Lucifer and the Biscuit Hammer

Le titre officiel au Japon est en fait « Hoshi no Samidare » mais comme je trouve ce genre de formulation peu originale (le nom de l’héroïne et une vague allusion à la trame), je préfère celui que l’auteur souhaiterait que les éditeurs donnent à son œuvre en cas de publication à l’étranger. « Lucifer » désigne en fait l’héroïne, Asahina Samidare et le « Biscuit Hammer » est le marteau qui gravite au-dessus de la Terre et menace de l’éclater d’un moment à l’autre. Ce qui m’intrigue, c’est le « biscuit » que je ne comprends pas tout-à-fait. Ce mot a un rapport avec la chanson éponyme chantée par le groupe The Pillows mais après j’ignore si on parle du marteau de cuisine utilisé pour concasser les noix. En tout cas, la forme correspond plutôt à un maillet et l’objet montre d’emblée combien la trame se veut atypique.

Si j’avais un marteau…

Le héros s’appelle Amamiya Yuuhi, un jeune étudiant qui doit avoir autour des vingt ans et qui vit seul dans son petit studio. En se réveillant un beau matin, il voit un lézard sur son duvet qui dit s’appeler Noi et lui explique le plus simplement du monde qu’il a été choisi comme étant le chevalier qui aiderait la princesse à sauver la planète de la destruction. Ne voulant absolument rien avoir à faire avec ce genre d’histoire débile, Yuuhi l’envoie balader par la fenêtre. Mais sa rencontre avec la jeune et pétillante princesse Samidare le poussera à reconsidérer son attitude, d’autant plus que les projets secrets de la demoiselle ne sont pas ceux d’un héros justicier. L’auteur prend tout son temps pour poser les éléments de l’intrigue et il faut compter deux ou trois volumes pour voir à peu près où il veut en venir.

Rappelons juste qu’il s’agit d’un manga de Mizukami Satoshi qui compte en tout 10 volumes (le dernier sort en novembre au Japon). Il est publié chez Shonen Gahosha et malgré un plot digne d’un shonen basique à rallonge, on a affaire à un pur seinen. L’auteur travaille actuellement sur Sengoku Youko, une œuvre qui parle des youkai et rencontre un certain succès auprès du public. J’ai bien apprécié le dessin car si certains plans semblent brouillon, le style m’a paru globalement très bien adapté à l’œuvre comme on sent à la fois parodie et sobriété sortir de l’ensemble. Peu d’effets de trames ni d’environnements super élaborés mais des personnages au design propre (même si assez anguleux) et aux expressions bien marquées.

Yuuhi et son animal Noi : deux bons potes qui se respectent.

Je n’ai pas pu m’empêcher de faire des liens avec certains classiques en lisant Hoshi no Samidare. En premier lieu, avec Gantz évidemment comme les personnages doivent affronter des golems qui deviennent plus forts à chaque apparition. Ensuite avec Bokurano comme on a affaire à une série très tranche de vie axée autour de jeunes élus (à quelques exceptions près) qui mettent leur vie en jeu pour sauver la Terre. Mais on se démarque très facilement de ces quelques titres.

L’ambiance sérieusement décalée de l’œuvre fait penser à FLCL, du studio Gainax. Il faut reconnaître qu’Hoshi no Samidare figurerait à merveille dans leur catalogue et ce n’est pas pour rien que certains attendent à une adaptation de la part du studio. On pourrait établir une comparaison entre le marteau en orbite et le fer à repasser au milieu de la ville mais ce qui rattache les deux œuvres, c’est certainement un plot traité avec très peu de sérieux qui donne lieu à des parodies de combats épiques alors que les portraits dressés autour des personnages font tout l’intérêt du récit.

Le design des golems évolue au fil de l’intrigue mais reste assez cliché.

