Your Name. Un nom à oublier?

Aujourd’hui, j’aurais dû vomir tout mon dépit sur les deux dernières saisons d’anime. Je trouve avec le film Your Name une bonne occasion de ne pas le faire, bien qu’il symbolise lui aussi les dérives de l’animation et sa cause perdue. Avec ses milliards de recettes et ses millions d’entrées après un mois d’exploitation en salles au Japon, le dernier Shinkai est un succès. Pour renflouer ses caisses, le maître a compris qu’il fallait descendre au niveau du peuple. Et le peuple n’est pas difficile : il veut de jeunes adolescents dans la fleur de l’âge, des échanges de corps, des voyages dans le temps et de l’émotion tout plein.

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Your Name raconte l’histoire de deux adolescents, Mitsuha et Taki. La première habite à la campagne dans une famille qui protège les anciennes traditions. Elle doit danser comme prêtresse durant les rituels shintos et faire bonne figure durant la campagne électorale de son père. Fatiguée de sa situation, elle souhaite habiter la capitale dans une prochaine vie. Taki est justement un lycéen de Tokyo qui travaille à temps partiel dans un restaurant et envisage de faire des études en architecture. Ces deux jeunes gens ne se sont jamais rencontrés. Pourtant ils vivent ensemble une étrange expérience, des rêves mutuels où ils échangent leur existence…

On pensait avoir fait le tour de cette thématique du « body swap » avec Kokoro Connect ou encore avec le dernier manga lubrique de Shūzō Oshimi, Dans l’intimité de Marie. Jamais je n’aurais imaginé celui qui m’a tellement bercé par sa poésie subtile dans 5cm par seconde et Le jardin des mots recourir à une ficelle aussi grossière. En l’occurrence, Your Name est certainement le film de Shinkai qui verse le plus dans le second degré avec un humour à répétition et de circonstance. Ainsi Yotsuha est-elle interloquée de voir sa grande sœur tripoter ses seins à chaque réveil. Il fallait bien que Taki profite de ce rêve un peu trop réel. En fait, tous les deux profitent de la situation car de son côté Mitsuha s’amuse à faire évoluer la vie sentimentale de Taki. Si c’est une ficelle que je critique, le « body swap » est à l’origine du principal enseignement du film : la façon dont chacun rend l’existence de l’autre plus intéressante.

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On assiste dans la première partie du film à des échanges de corps irréguliers où les personnages tentent difficilement de communiquer et ont tendance à perdre la mémoire du temps passé dans le corps de l’autre comme ils vivent ces escapades comme un rêve. Ces aller et retours entre les protagonistes semblent aléatoires mais le premier quart d’heure est consacré à Mitsuha, qui est certainement le personnage dont la personnalité a été le plus approfondie. L’auteur n’a rien à dire à propos de Taki, jeune homme banal au possible, et c’est d’ailleurs à travers la pétillante Mitsuha que l’on explore son quotidien dans la capitale, sans savoir où est l’école ni le restaurant auquel il travaille. Si la jeune fille est l’héroïne de la première partie, Taki est le véritable acteur de la seconde. Le film bascule alors de la tranche de vie à un style aventure postmoderne qu’il serait impossible d’aborder sans spoiler. Your Name, c’est un peu l’art de verser dans tous les registres et de satisfaire toutes les aspirations du public.

Your Name est un film à la réalisation somptueuse qui possède la touche Makoto Shinkai. Cependant, si les paysages urbains et bucoliques sont sublimes et que leurs contrastes s’avèrent saisissants tout au long du film, je n’ai vu nulle part ces couleurs romantiques de 5cm par seconde dont quelques fonds d’écran traînent encore sur mon ordinateur ni même ces effets de lumière qui agrémentaient Le jardin des mots. La bande sonore n’était aussi pas à la hauteur de celle de notre regretté Tenmon. A la surprise générale, Makoto Shinkai a cette fois choisi de collaborer avec un groupe de rock pour ponctuer certains moments clés par des chansons. Un choix surprenant au vu des antécédents du maître mais pas vraiment en inadéquation avec la poésie des lieux et l’ambiance du récit. Il s’agit vraiment de chanter l’adolescence, ses épreuves, ses errements, ses désirs, le courage qui guide ses choix. Mais là aussi, on sent que le désir du maître répond aux goûts du peuple au détriment de ses premiers admirateurs.

