Legend of the Galactic Heroes – 3. Epopée

Je voulais parler des fondements du conflit, décrire en détail l’univers, les discussions politiques et d’autres choses qui font tout l’intérêt de GinEiDen. Mais je préfère conclure en essayant de définir la série comme fresque épique à partir de mes pauvres connaissances en matière de mythologie. Attention, je dévoile des passages clés de l’intrigue !


Je suis un adepte du Dictionnaire de l’Académie. Une épopée est une « Vaste composition littéraire en vers, qui développe un thème historique ou légendaire et célèbre les actions d’un héros exemplaire ou les hauts faits d’un groupe ». On peut l’appliquer par analogie à un genre autre que poétique. Comme son titre l’indique, GinEiDen raconte les périples de héros et l’histoire est une thématique importante : le récit se veut une sorte de chronique de circonstances politiques et Yang se sert du passé pour réfléchir sur le présent.

J’ai eu l’impression au final que GinEiDen était une sorte de guerre de Troie du futur mais cela ne va pas sans poser de nombreuses objections. Existe-t-il une Hélène à la source du conflit? Non car on est introduit en plein centre d’une guerre dont les tenants et les aboutissants nous échappent. Il s’agit simplement d’une nation démocratique et indépendante qui résiste à l’assaut d’un empire qui veut assoir sa domination sur la galaxie. Le seul enjeu, l’Hélène si j’ose dire, c’est la galaxie, l’affirmation d’une idéologie politique et de la primauté d’un empire possédant des aspirations expansionnistes.

Il y a quelque chose de mythique derrière GinEiDen. Dès le premier épisodes, des noms frappent l’attention du spectateur : le vaisseau de Reinhard s’appelle le Brunhild, la demoiselle que Siegfried va rechercher au centre des flammes dans la Chanson des Nibelungen. Ne s’agit-il pas de la « déesse assoiffée de sang » dans l’épisode 108, clin d’œil à sa vengeance meurtrière suite à la traîtrise de Siegfried et au carnage dont le vaisseau (personnifié) est alors le théâtre? Siegfried (Kircheis) n’a rien à voir avec le héros scandinave si ce n’est qu’il meurt de manière précoce et que son souvenir va nettement influencer le déroulement des faits. Celui de la chanson reste dans les esprits comme une ombre fascinante et stimulante, cause d’une vengeance conduisant au massacre de La Plainte alors que dans GinEiDen, le souvenir de Kircheis influence les stratégies de Reinhard jusqu’à la chute des principaux héros lors de l’affrontement final entre les flottes.

Partons du principe que le conflit galactique de GinEiDen serait un émule de la guerre de Troie. La série n’a rien à voir avec  l’épopée homérique, je vous l’accorde, mais les deux récits ont quelques ficelles en commun. Les Grecs sont du côté de l’Empire, les Troyens du côté de l’Alliance. Aucun manichéisme dans les deux récits : ni bons, ni méchants, simplement deux parties. Si vous cherchez un Hector ou un Achille dans GinEiDen vous avez l’embarras du choix. A la manière des héros de l’épopée homériques, un guerrier tel que Schenkopp détruit tout sur son passage, abat ennemi sur ennemi d’un seul coup de hache, sans subir aucune égratignure ni montrer le moindre signe de défaillance. La hache est une arme quelque peu étrange sur un champ de bataille ou fusils lasers sont légions mais bien plus impressionnante dans les combats au corps à corps et bien plus homérique soit dit en passant.

Les deux camps ont un dirigeant, une figure qui conduit les troupes et un cercle restreint de combattants de haut niveau. S’il y avait un Ulysse dans le camp de l’Empire, ce serait sans aucun doute Oberstein car s’il ne correspond en rien à la figure chaleureuse du héros de l’Odyssée, il tire les ficelles ingénieuses qui fondent la victoire de l’Empire.  On peut très bien voir en Schenkopp une sorte d’Hector, le vétéran, guerrier aguerri entre tous qui laisse derrière lui une famille à qui il semble avoir fait ses derniers adieux. Mais en ce cas, qu’en est-il de son affrontement avec le valeureux Achille? La suprême insulte réaliste de GinEiDen est de ne pas offrir au spectateur de véritable combat épique entre héros. J’aurai tendance à voir cet affrontement ultime dans les premiers épisodes paradoxalement où Schenkopp affronte Reuenthal dans un combat éclair entre deux personnages dont on ignore encore le charisme, l’importance du statut et l’influence prépondérante qu’ils auront sur la suite du conflit. Reuenthal serait un Achille qui se mutine contre sa nation (ne refuse-t-il pas longtemps de combattre contre les troyens?), un Achille qui meurt selon une volonté divine car un débris frappe Reuenthal en plein cœur là où Achille succombe à d’une flèche au talon lancée par le dieu Apollon lancée. Dans la Chanson des Nibelungen, Siegfried reçoit le pieux d’Hagen à l’endroit où une feuille a empêché le sang du dragon de rendre son corps entièrement invincible, l’endroit-même où Schenkopp reçoit le coup de hache fatidique sans s’en rendre compte. N’est-ce pas en outre une stratégie digne de celle du cheval de Troie qui engendre la mort de Yang Wenli? Dans l’épisode 5, Kastrop, émule de Néron, ne meurt-il pas à la manière d’un César? Reinhard est un parvenu, où est Napoléon, Alexandre le Grand? Il y a de l’archaïsme dans GinEiDen.

