Legend of the Galactic Heroes – 2. Héros

Sortons le Dictionnaire de L’Académie française, c’est quoi un héros? Un héros se distingue par une valeur extraordinaire, par l’élévation et la force du caractère, une grande noblesse d’âme et quelque haute vertu, obtient à la guerre des succès éclatants, exécute de grandes et périlleuses entreprises… Appliqué aux héros de GinEiDen, ça donne quoi?

Définition du "héros" par l'Académie FrançaiseCertains personnages profitent d’un charisme énorme, parviennent à se dépasser et défendent avec ferveur des principes qui leur sont propres à défaut de représenter un idéal. Mais qui sont-ils donc ces supposés héros? J’en présente cinq qui m’ont l’air les plus représentatifs des différentes figures du héros. Attention, ce long pavé dévoile des passages clés de l’intrigue !

47017Reinhard von Lohengramm

Reinhard est profondément ancré dans son passé. Obnubilé par le souvenir de l’enlèvement d’Annerose par le roi, il nourrit une haine farouche envers la noblesse. Cet attachement à la grande sœur lui donne une touche profondément humaine mais semble un peu exagéré. Sans évoquer un sister-complex chez notre héros, ce point ne semble pas étranger au peu d’intérêt manifesté par le roi à nommer une reine. Reinhard est un héros qui se fait un règle d’honneur à combattre aux avant-postes mais n’est pourtant que peu prolifique tout au long de la série. Il prend rarement une décision stratégique influençant le cours du combat mais profite surtout d’un entourage exemplaire sur lequel il se repose beaucoup. Héros essentiel de la série, c’est lui qui désire la guerre, qui veut avoir un ennemi à combattre or il ne parvient jamais à satisfaire ses ambitions et se retrouve malgré lui le plus souvent dans les coulisses de l’action. Ainsi ne peut-il l’emporter qu’avec le concours de Miss Mariendorf et des ses deux fidèles amiraux lors du fameux affrontement de Vermillion. Il ne peut accepter cette victoire ni exprimer trop de reconnaissance envers ses sauveurs tellement il subit une humiliation. A aucun moment ce personnage ne réussit à véritablement s’imposer si ce n’est par son aura, son caractère froid et majestueux. Personnage sévère, hautain et irritable, Reinhard a le profil du dictateur et veille constamment à laisser de côté sa sensibilité. Il semble souffrir d’une malédiction que lui a causé sa passivité devant les projets d’Oberstein quand il luttait contre Goldenbaum. Pour Reinhard, sa mystérieuse et incurable maladie serait due à la mémoire des victimes de Westerland.

43761Yang Wen-li

Yang est un historien et un fin stratège. Il est cependant entièrement tourné vers l’avenir au contraire de Reinhard. On ne sait pas grand chose sur sa jeunesse mis à part certains « exploits » qui lui valent sa renommée. Aucune tare du passé n’entrave sa réflexion mais l’histoire est pour lui moteur d’exemples à considérer pour construire le futur. Yang est une véritable antithèse Reinhard car il représente une sorte de parodie d’amiral qui n’aime pas la violence et dont l’essence est d’être un bon vivant appréciant le thé, le vin et l’amitié. Son caractère sociable contraste avec le perpétuel sérieux intangible du roi de l’Empire. Leurs statuts respectifs et l’univers auquel ils appartiennent justifient ces différences. Il surpasse de loin Reinhard car ses stratégies sont les seules aptes à faire vibrer le spectateur et ce n’est pas pour rien qu’on le surnomme le « magicien » : il reste et restera toujours invaincu. Il n’a pas les mêmes ambitions ni la même allure que Reinhard : lunatique, penseur et indécis, Yang lutte avec lui-même car ses principes qui vont souvent à l’encontre de ce que son entourage attend de lui. On lui reprochera longtemps une décision lourde en conséquence : pourquoi n’a-t-il pas ordonné de tirer à Vermilion? Cela aurait été renier ses principes, certes. Un militaire ne doit en aucun cas agir à l’insu de la démocratie, Yang le sait. S’il avait tiré, il serait devenu une sorte de dictateur malgré lui et aurait détruit les graines de la démocratie. Magician Yang est un personnage atypique et sa mort, prévisible, jette un terrible coup de froid. Ses marques d’affection envers Frederica et son petit propos à Julian laissaient lourdement attendre l’inévitable. Jusqu’à la fin il ne s’est pas soucié de son propre sort, il déambule dans les couloirs comme si de rien n’était en semble simplement gêné en constatant sa blessure. La stratégie déployée pour l’abattre lui fait honneur et un dernier plan au crayon nous sépare d’une grande figure.