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Makoto Shinkai possède des thématiques bien à lui, introduites dans Hoshi no Koe : la distance qui sépare les gens qui s’aiment, la fuite du temps vers l’avant. Cette distance entre les êtres est métaphorisée une fois encore par les trains que prennent les deux protagonistes pour tenter en vain de se rejoindre. Là encore, l’image était plus marquante dans 5cm par seconde. Les clichés scénaristiques se trouvent aussi mélangés à des thèmes folkloriques en lien avec le shinto. Au centre des enjeux, la grand-mère de Mitsuha nous explique ce qu’est le « musubi », cette volonté qui gouverne le flux du temps et la destinée, qui relie les gens et les sépare. Tout ce qui fonde l’oeuvre de Makoto Shinkai en quelque sorte. Un lien métaphorisé tout au long du film par le fil rouge du destin qui attache les cheveux de Mitsiha. Un lien qui nous échappe quelque peu comme en définitive, nos deux jeunes gens ne se connaissent pas. D’où la superficialité de la romance sous-jacente.

Si j’ai passé un bon moment en regardant Your Name, et que ces deux heures proposent un instant d’animation infiniment meilleur que tout ce que j’ai pu voir ces derniers mois, je n’ai pu m’empêcher de me sentir contrarié tout au long d’un récit tiré par les cheveux. Là où 5cm par seconde parvenait vraiment à m’émouvoir en jouant de subtilité, Your Name m’a fait sourire en puisant dans les clichés du body swap, des paradoxes temporels et du fil rouge du destin. Si cela s’avère suffisant pour renflouer les caisses de maître Shinkai, c’est insuffisant pour renflouer un autre navire en perdition. Car au final, Your Name marque le chavirement définitif de l’animation actuelle et montre que ses maîtres sont obligés de monter à bord du même navire que leurs congénères pour toucher un large public. Si le prochain film de Makoto Shinkai ne quitte pas le navire, je risque de rétrograder le maître au rang bâtard de réalisateur dont j’oublierai le nom.

Mes mangas en cours de publication

Chaque fois que j’envoie une commande à Amazon, je me rends compte que je suis toujours plus de séries en parcourant mes étagères. Pourtant, comparé à la quantité de nouveaux titres qui paraissent chaque année, je reste raisonnable. Par éditeur, voici un petit tour d’horizon des mangas que je me procure actuellement.

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Ki-oon (sept séries en cours)

Ce n’est pas un secret : Ki-oon est devenu mon éditeur préféré ces dernières années. Son catalogue est de loin celui qui me parle le plus avec pas moins de sept titres en cours. Tout récemment je lisais le dernier volume d’Ad Astra, un manga qui traite avec un certain panache des Guerres Puniques. Après la prise de Syracuse, celle de Carthagène : tout s’enchaîne à bon rythme sans négliger les enjeux et stratégies de chaque bataille. Cesare est un autre manga historique signé Fuyumi Soryo qui paraît désormais au rythme de publication de l’auteur avec un volume par année. L’auteur dessine admirablement bien les paysages de la Renaissance et ses ressorts politiques. Changement d’époque et de contrées avec Bride Stories, de Kaoru Mori. Le dernier volume était consacré à la jeune Pariya, qui prépare péniblement sa dot. On s’attache beaucoup à ce bel univers même si l’intrigue flotte quelque peu. Concernant The Arms Peddler, j’aime beaucoup le trait de l’auteur et l’univers fantasy. Difficile cependant de crocher et de se remettre dans le bain à chaque parution tellement elles sont rares. Dans le registre tranche de vie, Amanchu n’arrive pas à la cheville de l’œuvre phare de l’auteur, Aria. Il faut avouer que la magie opère moins. L’univers et les personnages ne sont pas aussi enchanteurs et on peine à partager la passion des jeunes filles pour la plongée. Barakamon s’avère toujours aussi sympathique après 11 tomes et donne bien envie de partir habiter dans un coin perdu. Mon dernier coup de cœur en date est Père et fils, l’histoire d’un herboriste ambulant et de son fils. Une œuvre à la croisée de My Girl et de Mushishi en quelque sorte, qui aborde avec beaucoup d’émotions le rapport père-fils, l’absence de la mère.