Au cas où vous ne l’aurez pas compris, Hoshi no Samidare n’a rien d’un énième trip à la « je vais sauver la Terre ». J’ai bien peur pour les purs amateurs de shonen que le côté « combat contre des boss» soit totalement éclipsé par l’aspect « recherche de soi ». On pourrait qualifier ces quelques volumes de « comédie dramatique sur la post-adolescence » mais cela ne voudrait pas dire grand-chose alors essayons de s’expliquer un peu mieux.

Mizukami Satoshi rassemble quand même un beau ramassis de clichés avec lesquels il s’amuse beaucoup. Ainsi chaque personnage a des pouvoirs spéciaux qui évoluent au fil de l’aventure et qui sont hérités de l’animal qui l’a élu chevalier. Les boss deviennent toujours plus puissants à démolir et on en veut pour preuve la présence d’un œil supplémentaire à chaque nouvelle création du mage Animus. La lutte entre les chevaliers et le mage est purement manichéenne et le sort de la planète est en jeu. Mais l’intérêt de l’œuvre est de mêler à ce simulacre très basique les portraits assez simples, banals et subtils des personnages impliqués sans jamais recourir à des révélations à nous couper le souffle. Et pourtant, si on sent que tout n’est pas à prendre au sérieux, certains passages se veulent tellement mélodramatiques que les larmes coulent à flot sur les visages de nos héros alors même qu’ils arborent un grand sourire. C’est là qu’on mesure toute l’essence et la complexité de l’œuvre.

Ouais, pourquoi?

Ce qui m’a particulièrement marqué durant ma lecture, c’est le rapport assez intime qui se noue entre le héros et Samidare, personnage unique en son genre. Yuuhi est assez proche du anti-héros au début et va prendre de la bouteille au fil de l’aventure. Loin des archétypes de la princesse à sauver ou de la tsundere de service, Samidare possède une puissance psychique inconcevable et  ne désire démolir le Biscuit Hammer que pour assouvir ses propres ambitions. Yuuhi sera ainsi secrètement son fidèle serviteur et je regrette un peu que cette relation, longtemps sous les feux de la rampe, soit ensuite trop souvent éclipsée par des personnages secondaires dont on a du mal à accrocher aux petites histoires. Il y a comme un petit manque de Samidare qui ressort de la lecture car son caractère possède un petit piquant que je ne m’explique pas bien mais que l’on ne retrouve pas chez n’importe quelle héroïne de manga.

Finalement, Lucifer and the Biscuit Hammer est une œuvre à lire, vous m’avez compris. Libre à vous d’attendre une publication dans nos contrées mais le synopsis m’a semblé trop unique pour patienter et je ne ressors pas déçu de ma lecture.

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3 réflexions sur “Lucifer and the Biscuit Hammer

  1. Certes l’histoire est classique outre le WTF du marteau géant et autres mais le narration est un modèle du genre. Les moments comiques font rire, les moments émouvants sont tristres, les rebondissements surprenants. Et le tout sert l’histoire, c’est pas juste des grelots qu’on agite pour attirer le chaland comme on le voit trop souvent. Ici, tout a du sens. Presque un gros mot dans trop de mangasses.

    Les seuls défauts à mes yeux sont les combats brouillons, le chara-design anguleux et le manque de transitions qui épaissiraient le liant de l’histoire. Ce dernier point fait sentir la pression de l’éditeur. Tout ça me donne l’impression d’un gros storyboard et c’est là qu’on se prend à rêver avec la fausse rumeur d’une adaptation par Gainax. Les deux iraient si bien ensemble…

  2. J’ai bien aimé que l’auteur ne traite pas trop sérieusement les combats personnellement car on aurait un peu eu droit à un vrai shonen alors l’aspect brouillon m’a l’air délibéré. Pour les transitions, c’est vrai que plus on avance, plus les affrontements se précipitent alors que les premiers volumes mettent tout leur temps à développer la relation entre les personnages. J’ai pas franchement trouvé ça désagréable : ça rend la lecture plus nerveuse et c’est tout bonus.

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