Paul von Oberstein

Oberstein est sans aucun doute le personnage le plus froid et mystérieux de GinEiDen. On ne peut s’empêcher de s’interroger sur ses motivations secrètes et les raisons de sa fidélité à Reinhard et on est au final déçu car on s’attendait à ce qu’il soit l’auteur d’une mutinerie à un moment donné mais à la réflexion il était difficile d’imaginer ce personnage peu sociable comme figure dirigeante. A la manière de Reuenthal, il a un regard qui accroche le spectateur. Ce n’est pas seulement le fait qu’ils soient cybernétiques mais surtout sa personnalité qui est retranscrite dans ces yeux perçants et sérieux. Que sait-on à son propos? Presque rien. On le rencontre durant une bataille remportée par Yang où il décide de fuir son vaisseau alors que son amiral poursuit obstinément le combat. Il refuse le sacrifice inutile et place sa survie au dessus de l’honneur. C’est un personnage inquiétant : Kircheis la compris d’un seul regard et il aura raison de l’amitié qui l’unit à Reinhard. On peut se demander s’il est vraiment humain tellement il maîtrise toutes les situations, s’applique à anticiper des complots et à réfléchir politique. Oberstein n’est pas moral ni honorable, il est juste calculateur et désire simplement atteindre un objectif qu’il s’est fixé : celui de consacrer sa vie au bon fonctionnement du nouveau gouvernement de l’Empire. Oberstein est un personnage qui laisse des traces et dont on n’oublie pas la voix rocailleuses et les tics de si tôt. Il ne s’intéresse que très peu à soi même : ainsi affirme-t-il sans autre à Reinhard qu’il souffrirait sans mal que sa famille s’éteigne… On peut le qualifier d’asocial car n’éprouve aucun intérêt pour l’amitié et se fiche bien mal d’être la cible d’une répugnance unanime. Son seul objet, c’est l’accomplissement parfait du travail qu’il s’est imposé.

43786Walter von Schenkopp

Un héros parvient à se distinguer dans le camp de l’Alliance des Planètes Libres : Schenkopp. C’est un combattant véritablement aguerri, un héros dans le sens classique du terme. Déjà il possède le titre de général, un grade qui lui semble réservé et il fait partie des rares hommes qui se battent au premier rang, à mains armées. Dès son apparition, il se profile en tant que personnage ayant des valeurs morales propres et n’hésitant pas à intervenir quand il voit une jeune femme maltraitée. Yang décide de l’engager dans sa flotte quand bien même les Rozen Ritter n’ont pas bonne réputation : la plupart des précédents chefs de l’escadron ont trahi l’Alliance et Schenkopp lui-même est considéré à risque. Les Rozen Ritter sont des soldats d’élite qui ont une importance essentielle : ce sont eux qui reprennent la forteresse d’Iserlohn et qui suivent Julian dans le vaisseau de Reinhard. Schenkopp c’est l’archétype de l’homme fait pour se battre et possédant la verve d’un Achille sur le champ de bataille. A la manière du héros grec il terrasse tous ses adversaires et meurt d’un coup lâche dans le dos. Il fallait tuer le personnage avant qu’il n’atteigne ses 50 ans, avant qu’il ne doive supporter d’être appelé grand-père. Son passé n’est pas clairement défini. S’il parait un playboy, il est vraisemblable que Katerose soit le fruit d’un amour véritable car les propos de son père montrent qu’il n’est pas du genre à jouer avec les femmes malgré les apparences. Mais Schenkopp est aussi proche du spectateur car il représente ce que tous le monde désire en vain durant Vermilion : que Yang ordonne de tirer et change l’histoire. Un véritable combattant qui meurt de manière mythique dans une mer de sang. S’il est un véritable archétype du héros charismatique, vaillant et aguerri dans GinEiDen, c’est bien lui.