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Pika (cinq séries en cours)

Je n’apprécie pas trop l’éditeur car il tend à délaisser les séries moins rentables. Si j’espère encore voir de mon vivant ma collection de Nodame Cantabile achevée, je suis satisfait de voir que Space Brother continue son petit bonhomme de chemin. Des séries que je me suis procurées les yeux fermés grâce à l’anime et dont je ne regrette pas l’investissement. L’Attaque des titans semble voir son dénouement poindre le bout du nez, avec la révélation qui attend Eren et sa clique dans le sous-sol de sa vieille maison. Espérons que l’auteur ne se foire pas trop car jusque là c’est du tout bon spectacle malgré quelques baisses de rythme. J’aime aussi beaucoup Seven Deadly Sins bien que l’arc des tens commandments me tape un peu sur les nerfs avec ses révélations sur le premier arc et sa façon de donner des points de compétence aux personnages. Et enfin Billy Bat me tient toujours en haleine malgré les vents et tempêtes de critiques essuyées par la série. Une lecture qui m’a incité à faire des recherches autour du canular de la conquête lunaire et de la théorie du complot du 11 septembre. Ce n’est pas rien.

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Kana (trois séries en cours)

Kana perd du terrain ces dernières années et cela se vérifie avec seulement trois séries en cours chez moi. A commencer par Real, qui est à mon avis le meilleur titre de Takehiko Inoue dans sa façon d’aborder sport et handicap. Sinon je passe toujours un bon moment en compagnie des quatre sœurs dans Kamakura Diary. Malgré une situation familiale assez complexe, on apprécie en leur compagnie la douceur du quotidien. Et je n’oublie pas que Kana reste l’éditeur de Me and the Devil Blues qui, après une longue interruption, est entré dans son dernier arc il y a bientôt deux ans… aux dernières nouvelles…

Kurokawa (trois séries en cours)

Yotsuba, bien entendu, est devenu un rendez-vous annuel obligé. Avec un nouveau personnage dans le dernier volume : la grand-mère. Pour des instants de bonheur et de maladresse toujours aussi indispensables. Autre titre incontournable de l’éditeur : Vinland Saga, une aventure dans les terres du Nord qui a pris un tournant ces derniers volumes avec le périple entrepris en Grèce par Thorfinn et ses compagnons. Le Vinland se rapproche. Incontournable, One-Punch Man l’est un peu moins.  La lecture du manga s’avère un peu moins jouissive que l’anime qui donnait une bonne dynamique à l’ensemble. Pas grave, le héros reste sympathique avec sa tête d’œuf et j’ai envie de voir la suite de ses aventures.

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Komikku (deux séries en cours)

Il est agréable qu’un nouvel éditeur publie des titres qui répondent à ses goûts. Je me fais plaisir chez Komikku avec The Ancient Magus Bride, une œuvre au trait sublime. L’histoire raconte la destinée de Chisé, une humaine aux pouvoirs surnaturels qui a été recueillie par un sorcier mystérieux. Nous revisitons le petit monde des fées et des légendes sylvaines. J’apprécie aussi énormément ARTE, nouvelle plongée dans l’univers de l’art et de la Renaissance mais avec beaucoup plus de légèreté que le trop strict Cesare. On s’attache beaucoup à l’enthousiasme et au courage de l’héroïne qui se bat dans une société qui laisse peu de place aux femmes.

Et les autres

Je ne suis qu’un seul titre chez Glénat : One Piece, qui vient de conclure l’assaut contre Doflamingo. C’était long… J’ai beaucoup de mal à reprendre l’aventure chaque mois et à trouver mes repères tellement l’univers d’Oda devient grand et complexe. J’espère que le prochain arc stimulera mon intérêt pour la série sinon c’est la mort dans l’âme que j’ajouterai le volume 81 à côté du tas. Chez l’éditeur Kazé, qui devait prendre de la place sur le marché, je ne suis que Moonlight Act. Une plongée très sympathique dans l’univers des contes qui introduit des réflexions intéressantes sur les rapports entre l’auteur, l’œuvre ses personnages et le lecteur. Terminons la liste avec Séki, mon voisin de classe, chez l’éditeur Akata. Après sept volumes, on ne se lasse toujours pas des bêtises de Séki. L’auteur possède une imagination débordante. Le problème se situe plutôt du coté des réactions de Yoko qui sont, elles, un peu répétitives.

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Je disais être raisonnable et pourtant je suis la parution de 24 séries… Je me tâte encore pour d’autres : j’ai entendu beaucoup de bien du premier tome de Chiisakobé mais je n’ai pas eu de retour des suivants. Les enquêtes de Kurokôchi me font aussi de l’œil. J’ai essayé de lire quelques chapitres du Chef de Nobunaga en librairie, sans trop accrocher. Et un certain Dead Dead Demons Dededededestruction devrait tomber sous peu dans mes filets.

