Onani Master Kurosawa : j’me branle donc je suis

Onani Master Kurosawa est un doujin de Ise KATSURA illustré par un certain YOKO. Un doujin mais pas un hentai : tout ce qui semble explicite est en définitive fantasmatique et souvent suggestif. L’œuvre date de 2005 et compte 4 volumes. Elle n’a pas été éditée chez nous et ne le sera certainement jamais, elle n’a sans doute même pas été publiée au Japon d’ailleurs…

09L’histoire d’un maître branleur

Kurosawa passe ses journées en classe à reluquer les filles pour en faire ses futures victimes. Il enregistre poses extravagantes et expressions irrésistibles dans sa mémoire, véritable nid à trésors dont chaque tiroir recèle un dossier contenant des images mentales de chacune de ses camarades. Apparemment très studieux, Kurosawa reste tard dans la bibliothèque en jetant des coups d’œil furtifs vers l’horloge. Il attend que l’école soit déserte et que personne ne traîne dans les couloirs du troisième étage. Car il a une tâche qu’il se doit de remplir chaque jour : dès 17h, il se glisse subrepticement dans les toilettes des filles, fantasme à fond sur sa victime du jour et fait son office. C’est son unique raison d’être.

Un jour, il est surpris au sortir des toilettes par Kitahara, une demoiselle qui lui ressemble quelque peu car elle a du mal à s’exprimer avec les autres. Élève modèle mais continuellement maltraitée par ses camarades, Kitahara souffre d’un sérieux mal être.  Kurosawa pense s’en sortir en livrant une excuse toute prête mais se trouve finalement soumis au chantage d’une inquiétante psychopathe qui lui demande de souiller ses ennemies pour qu’il puisse continuer son activité quotidienne…

Onani Master Kurosawa (4)

Le viol fantasmagorique

Il y a parfois des mangas qui marquent indéniablement son lectorat. Onani Master Kurosawa a fait pas mal de bruit sur la toile et Kyouray en avait parlé lors du quartier libre de l’Editotaku cet hiver. Forcément, les histoires en dessous de la ceinture attirent tout de suite leur public. Difficile de ne pas avoir la curiosité titillée, impossible de résister à la tentation devant un synopsis qui parle de « masturbation » et de « toilettes des filles ». Mais ce qui fait tout l’intérêt de l’œuvre, c’est qu’Onani Master Kurosawa n’est pas un hentai et que l’auteur parvient à exploiter un thème à priori tabou de la manière la plus réaliste et originale qui soit. Car ce qui est intéressant, c’est le processus.

Onani Master Kurosawa (9)

On nous montre durant la journée la manière dont Kurosawa rassemble les données dans son ordinateur interne où les représentations psychiques de ses futures victimes apparaissent sous forme de fichier. Les regards larmoyants, poses suggestives et autres formes de ses camarades y sont gravées en format jpg. C’est à partir de ces données strictement immatérielles que Kurosawa commence à fantasmer, qu’il souille véritablement ses victimes en laissant libre cours à ses aspirations et l’évolution de sa libido se mesure à la hauteur qu’atteint sa matière sur le mur des WC. Les scènes tout droit sorties de l’esprit détraqué (pour être hypocritement politiquement correct) sont bien marquées avec un fond ou un cadre noir. Si certaines planches représentent sans équivoque une fellation ou du jus de citron, le dessin ne choque pas outre mesure.

Onani Master Kurosawa (8)Fap Note

C’est le surnom affectueusement donné à ces quatre volumes pour souligner les multiples clins d’œil à l’œuvre de Takeshi OBATA et Tsugumi ŌBA. Le rituel sacré de Kurosawa pèse sur la conscience de son auteur à la manière dont celle de Light doit supporter les crimes qui vont au rythme de sa plume sur le fameux Death Note. Tous deux ont un souci méticuleux à dissimuler leur « crime » en orchestrant chacune de leur action et en observant leur entourage. Kurosawa élabore des excuses préfabriquées, des stratagèmes pour souiller ses victimes et vit constamment dans la peur de se trouver démasquer. Toujours avec ce sentiment de représenter la justice rédemptrice, car c’est bien lui qui sera l’auteur spontané de la première humiliation qui verra ses victimes souillées.

