Niji-iro Tohgarashi : futuristiquement vôtre

Une planète qui ressemble considérablement à la Terre… mais ce n’est pas la Terre. Un pays qui ressemble beaucoup au Japon… mais ce n’est pas le Japon. Une époque qui ressemble à s’y méprendre à l’ère Edo… mais ce n’est pas ça, non. Comprenez bien : l’histoire de ce manga se déroule dans le futur. Un futur lointain. Adachi nous offre une histoire de ninjas, de samurais, des batailles de shurikens et des katanas qui s’entrecroisent. Pas une seule batte de baseball en 11 volumes. Le choc.

C’est l’histoire de sept frères et sœur (oui une seule demoiselle dans le tas) qui se retrouvent au fil des années. Ils ont tous un père commun mais sont nés de mères différentes. Qui est le vieux pervers volage et lâcheur qui leur sert de paternel ? Et bien ils n’en savent rien. Peu de temps après la mort de sa mère, Shichimi, un jeune homme de 15 ans, héros de l’histoire, entre donc dans la maison Karakuri à Edo où est rassemblée la famille. Il y fait la rencontre de ses frères et sœur : un moine, un raconteur de bobards, un inventeur génial, un bébé ninja et sa « beauté fatale » de sœur. Le dernier frère étant un artiste en vadrouille, maître du sabre qui plus est.

Niji-iro Tohgarashi signifie littéralement « Les épices couleur arc en ciel », un titre qui veut pas dire grand-chose (allusions aux sept couleurs, sept enfants probablement et épices dans le sens de progéniture hybride ?), qui semble tout droit sorti des élans de poète dont Adachi s’est vu investi du ciel en introduisant chaque volume par un poème tanka que Glénat n’a pas voulu trahir en n’essayant pas de les retranscrire en vers. Bien lui en a pris mais ça vole pas toujours très haut et ça flirte le plus souvent avec le banal résumé. A défaut de poésie, ce qu’on veut, c’est de l’humour, typiquement Adachi dans le ton.


‘tite leçon de jap’ à un anglophone. Ce qu’on appelle avoir de l’amour propre.

J’avoue avoir été pas mal déstabilisé dans mon approche de l’œuvre. J’ai eu peur que l’auteur se plante dans un genre qui n’est pas le sien. Pourtant il parvient parfaitement à intégrer ses blagues traditionnelles toutes teintes d’ironie et de dérision au sein du récit. Au final, on a une histoire pas si mal développée qui va bon train (même si tout se précipite un peu trop dans les derniers volumes) et nous satisfait totalement. Et pis Adachi le sait bien : c’est un sale petit mangaka qu’a la flemme et qui fume et boit plus qu’il ne dessine bulles et cases vierges.


L’auteur a un sens de l’autocritique juste et inné…

Adachi s’est bien amusé en dessinant  Niji-iro Tohgarashi : l’œuvre fourmille d’anachronismes en tous genres et le mangaka s’en moque lui-même en foutant une pancarte où le prévôt interdit tout commentaire anachronique. On retrouve en gros la même ambiance que dans ses autres travaux : deux jeunes ados qui se détestent cordialement mais malgré toutes les apparences s’attirent irrésistiblement, une histoire de famille bien compliquée et des affrontements épiques. Mais alors il ne s’agit pas de lancers de balles : il y a du sang, des morts, des larmes, des défis aux enjeux terribles. Jugez plutôt.


Ouah, un terrible affrontement fratricide va se dérouler…

L’histoire permet de visiter un peu le Japon de l’époque comme les frères (et la sœur fatale, n’oublions pas) se sont décidés à rendre visite ensemble aux tombes de leurs mères respectives et d’en profiter ainsi pour voir où chacun a grandi. Mais leur voyage ne sera pas banal comme ils seront attaqués par de nombreux assassins engagés pour leur trancher le cou. Ils savent pas se qu’on leur veut et en quoi leur destinée est liée à celle du pays tout entier voire de l’humanité. Des méchants parfois méchants, souvent peu folichons voire grotesques. C’est pas Adachi qui vous réservera des scènes cruelles et sanglantes rassurez-vous.


Tellement charismatiques qu’on se prend pas la peine de les dessiner…

Niji-iro Tohgarashi est finalement dans la lignée des œuvres d’Adachi, la romance semble calquée sur d’autres, l’ambiance familial omniprésente ne dupe personne sur le sérieux de l’intrigue et les quelques coups d’épées sont tellement succincts qu’ils remplacent bien quelques matchs de baseball tout en s’avérant d’ailleurs bien moins redondants. On pourrait reprocher quelques instants d’égarements mélodramatiques voire tragiques mais on en a vu d’autres. Ou encore un casting assez inégal avec notamment un petit ricain inutile et blondinet qui vient juste faire tache dans le décors. Mais la série présente aussi de vrais bretteurs :


L’assassin mystérieusement méchant au passé ombrageux qui pue la classe…

Plus grave, beaucoup plus grave même : l’œuvre se veut par trop souvent résolument porteuse d’un message destiné à mettre en garde l’humanité toute entière contre les méfaits futurs de ses inventions destructrices qui pousseront la Terre à subir une apocalypse qui va leur foutre un coup de pieds au popotin dans un futur lointain. J’ai trouvé ça bien lourd : même si c’est bien intégré, ça pompe au bout d’un moment et je ne savais pas qu’Adachi se voulait aussi engagé.

Si un jour Adachi en a marre de dessiner des trucs sportifs, il sait déjà que son style se marie à merveille à d’autres types d’histoires. D’ailleurs son dessin semble parfait pour représenter ce genre d’époque et son humour se prête admirablement aux anachronismes. Car n’oubliez pas : l’histoire se passe dans le futur. Sur une autre planète.

2 réflexions au sujet de « Niji-iro Tohgarashi : futuristiquement vôtre »

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