Ikigami T4 – Plus loin dans le système

Le tome 3 introduisait cette réflexion de M. Ishii, au cœur de la problématique de l’Ikigami : « Ne pourrait-on pas comprendre la valeur de la vie sans l’Ikigami ? Le plus horrible n’est-il pas qu’une société ait un jour été poussée à penser ça ? » La loi de sauvegarde de la prospérité nationale repose en effet sur un principe quelque peu absurde : en quoi la mort d’une personne sur mille permettrait-elle aux autres de mieux apprécier la vie ? Comment pourrait-elle avoir des effets sur l’économie et la puissance d’un pays ? Comment saurait-elle abolir la criminalité chez les jeunes ?

L’Ikigami est le reflet d’une société totalitaire. Et pourtant, rien ne dirige véritablement le peuple au sommet de la hiérarchie : la loi semble le produit d’un consensus obtenu par la peur. Les réfractaires ne connaîtront-ils pas le sort des victimes du système ? On apprend dans ce volume que M. Ishii manifestait contre la mise en place de l’Ikigami dans sa jeunesse. S’il accepte désormais le principe, c’est par facilité plus qu’en raison de convictions personnelles. Les réflexions de Fujimoto permettent de s’interroger : y a-t-il quelqu’un qui croie sincèrement au bien-fondé du système ? J’aimerais beaucoup que le manga mette en scène la « machine » qui a mis en place une telle loi pour que l’on sache comment la société en est venue à accepter le principe. Venons-en aux récits.

La « Dernière leçon » nous plonge dans le monde de l’enseignement pour nous montrer une nouvelle fois que l’attente d’une mort certaine ne peut qu’inciter à régler nos comptes avec la société. L’histoire esquisse surtout les relations étriquées qu’entretient un prof avec un élève et pour une fois, l’Ikigami intervient au moment où le condamné vient de sombrer dans une horrible dépression. La haine face à la mort vient alors s’ajouter à la haine qui découle du piège dans lequel est tombé l’enseignant. La mort n’est alors plus que libération.

« Un endroit tranquille » est moins violent mais bien plus intéressant comme récit. On s’aperçoit qu’il est impossible aux enfants qui n’ont pas été vaccinés de fuir le pays pour échapper à leur sort. La population serait ainsi en quelque sorte prisonnière de l’Etat ? C’est en tout cas la première fois que l’idée est émise et on assiste à l’échec total de l’entreprise de la mère de Mina qui semble plus inquiète de la survie de son enfant que de son destin. La perte de Naoko incite son mari à reprendre sa vie en main. L’Ikigami n’est-il pas en train de faire son effet ?

Un grand chapeau à l’auteur qui a imaginé le canevas car je pense que le filon peut s’avérer très riches. Il permet d’une part d’esquisser une infinité de tranches de vie toutes aussi marquantes les unes que les autres mais surtout de réfléchir à un système vraiment ambigu et à ses effets sur le fonctionnement de la société. Plus on avance, plus on en apprend sur l’intérêt et l’ambiguïté de l’Ikigami. On est aussi appelé à se positionner devant le système et on se retrouve surpris car la mort apparaît parfois comme une libération ou la solution à une situation délicate. Et une question pour la fin : qu’est-ce qui se trame autour de Mlle Kubo?

2 réflexions au sujet de « Ikigami T4 – Plus loin dans le système »

  1. Ikigami est un seinen incontournable mais les volumes coutent bonbon en effet o_O
    Je trouve le principe vraiment original même si le tout semble un peu dans la veine de Jigoku Shoujo (tranche de vie et expérience autour de la mort.) Certains récits sont poignants, d’autres moins mais parfois c’est vraiment tripant.

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