Miyuki : petite soeur VS petite amie

L’histoire commence durant des vacances à la mer où le jeune Masato Wakamatsu, avec toute l’innocence de ses 16 ans, s’empare par mégarde du bikini de l’élue de son cœur, la belle Miyuki. Comme il ne peut s’empêcher de le sortir de sa poche en tentant de la séduire sur la plage, il se prend une baffe et semble devoir abandonner toute illusion. Il se console en draguant une magnifique demoiselle qui ne laisse personne indifférent dans son « deux pièces ».

Affrontement épique mais implicite et tout en subtilité dans un manga sans sport.

En rentrant chez lui, il se rend compte que sa gouvernante n’est plus là et que sa petite sœur qu’il n’a plus vue depuis six ans est rentrée d’un long séjour à l’étranger. Et il se trouve que cette petite sœur s’appelle elle aussi Miyuki et que c’est la demoiselle qu’il vient de draguer ! Ainsi commencent quatre années longues et mouvementées durant lesquelles Masato aura la chance de sortir avec l’élue de son cœur qui lui a pardonné sa maladresse entre temps et de vivre seul en compagnie d’une sœur on ne peut plus charmante.

Masato parviendra-t-il à rester simplement le grand frère d’une fille qu’il a draguée et à laquelle il s’attache énormément, sachant secrètement qu’ils ne sont en réalité pas liés par le sang ? Quelle Miyuki sortira vainqueur de ce déchirement épique ?

Au lieu de faire du sport, on lit des magazines pendant que les filles font la cuisine.

Oui, je sais, encore un manga signé Mitsuru Adachi dans cette colonne ! Avec Miyuki (1980-1984), j’ai certainement fait le tour de  son œuvre et j’avais peut-être laissé, sans me rendre compte, un des meilleurs pour la fin. Le manga n’a pas été publié dans nos contrées mais la série adaptée a été diffusée sous le titre de « Tommy et Magalie » à une époque où nos éditeurs n’avaient pas peur de foutre en l’air toute l’onomastique nippone. Je n’ai pas vu la série en question mais je sais que les 37 épisodes ne couvrent pas toute l’histoire.

Pour du Adachi, ce manga est très particulier dans la mesure où il laisse totalement de côté le sport pour s’intéresser au quotidien de Masato. On suit l’espace de 12 volumes les états d’âme d’un jeune homme qui essaie à la fois de s’attacher les bonnes considérations de Miyuki Kashima et d’éviter jalousement que les ogres sans scrupules et vieux pervers irrécupérables qui gravitent autour de sa très chère sœur lui mettent le grappin dessus. Quatre années se succèdent à un rythme assez endiablé en s’arrêtant chaque fois sur les fêtes de fin d’années, le voyage scolaire, le camp de vacances, la représentation théâtrale et le double anniversaire que fêtent les deux Miyuki le même jour, coïncidence qui cause quelques cheveux blancs à Masato. Ces quelques volumes sont ainsi plus long à lire que de simples matchs de baseball comme le récit énumère essentiellement les rencontres de Masato avec une foule de rivaux ou prétendants au statut de beau-frère et toutes les péripéties qui en découlent dans la joie et la bonne humeur avec des chutes parfois bien brutales et loufoques, parfois plus mélodramatiques.

Ouais, il y a des coïncidences fumeuses là-dedans. C’est digne d’un manga.

Un petit mot à propos des personnages. Masato est un héros assez banal, juste un peu pervers, pas vraiment intelligent et en plus pas sportif pour un sou cette fois-ci. Ce qui le sauve étant tout simplement sa gentillesse et son attention à l’égard d’autrui. Les deux Miyuki sont assez différentes car elles jouissent toutes deux d’une certaines popularité mais pas pour les mêmes raisons et chacune semble entretenir une relation spéciale avec Masato. Si la petite amie semble plus adulte et réservée dans le genre beauté superbe et inaccessible, la petite sœur plait par sa entrain et sa jovialité. Le comportement de celle-ci est ambigu et pousse constamment le lecteur à se demander si elle ignore vraiment que Masato et elle ne sont en réalité pas frère et sœur. Les personnages secondaires ne se démarquent pas vraiment : certains apparaissent bien trop tard et d’autres envahissent les planches même si on sait qu’ils ne seront jamais pris au sérieux.

Miyuki est une œuvre contemporaine de Touch et je dois reconnaître qu’il s’agit certainement de l’époque où les récits de Mitsuru Adachi parvenaient le plus à toucher grâce à une intensité dramatique que l’on ne retrouve plus dans ses travaux récents. Ce n’est pas un hasard si Miyuki remporta une récompense aux côtés de Touch lors des Shogakukan Manga Award de 1982. Les ficelles du scénario sont simples et solides même si certains considèrent cette relation entre « frère et sœur » un peu tirée par les cheveux ou pas assez développée. Tout semble en effet s’écouler trop facilement dans le style tranche de vie mais à travers quelques aventures en définitive banales, l’auteur est parvenu à dessiner en filigrane les sentiments de chacun d’une touche à la fois nette et ambiguë. On s’attache beaucoup à la relation qui s’est nouée entre des personnages profitant chacun d’une certaine subtilité de caractère comme on ne sait jamais vraiment quels sentiments ils nourrissent les uns à l’égard des autres.

De la tranche de vie emplie de paresse comme on en raffole.

Miyuki est donc un des premiers grands mangas d’Adachi, une œuvre qui laisse de côté le sport pour se concentrer sur une ambiance de famille et de camaraderie. J’ai bien aimé la manière dont l’auteur parsème son œuvre de quelques clins d’œil qui laissent supposer le dénouement, de quelques scènes qui restent longtemps mystérieuses et autres questions alambiquées qui déchirent le cerveau du lecteur au dénouement. On y trouve les jalons de l’humour irrésistible de l’auteur qui s’invite plus souvent que jamais sur la scène, s’amuse à copier-coller les cases pour récapituler l’intrigue et à se chamailler avec son éditeur. Mais le récit propose surtout une farandole de quiproquos, de surprises et d’effets boomerang qui prennent à dépourvu, amusent toujours autant le lecteur même s’il est habitué au style d’Adachi.

5 réflexions au sujet de « Miyuki : petite soeur VS petite amie »

  1. Salaud. Vous vous êtes donné le mot pour que je me lance enfin dans les shojos de Adachi ? Je n’avais pas vu la lumière du soleil pendant une semaine quand je m’étais gaffré ses shonens…

  2. Ah mais c’est un shonen. Comme shojo il y a Hiatari Ryōkō! et Slow Step (du moins je crois) mais sinon je vois pas vraiment. Enfin je pige pas trop pourquoi on dit qu’il excelle autant dans les shojos que les shonens car la limite est pas très concrète chez lui (l’héroïne, le mag de prépublication?) Mais Miyuki a une touche essentiellement romantique en effet.

  3. La différence shojo/shonen tient uniquement au mag de prépublication tu le sais bien. Mais de toute façon ce n’est pas ce que je voulais dire, je dis qu’il me manque encore les mangas de Adachi qui ne mette pas en avant le sport ou du moins de façon mineure par rapport à la romance.

    Après je te rejoins, je n’ai pas lu pour l’instant de manga de Adachi où il n’y a pas de romance (sauf le one-shot/omnibus Adventure Boys mais là c’est particulier), c’est sa marque de fabrique, même pour les séries sportives.

  4. Ahah. Et c’est pas fini je vais encore faire un billet sur l’auteur un de ces jours. Et pis énumérer les un, deux, trois… sept billets qui lui sont dédiés sur ce blog o_O

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