Eroge et gameplay (le retour!)

Je parlais il y a un an de quelques eroges proposant des éléments de gameplay que j’avais essayés. Depuis j’en ai testé quelques autres. Parfois par simple curiosité ou alors pour ne pas décrocher. Je les présente rapidement dans ce petit billet qui s’attache pour l’occasion la mise en page de la ludothèque RPG. On dira qu’il s’agira de quelques titres « spéciaux ». J’espère donner envie à certains d’essayer des jeux parfois terriblement addictifs.

sans-titre-4Produit par le studio Eushully, Ikusa Megami Zero est peut-être l’eroge le plus proche du genre RPG auquel j’ai joué. On y trouve une formidable alchimie entre promenades dans les donjons, combats classiques et éléments de visual novel. Le challenge, très intéressant au départ, s’essouffle un peu à force de grind mais le scénario contient d’énormes plot twists et l’ambiance devient étrange. J’espère que d’autres titres de la saga seront traduits, ne serait-ce qu’approximativement.

Sans titre 2.jpgUn petit mot à propos de Kichikuu Rance. On se prend volontiers la tête à élaborer des stratégies (du Dragon Force sans les balades en temps réel sur la map) afin d’utiliser au mieux ses tours d’action et de conquérir les généraux ennemis remplissant le harem. Le scénario n’est pas en retrait, jonglant entre moments sérieux et facéties d’un Rance toujours aussi lubrique et loufoque. Un jeu de légende à essayer au plus vite, meilleur que son petit frère Sengoku.

rance 2J’ai aussi joué à Rance 02, le remake. Ici les combats sont classiques, à la Drake. La progression dans les donjons est particulière comme elle se fait sur un plateau du style jeu de l’oie. Une aventure sympathique qui se déroule dans un petit village perdu où Rance doit venir à bout d’une malédiction. J’attends que d’autres titres de la saga soient traduits. La partenariat entre l’éditeur MangaGamer et Alice Soft n’a pour l’instant pas porté ses fruits.

harukaUn éditeur trop occupé à traduire Choukou Sennin Haruka. Un jeu au gameplay étrange et répétitif : le héros doit augmenter les statistiques de trois guerrières ninja en lançant des dés et en effectuant de multiples et variées séances de « synergie dragon ». Je vous laisse deviner ce qui se cache derrière ce mystérieux rituel ancestral. Malgré les jolies scènes érotiques, je n’ai pas été bien loin dans l’aventure tellement la progression s’avérait redondante et manquait d’intérêt.

little witchAutre jeu de dés dans Littlewitch Romanesque. Chant du cygne du studio éponyme dont la patte graphique me plaisait tant. Ici, il s’agit d’apprendre des sorts à deux magiciennes en herbe en jetant des dés. On se laisse bercer par l’ambiance mièvre et bon enfant du titre avant de se rendre compte que le système est frustrant. En effet, on n’a pas le temps de faire toutes les quêtes en une partie car l’apprentissage des sorts s’avère laborieux. Et le newgame + ne les conserve pas.

word worthPetit retour dans le temps avec Words Worth, produit par le studio Elf (auquel nous devons Yu-No). Le héros parcourt un donjon en vue subjective en pourfendant des monstres. Les combats en temps réel ne lassent jamais malgré le grind car il y a une foultitude de boss parfois coriaces à rétamer. Words Worth s’appuie sur un scénario bien mené et des personnages charismatiques. Attention, il n’est pas rare de voir dans une cave un sympathique démon violer une guerrière.

Parlons aussi de raidy 2Raidy 2. C’est une saga assez particulière. On parcourt également des donjons en vue subjective mais les combats se font à la Dragon Quest, avec des ennemies toujours mignonnes qui se font dénuder à la fin. La particularité du jeu, c’est que Raidy, l’héroïne que l’on incarne, doit souvent vendre son corps pour progresser et qu’à chaque étage, un boss l’attend… et il faut perdre pour voir Raidy se faire violer. Le tout reste très second degré et répétitif.

