Trapeze : cirque psychothérapeutique et psychédélique

Critique de Kuuchuu Buranko garantie sans spoiler. J’ai beaucoup hésité avant de tenter l’expérience car le premier contact laisse inévitablement l’impression d’avoir affaire à quelque chose de mauvais goût. Les visuels sont tellement étranges qu’ils donneraient envie de gerber et le côté psychédélique accentué de la chose annonce un joli traumatisme crânien. Au final : une série étrange, pas si complexe qu’elle en a l’air, parfois un peu ennuyante, mais très souvent drôle. Un gros nounours vert, une réalisation hors normes avec des bricolages en carton, des mélanges de couleurs pétantes de partout, des images de synthèse, des types qui prennent une tête d’animal et une étrange infirmière.  En gros voilà le synopsis de Kuuchuu Buranko (que j’intitulerai Trapeze par simplicité). Tout ça pour soigner onze patients souffrant des troubles obsessionnels les plus banals et loufoques qui soient. Ça promet non?

Le docteur IRABU, en trois exemplaires.

On croirait que la chose sort de chez Shaft mais il n’en est rien c’est une production de la Toei Animation. S’il faut retenir un nom ce serait certainement celui de Kenji Nakamaru qui avait travaillé sur une autre production hors norme : Mononoke (une série dont je n’ai pas tenu plus de deux épisodes à l’époque, à tort?) Peut-être aussi Yayoi Kusama car c’est à lui qu’on doit toutes ces créations assez loufoques qui encombrent l’écran. La série est en outre adaptée d’un roman d’Hideo Okuda dont vous pouvez lire une description sur MATA-web.

J’en connais qui iront au bout grâce au fameux épisode 2. Tout un symbole.

Trapeze, c’est un peu la jungle, ou plutôt le cirque. On se demande comment les patients sont fichus de faire confiance à ce gros nounours excentrique et pourtant ses méthodes portent leur fruit. Une séance chez ce savant neurologue commence toujours par la fameuse piqûre de la mort qui tue donnée par Mayumi peu importe le mal dont souffre le patient. Après ce rituel qui semble obséder le docteur IRABU (fantasme, jouissance?), on se retrouve en plein zoo. Le fameux docteur IRABU a des méthodes peu orthodoxe spour traiter ses patients. Il s’amuse avec eux, se laisse prendre dans leur jeu et ne semble pas trop se soucier de leur sort. Il prend alternativement l’apparence d’un enfant malicieux qui s’amuse avec ses jouets avant de vite se lasser ou d’un jeune homme un peu sadique et efféminé sans qu’on comprenne vraiment pourquoi. Ce sont trois différentes sortes de spécialistes qui soignent le patient, chacun un peu à sa manière. Son assistante (qui fume dans un hôpital soit dit en passant) n’a manifestement pas raté sa vocation.  Son entrée en scène avec sa grosse seringue et ses sous-vêtements tendancieux (ainsi que son pendentif à tête de mort!) fait son petit effet. Elle inocule toujours le même liquide suspect, des vitamines paraît-il, à un patient au bord de l’agonie mais qu’elle regarde d’un air dédaigneux. Une fois la piqûre administrée, le patient prend une tête d’animal. Pas n’importe quel animal bien sûr : il faut qu’à chaque fois celui-ci symbolise le mal dont il est victime. Dépendance au portable, syndrome d’érection, sommeil dérangé et autres phénomènes pathologiques tels que le « double check » ou trouble de la personnalité narcissique  sont passés en revue, toujours avec humour. Ça semble paradoxal et c’est pourtant diablement efficace car là où la médecine ne peut plus faire grand chose, il vaut mieux rigoler des problèmes qui obnubilent sa santé. Ça marche pour le docteur et pour nous, les spectateurs, mais peut-être moins pour le principal concerné. Le cirque fait toujours rire, même si le clown est triste.

Tout est pourtant résolument réaliste et ce point est bien mis en avant avec les procédés de rotoscopie qui avaient déjà été utilisés dans Kemonozume : les traits des personnages sont empruntés à des acteurs quand il s’agit de décrire de manière plus pointue leurs troubles. L’effet est franchement réussi. Autre chose : il n’y a pas véritablement de scénario mais les patients sont tous présents dans un quartier restreint et il n’est pas rare de les voir se croiser d’un épisode à l’autre. On a toujours des clins d’œil à un patient qui vient d’être introduit ou qui entrera dans le cabinet du docteur IRABU. Les quelques interventions d’un présentateur de Fuji TV pour apporter des informations sur un trouble et sur ses méthodes de traitement ne sont de loin pas superflues et j’ai bien aimé les expressions saccadées son visage.

Trapeze est une série unique en son genre car elle aborde des troubles psychologiques et leurs conséquences sur la vie des patients avec humour et en parfaite adéquation avec l’esthétique révolutionnaire dont elle se pare. Un show à la fois intéressant et divertissant qui, même s’il accuse quelques temps morts, a sa place parmi les séries les plus loufoques et alambiquées. En revanche, on se demandera longtemps pourquoi les patients sont tous des hommes?

Une réflexion sur “Trapeze : cirque psychothérapeutique et psychédélique

  1. Le trailer m’avait donné sérieusement envie, ne serait ce que pour le coté complètement barré du truc, et la je crois que je vais finir par me laisser tenter.

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