Tsukasa Hôjô sur un fil tordu

Pour le meilleur ou pour le pire, rendons un nouvel hommage à ce grand bonhomme qu’est Tsukasa Hôjô. Pour la petite histoire, j’ai goûté à l’œuvre de ce monsieur dès ma plus tendre enfance sans pour autant savoir qu’il était le père de Nicky Larson ou de Cat’s Eye et sans faire de rapprochement entre les deux séries…

Profil de Tsukasa Hôjô

Selon ses propres dires, il se cacherait derrière ses grosses lunettes pour voiler un regard d’adolescent. Tsukasa Hôjô est un mangaka né en 1959 qui a étudié le dessin technique à l’université et utilisait à ses débuts son coup de crayon pour la décoration intérieure et l’architecture.tsukasa hojo

Après s’être exercé sur quelques one-shots, il est reconnu grâce à Cat’s Eye, un manga publié dans le magazine Weekly Shonen Jump entre 1981 et 1985. Il a ensuite travaillé sur le fameux City Hunter jusqu’en 1991, l’histoire d’un nettoyeur qui lui vaudra la reconnaissance internationale, avant de publier une série de nouvelles et les deux volumes de Rash!! A l’instar de Family Compo, comédie et tranche de vie sont les principaux ingrédients de son propos et Hôjô possède un style classe et unique.

Les séries adaptées de son œuvre, Cat’s Eye et Nicky Larson, étaient très présentes sur les chaînes françaises durant les années 90. Hôjô est aussi connu comme étant l’ami de Tetsuo Hara (Ken le Survivant) et le maître de Takehiko Inoue (Vagabond) qui a travaillé comme assistant sur City Hunter. Angel Heart, qui reprend l’univers de City Hunter, est toujours en cours. Tsukasa Hôjô est exclusivement édité par Panini en France et ses premières œuvres sont actuellement publiées en éditions de luxe et fidèles à l’originale.

Ses principales oeuvres

Réfléchissons… je pense avoir commencé par Family Compo… sans rien savoir de son auteur évidemment et déjà à cause du design des personnages féminins qu’Hôjô sait si bien dessiner. Ça parle donc d’un type qui devient orphelin alors qu’il est sur le point d’entrer à l’uni et qui se retrouve dès lors recueilli par ses cousins. Il entre dans une famille pour le moins surprenante où les parents travestis on échangé leur rôle, la maman travaillant comme mangaka avec des travestis et le père s’occupant du ménage. Une sacrée ambiance pour un récit qui est certainement le mieux ficelé par Hôjô…

J’ai littéralement dévoré ce manga tellement le délire qu’il nous propose est énorme. Plus qu’un soupçon de tranche de vie, plus qu’un regard sur les travestis, le récit propose un bon nombre de situations loufoques et de quiproquos tout simplement hilarants. On suit avec une fiévreuse attention l’évolution de la relation entre Masahiko et sa cousine Shion. Le malaise, c’est que l’on ne sait parfois plus trop si celle-ci est un garçon ou une fille car l’auteur s’ingénie à brouiller les pistes et  cela malgré les multiples et infructueuses tentatives  de Masahiko pour percer le mystère.

Le travestissement est un thème assez courant chez Hôjô : on y a parfois  droit dans Cat’s Eye et City Hunter mais ils sont le plus souvent utiles ou burlesques alors qu’ici il s’agit vraiment d’ambiguïté sexuelle. Le ton est bien plus adulte et le message, que tout un chacun saisit, est un appel à la tolérance, apprendre à accepter l’autre tel qu’il est. Un manga auquel je n’ai rien à reprocher car il m’a collé un sourire au lèvre à chaque page. On s’attache tellement à l’univers que l’on ne peut s’empêcher de refermer le dernier volume avec un sentiment amer…

J’ai continué mon voyage avec l’ami Tsukasa en lisant Angel Heart. Choix étrange me direz vous de faire l’impasse sur City Hunter mais le design de celui-ci me paraissait définitivement trop vieillot et je privilégiais les mangas récents. Difficile de reconnaître vraiment Ryo quand on a un vague souvenir de l’anime et qu’il semble ici manifestement assagi. Difficile aussi de ressentir une quelconque émotion en apprenant la mort de Kaori et de trouver l’action transcendée par sa présence. J’ai expérimenté ces sentiments un peu à rebours en raison d’un parcours que vous jugerez bien tordu. Ce qui me frappe le plus dans le dernier travail d’Hôjô, c’est de voir à quel point son dessin est achevé et sent l’auteur affirmé.

