Kannagi – tempête sous un crâne

Parmi les séries de cet automne, Kannagi est une véritable curiosité. Un peu dans la lignée de La Mélancolie de Suzumiya Haruhi dont on retrouve d’ailleurs une partie du staff et aussi certains aspects surnaturels mais sans atteindre le niveau de son ainée. Je vais ici aborder tous les éléments qui m’ont frappé en m’intéressant essentiellement au personnage de Nagi, à la gente féminine et aux questions qui sont restées sans réponse. Attention, je dévoile des instants clés de la série.

kannagiLe rideau se lève sur un souvenir d’enfance de Jin durant lequel il fait une rencontre pour le moins féerique près de l’arbre sacré du sanctuaire. C’est une fausse mise en route car la série aura lieu quelques années plus tard. Jin est alors un jeune adolescent dans la fleur de l’âge, en pleine recherche de soi et qui semble vouloir s’engager dans la voie de l’art.

Qu’est-ce qui l’a poussé à sculpter cette figure féminine dans la pièce de bois? Un souvenir du passé ou l’inspiration de quelques modèles sculpturaux, peu importe. L’essentiel c’est qu’il a créé une drôle de demoiselle qui rappelle  la déesse du sanctuaire mais qui possède surtout un véritable charisme et un design original. Contrastant avec la banalité du jeune homme, Nagi frappe par son excentricité.

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Une couleur de cheveux qui surfe sur la vague Rei Ayanami, une frange et des favoris coupés au carré, une corpulence rachitique et planche à pain, la jeune fille a pris les formes de la sculpture de Jin, héritant quelque peu de l’absence d’inspiration de son auteur qui semble avoir fait un mix étrange entre les copies de quelques statues bouddhistes ou aztèques. Et pourtant le personnage de Nagi a déclenché un sacré buzz dans l’univers otake et en aura fait fantasmer plus d’un. Elle possède un caractère colérique typiquement féminin, une tendance à dominer son interlocuteur en le prenant de haut, un penchant pour les commérages et le mensonge.  Originellement impudique  et vicieuse, cette personnalité associée à un physique tout sauf banal en a fait une véritable déesse dans les esprits des otakes.

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Tempête sous un crâne

Mais la déesse va évoluer et la personnalité de Nagi est en fait plus étrange qu’elle ne paraît. La divinité semble s’être logée dans la statue en voyageant sous terre et a donné vie au reliquat de l’arbre sacré. Mais comment expliquer la double personnalité de Nagi? Pourquoi la déesse semble-t-elle cohabiter avec un personnage autre alors que le corps a été créé comme réceptacle pour son âme seule? Le processus différait radicalement de celui de Zange dont la divinité s’est emparé d’un corps, faisant intrusion dans l’esprit, dérangeant l’intégrité de la personnalité de Zange.

kannagi-06-large-09Les troubles de la personnalité de Nagi rappellent quelque peu l’absence de confiance en soi de son créateur. En fait Nagi a développé un ego en fréquentant Jin. On en peut pas parler d’éducation car elle était déjà douée d’un entendement et d’une compétence de réflexion comme en témoigne la façon dont elle explique à Tsugumi les raisons pour lesquelles elle habite avec Jin. Mais il est évident que cette proximité a développé chez elle quelque goûts d’otake et un certain laxisme que l’on retrouve par exemple dans une alimentation très particulière et parfois limite malsaine. Nagi est aussi un personnage au comportement et aux mœurs typiquement décalés. Son interprétation lors du karaoké en être une preuve flagrante.

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Mais surtout, Nagi ne sait pas elle-même pourquoi elle existe. On retrouve le même problème chez Zange mais avec beaucoup moins d’ampleur. En fait, c’est comme si Jin avait instauré dans sa création toutes les questions existentielles qu’il nourrissait. Pourquoi la demoiselle s’est-elle matérialisée? Le final ne livre pas vraiment de réponse concrète. On sait que Nagi est une divinité qui protège autrui mais difficile se savoir pourquoi (et comment) elle prend forme dans le premier épisode. C’est au moment où Nagi se rend compte dans l’épisode 11 que Jin a trouvé un sens à sa vie dans l’art que la déchirure se produit dans son ego. Elle ne supportera pas les questions que lui posera Jin sur son existence, ce d’autant plus que le jeune homme a désormais compris qu’elle ne peut lui donner de réponse.

Une quête bien étriquée

kannagi02_17On lui attribue vite une tache. Que signifie la bataille contre les impuretés? Certainement un simple prétexte à son existence tellement le combat semble dénué d’intérêt et vite abandonné. N’empêche que son efficacité est réelle : le jeune homme dont Nagi a détruit l’insecte dérangeant durant l’épisode 2 se porte bizarrement mieux. Mais cette bataille n’est peut-être qu’un moyen pour Nagi de se donner un but, de légitimer son existence et qui est étroitement calqué sur la série de magical girl qu’elle suit assidûment.

On se demandera toujours si à l’épisode 3 les producteurs se sont rendus compte que les bases du scénario auraient du mal à aboutir à un scénario intelligent et enthousiasmant et se sont vus obligés de laisser de côté cette lutte contre les impuretés, lutte qui ne réapparaîtra que de façon anecdotique. kannagiLa rencontre avec Zange est ainsi un véritable tournant dans la série.