Il faut surtout relever un penchant pour le déterminisme humain : l’Iliade présente une bataille dont l’issue est certaine à l’avance, définie par les dieux. Achille mourra au combat, les Grecs l’emporteront et Troie deviendra une offrande à Héra. Dans la Chanson des Nibelungen, on sait dès les premiers vers que Krimhild sera l’instigatrice d’un carnage décrit en détail quelques centaines de pages plus loin seulement. Le Ragnarok en lui-même est représentatif de l’importance du déterminisme dans les mythes scaldes. (L’épisode 41 n’est-il pas celui du « crépuscule des dieux », du nom de l’opération élaborée par Reinhard et consistant à envahir l’Alliance par le couloir de Phezzan? La flotte de Yang n’est-elle pas considérée par la suite come une « Arche »?). Dans GinEiDen la « trahison » de Reuenthal et la malédiction de Reinhard sont une forme de déterminisme. Le narrateur interprète en outre souvent un fait comme la source d’évènements plus terribles encore, il anticipe le fil du récit à la manière des grands conteurs de l’épopée.

Je n’espère pas convaincre grand monde en extrapolant de la sorte mais simplement montrer que GinEiDen s’inspire de la tradition archaïque et s’affirme en tant que véritable épopée futuriste. C’est une fresque épique à placer aux côtés de l’Illiade ou de Gilgamesh. Au fond il ne manque que la présence de dieux et du fantastique pour que l’on puisse parler de mythe or Dieu est plus l’objet d’un culte fanatique exploité par les terroristes qu’une divinité qui tire les ficelles de la guerre. Le fantastique se trouve quand à lui remplacé par la science-fiction. Entre classicisme et futurisme, l’Empire décrit une société proche de celle des Lumières alors que l’Alliance est un univers plus contemporain. Ce décalage produit un fossé radical et essentiel de mœurs et de pensée entre les deux camps.

Ce qui a touché ma corde sensible c’est la bande-son de GinEiDen qui est composée essentiellement de morceaux de musique classique rigoureusement sélectionnés : du Mozart, du Beethoven, du Brahms et même du Maurice Ravel. La cinquième symphonie de Beethoven, la neuvième de Dvorak (Le Nouveau Monde) ou encore la quatrième de Nielsen font vibrer le spectateur durant les batailles. Il suffit de lorgner du côté de Wagner et de son Or du Rhin pour reconnaître que ce style n’est pas étranger à l’épopée et au mythe.

Comme je digresse, je m’arrête là. Rien d’objectif dans ces quelques lignes : j’extrapole. Je voulais montrer comment j’ai vécu et surtout ressenti l’aventure intitulée GinEiDen et mes élucubrations feront sûrement naître des sourires en coin. Pour conclure et convaincre les plus sceptiques : GinEiDen ce sont 110 OAVs, plus de 50 heures de conflits armés, de chroniques admirablement agencées et de débats politiques intenses. Cette simple définition fait à mon sens de la série une véritable fresque épique.

« Legend of the Galactic Heroes – 2. Heros

3 réflexions au sujet de « Legend of the Galactic Heroes – 3. Epopée »

  1. Intéressant parallèle, bien que j’avoue ne pas être assez calé sur le sujet pour en débattre. :p
    En parlant de Wagner et de l’Or du Rhin, je me demande d’ailleurs si les références du genre Sigfried et Brunhild ne sont pas, au delà de la simple inspiration nordique, directement liées à l’Opera de Wagner qui raconte cette légende et qui est, il me semble, fréquemment présent dans la BO de l’anime.
    Ca me rappelle d’ailleurs que si du côté de l’Empire, y’a plein de références scandinaves, on retrouve du côté de l’Alliance pas mal de noms grecs pour les vaisseaux dont certains (Ulysses, Achilleus, …) sont justement des héros du récit de la Guerre de Troie ! Enfin, je suppose que tu l’avais remarqué. x)

  2. C’est très juste ce que tu dis et on pourrait voir dans cette œuvre une confrontation entre deux grandes cultures antiques dans un lointain futur. D’autant plus que les Grecs sont les pères de la démocratie.

    Je suis quand même ému de voir un premier commentaire sur ce billet deux ans après publication et je t’en remercie. Je compte bien revoir avec une attention quintuplée la série un jour pour appuyer la petite branlette intellectuelle que je me suis farcie à l’époque.

  3. Pas d’quoi ! Tu peux remercier le flux RSS des commentaires de ton blog car c’est via celui-ci que j’ai découvert ta série de billets. xD
    Sinon ouais, je crois que moi aussi je vais sûrement me refaire la série un de ces jours … C’est typiquement le genre de truc au contenu tellement conséquent que ça en mérite bien un revisionnage.

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