Sans titre 5.jpgJ’ai essayé tout dernièrement Bunny Black. C’est le même principe que Raidy mais avec des combats de groupe bien plus affûtés. Au début, la difficulté semble énorme mais après quelques petits jobs, on peut engager des partenaires et former une équipe destructrice. On passe l’essentiel du jeu à nettoyer des couloirs bien monotones pour que le héros (un ersatz de Rance en moins drôle) grimpe les échelons qui mènent au rang d’Overlord.

Sans titre 6.jpgJ’ai testé Seinarukana, un titre qui semblait sympathique mais que j’ai abandonné lors de la première bataille stratégique qui se déroulait sur la map ci-contre car je n’ai pas voulu comprendre le principe de ces affrontements. Les combats en ligne rangée s’avèrent en outre peu immersifs car ils n’impliquent le joueur que dans la mise en place des personnages. Je réessayerai peut-être un jour, quand j’aurai la patience nécessaire pour apprivoiser les ficelles du jeu.

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Parlons enfin d’Eiyuu Senki, véritable clone de Sengoku Rance mais dont la conquête se déroule sur une vraie carte du monde et sans contrainte de temps. On croise le fer avec des lolis incarnant des célébrités de tous les pays : Nobunaga, Marco Polo, Aristote et Napoléon, toutes dessinées par le défunt studio Littlewitch. On accroche sans aucun mal à cette palpitante conquête du monde mais le scénario n’a pas grand intérêt et de fastidieuses phases de dating sims viennent la freiner.

C’est tout pour ce petit tour d’horizon. Tout cela ne vaudra bien-sûr pas un bon RPG mais chaque titre possède une originalité qui fait qu’on s’y accroche. Pour la suite, j’attends avec impatience que MangaGamer nous sorte des Rance!

See, Hear, Love – il est aveugle, elle est sourde

Alors qu’il consacrait son existence à dessiner des manhwas, Min Geun Soo devient aveugle. L’un des plus grands plaisirs de Jeon Sori est d’attendre la sortie en ligne des chapitres de « Only for you ». Désespérée par l’absence de mise à jour, elle décide de débarquer à l’improviste chez l’auteur. Cette jeune fille est sourde…

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See, Hear, Love raconte l’histoire d’un jeune manhwaga,  Min Geun Soo. Un manhwaga est l’auteur d’une bande-dessinée en Corée et comme beaucoup, Min Geun Soo publie son manhwa sur un site Internet. On procède donc à une sympathique mise en abîme du propos comme See, Hear, Love est justement un manhwa dessiné par le pseudonyme Nasty Cat et traduit en anglais sur la plateforme officielle Spottoon.

Ce webcomic coréen possède une touche graphique particulière. On sera surpris par l’abus de SD dans les premiers chapitres. Le trait simpliste de l’auteur rend les personnages particulièrement attachants et souligne bien leur handicap. Au côté de Sori, Geun Soo semble apaisé malgré ses yeux perpétuellement clos. A contrario, la jeune fille est souvent représentée avec de grands yeux pleins de volonté et un large sourire. On s’attache beaucoup à elle, à son entrain et à ses borborygmes. Les décors ne sont pas très fournis mais rappelons tout de même que les  chapitres se lisent en scrolling vertical et que ce procédé permet de créer des effets de suspens ou de ménager des transitions entre les scènes. Parfois même de suspendre un événement dans le temps.

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Elle est sourde (et muette), il est aveugle. Difficile de communiquer dans cette situation. Sori est obligée d’écrire dans la main de Geun Soo tandis que celui-ci utilise un ordinateur. Les premiers chapitres décrivent à merveille cette mystérieuse relation ainsi que la complémentarité qui s’établit entre les deux êtres. Elle met la brosse à dent dans la bouche de son petit ami; il l’avertit quand la cocotte-minute se met à siffler. Elle observe le feu à un passage clouté; il la pousse de côté quand une voiture approche derrière eux. Elle aimerait l’entendre parler; il voudrait tellement savoir à quoi elle ressemble…

La petite promenade qu’ils entreprennent tous les deux sur la colline permet de goûter à cette douce intimité qui règne au sein du couple et au caractère de chacun. Un moment qu’apprécie tout particulièrement Geun Soo, qui, dans un élan de romantisme, écrit à sa petite amie qu’il aime entendre le son des feuilles tombant sur le sol. La réponse de Sori est un peu plus cocasse que romantique…