AngelHeart

Je n’ai compris qu’après avoir lu City Hunter qu’Angel Heart n’était pas une suite mais une histoire alternative. Le passé de Ryo, sa relation avec Kaori ainsi que la mort d’Hideyuki Makimura ont changé de manière subtile et plusieurs personnages (dont Miki) n’apparaissent pas. Ce n’est pas un mal bien au contraire car j’ai l’impression qu’Hôjô a succombé à la tentation moderniste en nous offrant des personnages jeunes et frais ainsi qu’un scénario bien plus sombre et mélodramatique, allant jusqu’à nous faire croire qu’un cœur implanté détiendrait les émotions de son donateur originel… Reste que le manga se lit assez facilement et qu’Hôjô parvient sans mal à construire de jolies petites histoires larmoyantes à partir de cet univers parallèle.

cat eyeAvant de me lancer dans la lecture de ce qui s’annonçait être le clou de l’œuvre, j’ai lu Cat’s Eye, la première grosse série de Tsukasa. A nouveau, les quelques souvenirs que j’avais d’une série qui passait encore sur les chaînes hertziennes il y a quelques années ont ressurgi et certaines scènes m’étaient familières même si je n’avais voir que des bribes de l’anime. Si les premières planches de peuvent rebuter, on s’habitue très vite au vieux style du mangaka.

Les éléments qui font le charme des œuvres d’Hôjô sont déjà en place : un peu de comédie, de la tranche de vie, une énigme policière, des nanas splendides et classes, un héros un peu stupide. L’histoire est en revanche franchement tirée par les cheveux et l’enquête autour de Cat’s Eye est aberrante tellement Toshio ne semble avoir pas les yeux en face des trous mais ce n’est peut-être pas l’intérêt du récit. Le jeu entre chats et souris posé entre le policier et les trois sœurs permet au lecteur de persévérer et si on aime l’ambiance, le manga se lit assez facilement.

City Hunter est sans conteste l’œuvre la plus aboutie de Tsukasa Hojo. Ce manga est un monument dont l’histoire s’étend sur six années durant lesquelles on côtoie Ryo Saeba, un nettoyeur, et sa partenaire Kaori Makimura dans les quartiers chauds, sombres et dangereux de Shinjuku.

city_hunter_yLes premiers tomes semblent un peu vieillots car Tsukasa cherche encore son style et le dessin des personnages évolue d’une planche à l’autre. Mais le rythme se veut tellement endiablé dès les premiers chapitres que le lecteur ne peut qu’accrocher à l’univers de City Hunter. L’histoire présente une quarantaine de missions souvent indépendantes où Ryo vient en aide à de charmantes demoiselles auxquelles il tente en vain de rendre une visite nocturne durant sa garde rapprochée. Les deux ingrédients de City Hunter : des centaines de planches représentant notre héros modèle en érection et des milliers de marteaux pesant de 250 kg à 1000 tonnes brandis par sa partenaire…

Il ne faut pourtant pas se leurrer : l’humour est grossier, répétitif et l’ambiance passe tellement vite du plus tragique au plus stupide que l’on s’interroge sur l’intérêt du récit. Les histoires gentillettes succèdent aux prises de tête romanesques, les gros délires enjambent les scénarios tortueux mettant en jeu les personnages et leur sombre passé. Le récit est étrangement agencé mais c’est cela qui fait sa force car la relation entre les protagonistes évolue en conséquence de manière subtile, par petites gouttes disséminées dans chaque historiette.

Ryo est un pervers qui collectionne les soutifs et ne rate pas une occasion de coller aux fesses de ses clientes mais c’est surtout un héros classe qui surprend et anticipe toute situation. Kaori est un garçon manqué qui s’avère colérique de prime abord mais qui cache des sentiments purs. Difficile de ne pas s’attacher au duo que forment ces deux personnages tellement l’auteur excelle dans l’art de les représenter entre sublime et grotesque.

Pour achever le parcours, j’ai lu Rash!! Ça parle de Yuki, une demoiselle qui remplace sa grand-mère comme médecin dans un pénitencier de sa ville natale et retrouve Tatsumi, un ami d’enfance qu’elle prenait plaisir à martyriser. Si on est sublimé par la fougue de Yuki, on ne peut s’empêcher de regretter que le récit s’achève aussi brusquement en deux volumes. On n’a pas suffisamment le temps de s’attacher aux personnages et on aimerait suivre d’autres aventures en leur compagnie, d’autant plus que l’univers est très bien mis en place.

