexe; les révélations durant la toute dernière partie sont nombreuses et vous laissent stupéfait tout en titillant votre corde sensible. Les secrets des personnages marquent tous à leur façon avec notamment des thématiques jonglant entre recherche de soi, intrigue et romance pour des fins assez sublimes. A noter aussi la présence de nombreuses références à des mythes et légendes qui ont toute leur importance dans l’histoire ainsi que quelques notions de physique ou encore une approche de l’intelligence artificielle. Le récit en lui-même est un véritable trésor qui m’a fait oublier tout l’aspect rébarbatif du jeu.

6 réflexions au sujet de « Des visual novels et leur principe – Ever 17 »

  1. C’est sûr qu’après Saya no Uta passer à Ever17 a dû te faire un choc ^^’. Mais au moins comme ça tu auras pu tester les deux extrémités du monde du visual novel (du « presque pas de choix » à la « multitude de choix »).

    Avoir une mauvaise fin n’est pas une fatalité en soi, généralement tu tombes rarement directement sur un happy end lorsque tu joues sans soluce =O. Ou alors c’est que le jeu ne propose pas de mauvaise fin et/ou est très facile.

    La fonction de « replay » est à la fois un gros avantage et un gros inconvénient à mon sens. D’un côté le fait de rejouer plusieurs fois l’aventure permet d’en explorer toutes les facettes, et donc de privilégier les univers riches, mais de l’autre cela force parfois à re-commencer et à re-re-commencer une partie un nombre incalculable de fois juste pour trouver quelle est la put*** de bonne réponse qu’on a manqué. Le dernier VN auquel j’ai joué, [text] A summer story, est clairement plombé par le replay puisque refaire l’univers plusieurs fois n’a d’intérêt que s’il a quelque chose de véritablement nouveau à nous apporter.

    Ce qui est fascinant dans Ever17 c’est bel et bien la construction de l’intrigue : tout a été pensé de façon minutieuse afin que chaque pièce du puzzle tombe à sa place et même s’il demeure quelques interrogations assez mineures (le détecteur de formes de vie qui s’emballe), l’énigme obtient sa solution détaillée. Tout était sous nos yeux depuis le début =O. Mieux, tout était orchestré depuis le début…par le joueur lui-même et ce, un peu malgré lui. Moi je trouve ça très fort XD.

    Au final, est-ce que j’ai bien fait de te conseiller ce jeu-là =) ?

  2. Ben disons que maintenant je me dis que les autres titres risquent immanquablement de me blaser. J’ai déjà des plans pour la suite : Clannad, Tsukihime, ef – a fairy tale of the two ou encore Remember11 qui sort de la même boîte. On verra si j’arrive encore à accrocher après avoir commencé par celui que plus d’un considèrent comme le meilleur.

    En tout cas merci de m’avoir encouragé à aller au bout, je partage tes impressions sur la manière dont tout est ficelé (et tes questions aussi mais il doit y avoir une réponse). Mais je garderai un souvenir moins tendre des « put*** de bonnes réponses » qu’exigeait la route de Tsugumi, la pire comme tout le monde le sait.

  3. J’ai déjà joué à quelques VN (Tsukihime, Fate/Stay Night, Narcissu, KAtawa Shôjo, Little Busters!) mais j’avoue que j’avais jamais entendu parler de Ever17.
    Tu a titillé ma curiosité !

  4. La « suite » de Tsukihime aka Kagetsu Toya est l’exemple typique du time loop, de meme que le fandisk de FSN, Fate Hollow Ataraxia (il y a aussi les 07th expansions) pour ne citer que les plus connus.

  5. Mais ça manque d’eroge bien gras dans tes prochains jeux !
    (Nukige si tu préfères.)
    Bon en même temps Saya no Uta c’est bien déviant alors c’est normal que tu compenses avec des trucs plus soft après.
    (Même pas un p’tit Bible Black ?)

    Et puisque dans tes prochains jeux tu mets Tsukihime je te brofist à travers l’Internet. *brofist*

    Sinon je suis à peu près certain que Yuki aime les VNs. Elle a même créée un galge =)

    Tout ça me donne envie de me faire un nouvel eroge tiens. (Shuffle, My Girlfriend is the President, Yume Miru Kusuri ?)

  6. « J’aimerai tout d’abord rapidement expliquer ce qu’est un visual novel (même si 90% des visiteurs le savent) »
    Merci d’avoir pensé aux 10% dont je fais partie… °_*

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