Ce qui me semble le plus rapprocher les actions des deux personnages, c’est le principe « je branle, je tue » adopté dès la fin du premier volume par Kurosawa. Sous la menace du chantage, il doit souiller les ennemies de Kitahara en répandant du sperme sur leurs affaires ou uniformes aOnani Master Kurosawa (2)fin de les marquer psychologiquement. Drôle de procédé, vous en conviendrez. Ce semblant d’exécution a des effets assez divers selon la personnalité de la victime. Certaines en ressortent traumatisées à jamais tandis que d’autres s’en fichent éperdument.

La patte de YOKO

J’ai été agréablement surpris par le style graphique de ce manga. Si certaines cases montrent que le dessinateur doit encore s’améliorer avec des erreurs de proportions ou des fautes de goûts qui se démarquent de l’ensemble, le trait est à la fois original et accrocheur. Ce sont les effets de gris et de crayonnés qui ressortent le plus avec souvent des chevelures qui semblent coloriées au feutre avec des traits parallèles, un peu à la manière dont on remplissait les cases blanches à la maternelle. Onani Master Kurosawa (6)Le style de YOKO donne aux personnages d’Ise KATSURA une véritable âme  et quand on voit combien il parvient à rendre ses héroïnes aguicheuses avec leur regard de psychopathe, c’est de bon augure pour ses prochains travaux d’autant plus qu’il profite encore d’une belle marge de progression.

Un style frais, des regards toujours très expressifs et un crayon bien marqué : à la fois sombre, grossier et original, le coup de crayon est tout simplement superbe. J’ai en revanche trouvé que YOKO s’inspirait beaucoup trop des planches de Death Note pour dessiner le héros sous son aura démoniaque. Il n’était peut-être pas judicieux de faire de Kurosawa un clone de Light. Il n’était pas non plus nécessaire de lui donner un air de Lelouch sur une case. Ce côté parodique fait quelque peu perdre à l’œuvre son originalité et rappelle un peu trop qu’Onani Master Kurosawa reste en définitive un travail d’amateur. C’est dommage car j’ai vraiment adoré le style de YOKO, la manière dont il dessine le rituel de Kurosawa, ses victimes et son maître chanteur aliéné.

En conclusion

Onani Master Kurosawa est une œuvre très forte dont le fil du récit ne manquera pas de surprendre.  Une fresque magnifique des troubles obsessionnels de l’adolescence. Un bel aperçu de l’évolution de la camaraderie à travers les années, des syndromes d’asociabilité, du peu d’importance attribuée aux anciennes brimades subites en classe chez certains et des profondes séquelles que l’on retrouve chez d’autres. Un manifeste surréaliste du  branleur invétéré et des conséquences que son loisir a sur sa manière d’être et sa relation avec les autres. Des contradictions entre ses pulsions et sa conscience.

P.S : Vous trouverez la traduction intégrale en français chez la Noname, vachement bien branlée comme le veut leur slogan ;p

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9 réflexions sur “Onani Master Kurosawa : j’me branle donc je suis

  1. Le graphisme est en effet un point fort de ce doujin (en outre du scénario, qui est on peut le dire, original =}).
    Les chapitres courts se lisent malheureusement bien trop vite :v

  2. Je vais peut-être y jeter un oeil, dès que j’aurai le net chez moi :'(

    Mais c’est vrai que ca a l’air d’être marrant. Si Sacri aime bien alors…. ;)

  3. Je pensais que ça s’arrêtait au fap dans les WC des filles… Maintenant ça va dans les chaussettes des filles ?

    Rien que pour cette idée, je suis convaincu !

  4. Ç’aurait sonné plus cool, « j’me branle, donc je suis ».

    Sinon : chaussettes.

    *retourne lire la mangasse*.

  5. C’est vrai qu’en choisissant la forme non pronominale le verbe peut prendre plein d’autres sens sauf peut-être le bon. Enfin, on dira que c’est plus subtil et calqué sur Descartes comme ça… Edit : j’ai finalement corrigé.

    Sinon c’est quoi ce fantasme autour des chaussettes =)

  6. Zettai Ryouiki toussa.
    Sinon je viens de finir de lire le manga récemment (un grand merci à l’équipe de traduction) et il faut dire que la dernière partie du manga est vraiment bluffante, cela se révèle plus recherché au niveau relations humaines que ça en avait l’air au début, une belle surprise. D’ailleurs, il ne faudrait pas que les gens évitent ce manga à cause de la lecture du synopsis (qui est spécial quand même) car c’est comme tu dis, une oeuvre forte.
    Même avis pour le dessin, très expressif et aussi agréable, bref du bon !

  7. Pourquoi les chaussettes ?
    Parce qu’elles renferment les pieds. Le fétiche de tout homme sérieux.

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