Tsukasa Hôjô, c’est un coup de crayon fin, détaillé et réaliste, un style propre, un talent de maître à raconter et une œuvre qui profite sans aucune imposture de son éternelle jeunesse. On s’attache éperdument à son univers, à ses personnages, à sa façon de raconter des histoires et de dessiner ses héroïnes.


  • Jetblack a rédigé un article très complet sur Tsukasa et un certain Gemini nous propose une présentation du trop peu connu Family Compo.
  • Angelus City est un site incontournable pour tout fan de Tsukasa Hôjô qui se respecte. Vous y trouverez des espaces dédiés à chaque œuvre et proposant d’énormes galeries rassemblant les plus beaux aperçus et artbooks.

9 réflexions au sujet de « Tsukasa Hôjô sur un fil tordu »

  1. Rendons à César ce qui lui appartient : si j’ai bien signé l’article sur Family Compo (le meilleur manga de tous les temps), ce n’est pas moi qui ai rédigé celui sur Tsukasa Hojo, mais Jetblack ;)

    Et je tiens aussi à préciser que la mémoire du cœur existe, même si dans Angel Heart exagérée par l’auteur. Des cas similaires existent, des scientifiques ont d’ailleurs détecté la présence de cellules mémorielles dans le cœur, mais le phénomène continue d’étonner les spécialistes.

    Comme beaucoup, je regardais Cats Eye et Nicky Larson étant gamin ; j’ai surtout eu la chance d’avoir une amie fan de Tsukasa Hojo, ma voisine de classe en CE2 avec qui j’ai poursuivi ma scolarité jusqu’en terminale. Elle m’a beaucoup parlé de l’auteur, et surtout de Family Compo, ce qui m’a donné très envie.
    Malheureusement, j’ai commencé la série alors que Panini Comics venait d’acquérir l’exclusivité en France des oeuvres de l’auteur, donc trouver tous les volumes chez Tonkam a été très dur, j’ai payé le dernier volume qui me manquait plus de 30€ sur ebay. Parallèlement, j’ai trouvé aussi les Sous un Rayon de Solei, Rash, et les one-shots ; et je suis les éditions Panini Comics, sachant qu’il y a de bonne chance que je rachète Family Compo quand il ressortira.

    Family Compo : c’est le bien !

  2. J’ai foiré sur ce coup, je corrige ça ^^ »

    Pour la mémoire du cœur… je suis pas du tout convaincu car seul le cerveau possède ce genre de donnée à mon sens?! J’ai lu des articles allant dans ce sens mais je peut pas encaisser l’idée.

    Je n’ai pas parlé des one-shots… J’avoue que j’ai bien peur de ne pas accrocher car j’aurai jamais le temps l’espace d’une nouvelle de m’attacher aux personnages… Et c’est essentiel quand on lit Hôjô.

    Une réédition de Family Compo… le rêve… mais ça semble logique comme les deux précédents travaux sont en cours. Je trouve en revanche City Hunter meilleur, je ne saurais expliquer pourquoi. Plus de défauts peut-être mais plus d’âme sûrement…

  3. Un de plus dans le club « Mr Hojo est un génie ». S’il réédite Family Compo, je fonce dessus les yeux fermés ^^

    Pour City Hunter, je te comprends un peu. Il y a quelque chose de plus. Je ne l’ai pas encore fin mais on sent qu’il y a mis tout son coeur. J’espère qu’à la fin, j’aurai toujours ce même sentiment ;)

  4. MR tsukasa hojo est un monsieur que j admire beaucoup.
    C est mon idole.
    Quand je regarde city hunter je me crois nicky tellement que je suis concentre.
    Moi aussi je dessine mais je sais pas comment il arrive a creer ses personnages.
    Je veux lui demander conseils.

  5. Ah ça, il me semble qu’il était présent à la dernière Japan Expo; t’as raté une occasion. D’ailleurs ils lui ont demandé :

    Comment faites vous pour dessiner des femmes si sexy ?
    « Vous les trouvez sexy ? Aaaah… Eh bien… C’est parce que j’aime les femmes ! »

    Voilà un conseil de bon aloi ^^

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