Zange est un peu le côté obscur de Nagi de par son essence même nous l’avons vu. Sa présence a le mérite d’éclaircir certaines choses : les divinités doivent être au centre des attentions, s’attirer un maximum de bienveillance pour que leur pouvoir subsiste et qu’elles ne soient pas condamnées à disparaître. Mais le personnage vient surtout participer au harem qu’il faut à présent aborder.

Un concentré de fan service

kannagi-06-large-31Car oui, Kannagi est aussi un concentré de fan service et de romance platonicienne. Rien ne nous est épargné. Les plaisanteries sur la poitrine de Nagi foisonnent à tel point que le topos conclut la série. Il n’est pas rare de voir Jin se balader avec une petite culotte en main. Les personnages laissent souvent libre cours à leurs fantasmes : relation incestueuse, homosexuelle, triangulaire, sado-masochiste, toutes les tares viennent déranger les esprits les plus tordus. Ces aspects servent bien l’humour mais sont quelque peu décalés dans ce genre de série. On a même droit a un épisode spécial maids-girls qui ne semble exister que pour montrer que Jin est attiré par Nagi. Le pire niveau fan service, c’est que la série nous laisse sur cet aspect : les dernières scènes nous dévoilent Nagi comme jamais. N’y avait-il rien de mieux à faire en guise de conclusion? Un clin d’oeil à la mythique scène d’Evangelion?

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Je passe aux questions que la série laisse en suspens. J’ignore si une suite est prévue mais il y aurait matière à en faire une. Que devient la jeune fille hantée par la divinité sœur de Nagi? On a eu droit à une sérieuse ellipse du sujet car le père de Zange s’inquiétait vraiment de la situation et voulait rendre son intégrité à sa fille. Et qu’en est-il de sa rivalité avec Nagi destinée à recueillir le plus grand nombre d’adeptes pour accroître ses pouvoirs magiques?

Excentricité féminine

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Shino et Takako, deux personnages secondaires très réussis. La seconde est amatrice d’inceste, de fantasme, de yaoi, de moe et pourrait être une grande idole si elle ne faisait pas peur par sa dégaine et sa moralité. Shino, c’est un kannagi-10-large-03peu son gourou qui réfrène ses ardeurs et qui cache un mystérieux regard… Un couple de charme détonnant. Et pour finir la petite fille un peu perdue dans ce staff féminin (notez avec quel mépris j’ignore les hommes), Tsugumi qui a le rôle ingrat de l’amie d’enfance éprouvant des sentiments interdits  et platoniciens (ou pas) envers Jin dont elle est un peu la grande sœur. Une adjuvante vraiment inutile mais qui vient garnir les rangs du harem. On sait qu’elle cuisine mal, chante mal, saigne du nez et ouvre trop sa grande gueule.

kannagi10_12Kannagi est donc une série tranche de vie originale mais dont le scénario semble s’être perdu en cours de route. Au final, beaucoup d’interrogations subsistent et nous laissent perplexes concernant la destinée des différents protagonistes. Le harem nous est certes finalement épargné mais le fan service est présent. kannagi10_13Je retiendrai surtout de la série la personnalité et le design de Nagi qui fera sûrement date. Sans oublier sa superbe interprétation d’une chanson populaire fièrement scandée du haut de son accoutrement de montagnarde avec une verve et un rythme sans pareil et une contenance de rigueur. On n’oubliera pas non plus la superbe performance de Takako, la plus pervertie de nos demoiselles. Même si la scène dévoile sa face cachée avec un soupçon de mauvais goût, difficile de rester insensible devant des poses  irrésistibles!

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6 réflexions sur “Kannagi – tempête sous un crâne

  1. Je pense que Nagi avait déjà un ego avant de s’incarner, à peine capable de bouger qu’elle avait déjà son sale caractère et on voit juste après que la disparition de son arbre la choque et pas qu’un peu. Ses accrochages quotidiens avec Jin n’ont par contre pas arrangé la chose.
    Pareil pour son gouts pour les animes, Jin est tout sauf un otaku (surtout comparé à Takako et Akiba), elle les a connus chez lui mais pas par lui.

    >La seconde est amatrice d’inceste
    Ça la ferait presque passer pour une criminelle ça :p

  2. « On a même droit a un épisode spécial maids-girls qui ne semble exister que pour montrer que Jin est attiré par Nagi. »

    À mon avis t’as pas lu manga. ^_^

  3. Comme le dis Zéfling, l’anime de Kannagi suit quasiment à 100% le manga , j’ai commencé à lire le manga après avoir vu l’anime histoire de voir comment il était et j’ai trouvé bien moins de saveur, c’est trop identique :p.

    Donc oui, il y a matière à faire une suite. Après tous dépendra des ventes, etc, etc et pis aussi, la fameuse « crise » que les otak’ ont connu pendant la parution d’un certain chapitre.

  4. À propos de Tsugumi : « Une adjuvante vraiment inutile mais qui vient simplement garnir les rangs du harem. On sait juste qu’elle cuisine mal, chante mal, saigne du nez et ouvre trop sa grande gueule. »

    Je crois que jamais personne ne l’avait aussi bien cerné x).

  5. Tsugumi saigne du nez? J’ai loupé un épisodes? Oo’

    C’est vraiment dommage pour le scénario…du coup il nous reste une série tranche de vie. J’ai l’impression que l’auteur à perdue ses idées en cours de route. Heureusement que ça reste un bon plaisir.

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