Oskar von Reuenthal

Il prouve avec Oberstein qu’un regard atypique est le plus sûr moyen de rendre un personnage marquant. Reuenthal frappe par ses yeux vairons, mais ce n’est pas gratuit et cette dualité se retrouve de manière essentielle dans un héros ancré dans le passé, à l’instar de Reinhard. On surprend très souvent le personnage à se contempler dans une vitre ou un miroir en réfléchissant aux raisons de son existence. Il se fixe dans les yeux, ces yeux symbolisant et rappelant que son existence n’aurait jamais dû être car elle est le fruit de l’adultère. Il est poursuivit par l’image maternelle dont il a causé le suicide et son père lui-même l’a renié. Ce passé instaure en lui un caractère égocentrique qui contraste avec celui d’Oberstein car à la fois complexe et complexé, il incarne l’ambition et l’honneur. Reuenthal est en ce sens beaucoup plus actif que Mittermeyer car il n’hésite pas à exécuter même les soldats fautifs sur les champs de batailles tandis que son ami se contente d’y assister solennellement. Il désire faire ses preuves mais doute de ses capacités et semble ne jamais devoir se soulever contre le roi malgré la fameuse conversation où on le sent brûler du désir d’affronter Reinhard. La scène est flagrante et montre le héros frappé par un déterminisme. Il est difficile de comprendre la surprise du roi quand la trahison de son vassal se révèle tellement le danger que Reuenthal représentait a toujours été évident à ses yeux. Il devait finir par trahir Reinhard, c’était programmé, inévitable, mais il aura fallu que l’homme soit poussé dans ses derniers retranchements pour le faire. Son honneur se trouvant bafoué dans une vaste fumisterie, il ne veut rendre de compte à personne et se sent obligé de suivre la pente qui lui est présentée. Le personnage désire alors affronter son ami Mittermeyer dans un combat épique. Il reçoit un pieu en pleine poitrine durant la bataille mais persiste malgré tout à rester aux commandes de sa flotte jusqu’à la défaite. Reuenthal semble avoir hérité de la malédiction du couple dérangé. Par quel coup du sort devient-il père alors que son ami Mittermeyer, qui a la chance de vivre un amour épanoui, espère en vain depuis huit ans un avènement? Son enfant, produit d’une relation houleuse, semble uniquement devoir perpétuer sa présence aux côtés de son ami.

Bilan

Ce qui frappe dans GinEiDen, c’est la multiplicité des figures héroïques présentées. Essayons de les résumer en un mot. Reinhard, c’est le conquérant : celui qui a un but et cherche l’extension du pouvoir politique. Yang est un idéaliste car il prône des valeurs difficiles à établir mais persévère dans sa tâche. Oberstein, c’est le stratège qui semble voué et la planification de l’Empire et à anticiper les complots. Schenkopp, c’est le vétéran qui subit les brimades de Poplan à ce sujet et forme Julian au combat à mains armées. Reuenthal, c’est l’orgueilleux qui veut s’affirmer et refuse de fléchir sous l’infamie. GinEiDen nous offre ainsi une palette impressionnante de héros qui échappent parfois à la définition classique.

Autre point qui semble édifiant : parmi les personnages choisis de manière totalement subjective, aucun ne survit aux évènements de la série. Ils subissent tous un trépas propre mais qui reste la plupart du temps sobre. Il s’agit le plus souvent d’une mort en beauté au contraire de ces soldats qui déambulent dans un vaisseau en flamme en se tenant les intestins en place. La série montre aussi que le héros n’a finalement plus aucune signification en dehors de l’action héroïque : la mort des cinq protagonistes marque la fin de l’histoire évènementielle de GinEiDen et le commencement d’un monde où ils n’auraient plus aucune raison d’être.

« Legend of the Galactic Heroes – 1. Critique   *   Legend of the Galactic Heroes – 3. Epopée »

7 réflexions au sujet de « Legend of the Galactic Heroes – 2. Héros »

  1. D’abord, c’est toujours un plaisir de lire ce genre d’articles alors bravo :). Je spoile aussi dans mon commentaire, attention.

