Sanctuary : l’ombre et la lumière

L’histoire de deux hommes…

sanctuaryHojo et Asami ont passé leur enfance sur les champs de batailles au Cambodge, véritable enfer dont les survivants restent marqués à jamais. De retour au Japon, les deux potes sont écœurés en voyant la foule de marionnettes sans âme qui encombre les rues, des hommes qui ne nourrissent plus aucun rêve et dont la trajectoire sociale est prédéfinie. Si le pays peut se targuer de posséder une constitution pacifique exemplaire, Hojo et Asami veulent foutre un coup de pied dans la fourmilière pour réveiller leurs compatriotes.

Pour créer le Sanctuaire qui répondrait à leurs idéaux, ils décident d’infiltrer deux domaines afin d’accélérer leur ascension au sommet de la société : l’impétueux Hojo embrasse une carrière de yakuza tandis que le binoclard Asami devient secrétaire d’un député du gouvernement. La pègre et la politique, l’ombre et la lumière, le poing et la main ouverte : cette répartition des rôles est-elle vraiment due au hasard ? Tous deux vont se serrer les coudes pour monter les échelons qui les amèneront à leur Sanctuaire. Mais les obstacles seront nombreux…

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Feuille, caillou, ciseaux…

Un dessin très classe…

C’est Ikegami Ryoichi qui a dessiné Sanctuary, un vieil artiste à qui l’on doit aussi Crying Freeman. Si j’ai été quelque peu rebuté dans un premier temps (il faut dire que le premier tome date de 1985 mais ça s’améliore sur les 12 volumes), le style est classe. Le dessinateur insiste beaucoup sur les traits sombres et la carrure des hommes. Son coup de crayon contribue bien à l’ambiance sombre et sérieuse de Sanctuary. Il joue aussi beaucoup sur les regards : une case insistant sur l’état et le comportement d’un personnage introduit souvent le début d’un discours ou d’un dialogue et manifeste un souci constant pour l’expressivité. A cela il faut ajouter une touche d’érotisme de très bon goût avec jusque ce qu’il faut de censure. Si j’ai eu l’impression d’avoir affaire à du dessin à l’occidentale, Sanctuary profite d’un coup de patte sobre et élégant et ses planches sont traitées à merveille.

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Les effets de zoom sont bien foutus.

Un récit sombre et tortueux…

Le scénario est signé Buronson. Inutile de présenter le papa de Ken le Survivant. On est plongé dans l’univers de la mafia et de la politique japonaise avec ses courbettes, ses pots de vin, et autres coups bas. Le récit est très bien construit à partir des deux principaux personnages : si leurs quêtes semblent isolées, on apprend peu à peu combien Asami et Hojo sont liés par le destin et on comprend comment ils essayent de construire leur Sanctuaire. sanctuary (1)Ils misent avant tout sur leur fougue et leur jeunesse, antithèses parfaites des vieillards aigris qui mènent une politique strictement conservatrice et rassurante. Sanctuary, ce sont surtout des jeunes qui en veulent, qui ont un regard plein d’étoiles (et des vraies) qui inspire la foi en l’avenir, l’existence d’un but à atteindre et un sourire qui marque une confiance en soi à toute épreuve.

C’est un regard pessimiste et critique sur la société contemporaine que pose l’auteur de Sanctuary. Le manga m’a fait pensé quelque peu à Akumetsu où le héros décide d’exécuter tous les politiciens corrompus qui sont représentés comme le mal absolu et ont la plupart du temps une tête à faire peur. Si l’œuvre de Buronson n’est pas autant WTF, ses héros sont vraiment imposants, inébranlables et au centre de querelles réalistes sur la politique contemporaine. Malheureusement, le récit se précipite trop à un moment donné. Les multiples retours de situation obligent nos héros à brûler les étapes vers les sommets et l’entrée en scène des russes et d’une mystérieuse maladie vient quelque peu refroidir le récit. Le final est brusque et pas franchement satisfaisant. C’est dommage car l’auteur avait pris du temps à développer la structure politique et ses principes ainsi que les différents clans de la pègre.

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Le coup de poing qui arrache la gueule…

Violence, jeunesse, érotisme…

Sanctuary n’hésite pas à dévoiler le monde de la mafia et de la politique de manière crue. Il n’est pas rare ainsi de voir des scènes de décapitation et des intermèdes où un mâle en rut viole une pute dans des toilettes. C’est aussi l’occasion de faire une passerelle entre la pègre et l’assemblée et de montrer que les deux faces de la société se ressemblent fort. La femme y circule comme un objet de luxe uniquement voué à assouvir les désirs du mâle distingué dans l’échelon social. Sanctuary a ainsi un caractère assez misogyne dans la mesure où la femme ne semble présente que pour assurer la dimension érotique de l’œuvre. La violence sexuelle prévaut tout particulièrement chez Tokai, le yakuza type qui passe sa rage sur tout ce qui lui passe de femme sous la main.

Sanctuary
Ils sont jeunes, ils sont beaux, ils regardent les étoiles… avec une foi en l’avenir… et un soupçon de nostalgie…

Sanctuary pose une représentation très crue de la société, un regard critique sur le monde politique et des idéaux pour le moins utopistes et alambiqués. Mais c’est aussi une ode à la jeunesse et à ses rêves, puissante et merveilleuse, prête à renverser toutes les montagnes pour accéder au Sanctuaire, le lieu où les zombies seront redevenus des hommes et où ils pourront se serrer la main avec des manly tears aux yeux en pensant à tous les obstacles derrière eux, à leur comportement complètement badass dans les instants les plus difficiles, à leur prise de risque, à leur soif de pouvoir et à leur beau et flambant costard…

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3 réflexions sur “Sanctuary : l’ombre et la lumière

  1. Ce manga est complètement différent de ce que j’ai l’habitude de lire, que ce soit du point de vue visuel, du thème ou de la façon de le traiter. Bien sûr, j’ai un peu de mal avec la vision de la femme qui y est présentée et que tu as bien résumée, mais j’ai trouvé ça vraiment passionnant.
    Je n’ai pu lire que les six premiers tomes, faudrait vraiment que je trouve moyen de choper la suite ailleurs, ne pouvant plus compter sur la personne qui me les avais prêtés -_-.

  2. Arg tu m’as devancé pour la critique de ce manga que j’ai adoré. Un manga génial vraiment pas assez connu en France. Il commence aussi à se faire un peu vieux, avec le LPD qui a perdu les élections au profit du PDJ il y a peu.

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