Yokohama Kaidashi Kikou

Au fin fond d’un chemin pédestre désaffecté, au milieu des broussailles et d’une nature qui devient chaque jour plus sauvage, sous un beau ciel bleu nuageux et devant une mer qui s’étend loin à l’horizon, un petit café désert…

Yokohama Kaidashi Kikou prend place dans un futur proche et incertain. La Terre a subit un semblant d’apocalypse : les eaux sont montées, une grande proportion de villes et de population a laissé place à une nature mystique, présentant quelque rares vestiges de la civilisation passée.

L’histoire raconte quelques anecdotes sur le quotidien d’Alpha, une charmante serveuse qui tient un café dans un petit paradis perdu et difficile d’accès. Malgré son apparence à la fois tendre et naïve, Alpha est en réalité un robot dont les émotions et les goûts deviennent chaque jour plus humains. Elle attend le retour du maître des lieux, partis on ne sait où pour on ne sait quelle raison. On accompagne la demoiselle dans son café et à travers ses escapades en scooter en appréciant avec elle la subtilité de chaque instant, de chaque découverte. On fait connaissance avec Alpha durant une de ses courses à Yokohama, d’où le titre de l’œuvre. Le petit voyage permet de mettre d’emblée le lecteur en présence d’un univers somptueux mais inquiétant tellement il échappe au monde réel.

Yokohama Kaidashi Kikou est un manga purement contemplatif qui nous est offert par Ashinano Hitoshi. C’est une véritable œuvre d’art, un tableau qui s’étend sur 14 volumes et surprend par la finesse du propos et du dessin.

Une poésie de l’instant suspendu, de la paresse et du balancement de l’être abandonné dans son espace. On suit le quotidien d’Alpha et les évènements marquants sont aussi discrets que les clients du café. Les chapitres dans lesquels on est simplement perdu dans les pensées vides et langoureuses de la demoiselle ne sont pas rares. Le récit se construit sur des cases blanches que l’auteur ne prend souvent pas la peine de noircir mais il y a quand même une trame de fond : la quête d’identité lancée par Kokone, une amie robot d’Alpha, sur l’existence de leurs semblables. Alpha entretient également des rapports étroits avec son entourage : Ojiisan et Takahiro figurent parmi les habitants du voisinage qui lui sont très attachés.

Alpha joue du « gekkin », un instrument de guitare traditionnel devant Ojiisan, le pépé qui tient une station d’essence et qui semble beaucoup apprécier une demoiselle dont il est un des seuls clients réguliers.

Le programme ne semble rien proposer de véritablement transcendant mais la manière dont les thèmes sont abordés est très subtile. YKK est un éveil à la nature, à la musique et au contact humain. On se contente de montrer les expériences les plus subtiles, les réactions d’Alpha de la manière la plus pure qui soit et la façon dont son entourage s’épanouit à son contact.

L’univers a subit de profondes blessures et semble peu à peu s’éroder. Le progrès est désormais chose oubliée et l’homme est retourné à un état plus primitif. L’œuvre transpire le mythe avec la Misago, une créature aquatique qui apparait durant la jeunesse et symbolise le passage inexorable du temps. De même Alpha ne vieillit pas, n’appartient pas à la même spirale temporelle que les hommes et voit ainsi leur évolution lui échapper complètement. C’est sans aucun doute l’expérience la plus forte, à la fois touchante et douloureuse, que réalise Alpha. Le dessin a quand à lui évolué en 10 ans. Alpha a changé et c’est normal, l’auteur lui-même souligne cette évolution. Son design peut paraître simpliste et trop arrondi au départ mais ses expressions sont extrêmement biens rendues et rendent le personnage très attachant. Les paysages semblent à priori avares en détails et il n’est pas rare qu’un panorama remplisse une palette entière mais le manga compte de magnifiques tableaux crayonnés et même quelques chapitres somptueusement colorés avec des couleurs pastels. Ashinano Hitoshi nous offre vraiment une œuvre d’art magistrale.

Une œuvre qu’il faut absolument lire une fois et espérer une prochaine parution sur nos rayons. Elle est à placer aux côtés de Mushishi avec son univers et ses légendes et d’Aria avec son aspect contemplatif et tranche de vie. Yokohama Kaidashi Kikou est une expérience inoubliable, réfléchie et onirique. Un instant d’exotisme, de poésie, de romantisme, de détente et de pur bonheur où seule importe la douceur de la vie.


  • L’œuvre n’est malheureusement pas licenciée mais Iscariote nous a pondu une bonne traduction.
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3 réflexions sur “Yokohama Kaidashi Kikou

  1. Très grand manga en effet, peut-être même le chef-d’œuvre de l’iyashi kei en manga.

    Le traitement du passage du temps dans ce manga force le respect. Jusqu’à l’avant-dernier volume 1chap ~ 1 mois, les saisons reviennent toujours tous les 12 chapitres et petit à petit les choses évoluent quand on ne les voit pas… Takahiro et Makie en sont les témoins les plus marquants et contribuent énormément à cette impression de temps qui passe inexorablement.

    La fin est d’une certaine manière décevante, dans le sens que de nombreuses pistes lancées sont abandonnées comme ça sans suite, on nous a mis en appétit mais au final rien. Mais la conclusion rattrape largement cette déception, surtout après un vol.14 fort moyen.

  2. Oui, le temps, c’est la force de ces derniers volumes!

    C’est vrai que de nombreuses questions demeurent au final mais bon justement je trouve que ces « cases blanches » ne font qu’accroître ce qu’il y a de mystérieux dans le manga et j’attendais pas de réponse particulière.

  3. Pour moi y a des choses qui méritaient d’être expliquées clairement, notamment l’histoire des robots de série A7, le rôle de l’avion et de ses occupants… En fait tout ce qui touchait plus ou moins à la création humaine.
    Ensuite pour ce qui est de la nature, comme les rochers en forme de personne, c’était plus à chacun de se faire sa propre réponse.

    Mais pour moi, qui suivait la parution du manga chaque moi, on sent bien que sur la fin, après 11 ans, Ashinano faiblissait. Le fait d’introduire des ellipse de plusieurs années est presque choquant comparé au rythme du manga avant (avait il prévu d’arriver jusque là à son rythme à la base ?). Heureusement qu’il y a quand même de superbes chapitres sur la fin.

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