    Ensuite, je suis étonnée que le Galactic Nix n’ait pas encore pondu un commentaire de 3km de long, mais passons…

    Concernant Reinhard, je rajouterais quand même l’importance de la disparition de Kircheis dans sa psychologie future et dans sa dimension « tragique ». Cela me semble assez indissociable du personnage. Et je dirais que Yang n’est pas « simplement gêné » de sa blessure (fatale T_T), mais qu’il sait très bien ô combien sa mort va décevoir et attrister ses compagnons. Surtout une mort à la con comme ça ! Mais c’est clair qu’il pense d’abord aux autres, aux conséquences et pas à sa propre fin…

    Vivement la suite :3 !

  2. Waow quelqu’un a lu mon pavé merci pour ce commentaire et ton compliment ;)

    Je te suis tout à fait dans tes propos. Pour Kircheis, il est sûr que sa disparition a des influences sur Reinhard et je suis persuadé que leur amitié est affadie à sa mort car Westerland en a eu en partie raison. Reinhard ne cherche pas à se justifier et la disparition de Kircheis vient accroître ses remords vis-à-vis de sa passivité.

    Pour Yang c’est dur à croire qu’une telle blessure soit fatale… C’est plutôt élégant comme mort je trouve ^^ » Sa mort m’a bien embêté car il reste le personnage le plus proche du spectateur, le plus attachant…

    Il y aura sûrement une partie 3 mais j’en ignore jusqu’au contenu pour l’instant o_O c’est pas la matière et les idées qui manquent…

  3. Moi aussi j’aime beaucoup Yang et donc j’étais très triste T_T (et je ne l’ai pas vraiment vu venir).

    Allez allez la partie 3, tu auras au moins une lectrice :D (enfin je ne dois pas être la seule à avoir lu même si y’a pas eu d’autres commentaires).

  4. Non, certainement pas et je suis conscient que l’article s’adresse à un petit public : il spoile à fond une longue série que peu ont vu et que beaucoup sont sur le point /en train de voir.

    Il y aura une partie 3… quant à savoir quand… mystère ^^ »

  5. Un peu à la bourre mais bon, je tenais à commenter…

    (spoil + gros pavé)

    En fait je suis d’accord avec ce que tu as écrit, mais je suis assez étonnée de ne pas voir figurer Mittermeyer qui est certainement le personnage de l’anime se rapprochant le plus du héros comme on peut le concevoir… Il est droit, noble, juste, fidèle, un ami sur qui on peut compter, un époux aimant, etc…
    Comme tu le soulignes, il est quasiment « effacé » par Reuental qui brille beaucoup plus que lui tout au long de la série, mais le point que j’avais justement trouvé intéressant, c’était cette opposition entre les deux personnages. Reuental tiens plus du anti-héros alors que Mittermeyer est l’incarnation même du héros classique. Pourtant Reuental malgré tous ses défauts vit pleinement et heureux (il n’est pas triste de mourir et ne regrette rien) alors que Mittermeyer va échouer à le sauver, alors qu’il est son meilleur ami, tout ça par obéissance envers Reinhard. Et il y a, comme tu l’a dit, la question de l’enfant.

    Pour Yang, d’une part il a pris la balle dans une artère et d’autre part, son pseudo garrot l’a achevé, puisqu’il l’a fait sur la blessure, contribuant grandement à le vider de son sang… Perso je l’avais pas vu venir (pas si tôt dans l’histoire en tout cas) et je trouve ça terrible précisément parce que c’est une mort complètement stupide. Aujourd’hui personne oserait faire un truc pareil dans un anime…

  6. C’est très juste comme remarque : Mittermeyer est sûrement le héros le plus classique de GinEiDen. Je suis parti de l’idée de présenter mes 5 favoris à la base et Mittermeyer est un personnage bien moins marquant que les autres. Mais en l’occurrence il aurait bien illustré mon propos il est vrai.
    Pour Yang, t’es sûre qu’il contribue à sa propre mort? Ça semble étrange….

  7. (désolée je n’avais pas vu ta réponse, on dirait que le suivi de commentaire ne marche pas chez moi O_O)

    En ce qui concerne Yang, je ne fais pas médecine donc je ne pourrai pas le confirmer, mais il me semble assez logique que mettre un tissus SUR la plaie (et pas en amont) a contribué à l’achever. En plus il est dit à plusieurs reprises que Yang, tout génie qu’il soit, est un très mauvais soldat et je trouve que ça irait bien dans ce sens là :)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s