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See, Hear, Love n’est pas un simple regard sur le bonheur quotidien de ce petit couple. Les douces tranches de vie des premiers chapitres sont en réalité entrecoupées par celles, bien plus sombres, qui montrent comment Geun Soo est progressivement devenu aveugle. Le lecteur mesure parfaitement la panique qui s’empare de ce jeune homme d’autant plus qu’il doit s’occuper d’une mère qui souffre de démence. La vie entre l’aveugle et la sourde n’est pas un long fleuve tranquille comme beaucoup de personnes autour d’eux refusent d’accepter cette relation improbable. C’est le cas l’assistante manhwaga de Geun Soo et du riche patron d’entreprise qui s’est entiché du sourire innocent de Sori. Au fil du récit, des chapitres reviennent sur le passé de ces personnages qui se sont rassemblés autour de Geun Soo suite à la lecture de « Only for you », à l’instar du sympathique paramedic qui vient souvent en aide au jeune couple. Comme si l’oeuvre était parvenue à agrandir l’univers de son auteur.

Je vous conseille donc vivement la lecture de cette romance trépidante et pas comme les autres. Parce qu’elle décrit la rencontre entre deux handicaps que tout oppose, parce qu’elle présente des personnages sympathiques au background bien creusé, parce qu’elle possède cette délicieuse pointe de mélodrame propre à beaucoup d’œuvres coréennes.

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Depuis mon article consacré aux webcomics coréens, beaucoup d’eau a coulé sous les ponts. La première oeuvre dont je parlais alors a été publiée dans nos contrées où le titre est devenu Dix-huit et Vingt ans. En ce moment, on suit la sortie de ReLive chez l’éditeur Ki-oon, qui vient d’être adapté en anime. Je suis néanmoins trop perplexe à l’égard de la mise en papier d’œuvres faites pour être lues en scrollant les chapitres pour investir là-dedans. Dans le même genre, je vous conseille Annarasumanara, la rencontre entre une jeune fille en détresse et un mystérieux magicien dans un parc d’attraction abandonné ainsi que The Friendly Winter qui met en scène un duo possédant des handicaps tout aussi contrastés mais particuliers : une jeune fille de 19 ans au corps de gamine et un grand garçon de 17 ans avec l’intellect d’un gamin.

Et je fais quoi de tout ce papier maintenant ?

Parfois une passion peut devenir terriblement encombrante. Je parle bien-sûr de celle pour les mangas et je suis persuadé que plusieurs d’entre vous rencontrent le même problème. Une passion qui ne remonte pas à si longtemps que cela comme j’en collectionne depuis bientôt neuf ans. Mon tout premier manga était un volume de School Rumble. Une des rares séries que j’aie abandonnée en cours de route. Il y avait à l’intérieur les instructions de Pika concernant le sens de lecture. Cette fois au moins auront-elles servi à quelqu’un.

Depuis lors, j’ai fait l’acquisition de nombreuses séries, neuves et d’occasion. Petit à petit je me suis trouvé confronté à un problème que je ne soupçonnais pas du tout au départ. Ayant toujours eu une bibliothèque chez moi je n’ai pas eu de difficulté à faire un peu de place pour les premières séries. Mais quand les deux rangées de chaque rayon furent remplies (un système peu pratique, je l’admets), je me suis rendu compte que cette simple bibliothèque ne suffirait plus. J’ai alors bricolé une étagère sur mesure pour les mangas. A peine l’avais-je mise en place qu’elle était déjà à moitié pleine.

Je ne vais pas m’embêter à compter mais j’estime qu’à l’heure actuelle 1500 volumes encombrent mes étagères. Et plusieurs remplissent des tiroirs. Ce n’est pas grand-chose comparé à certains mais je me demande déjà à quoi me sert cette demi-tonne de papier que je ne relirai peut-être jamais et j’appréhende terriblement un déménagement. J’espère que je ne serai jamais réduit à les ranger un jour dans un carton de bananes au fond de la cave et que j’en revendrai quelques-uns même si ce n’est pas évident de trouver preneur dans mon pays. J’ai même songé une fois au recyclage du papier avant de faire plaisir au brocanteur du coin.

Je n’ai pourtant jamais rien acheté à l’aveuglette et ce sont toutes des séries que j’ai été content d’acquérir en leur temps, que je suis toujours content d’acquérir (on me souffle à l’oreille que Lady Georgie va être rééditée : un kilo de papier en plus sur mes étagères), mais dont je me lasserai tôt ou tard. Ce matin encore, le facteur (pauvre de lui) m’apporte un carton d’Amazon, avec deux volumes d’Arte. Je me réjouis de la lecture, moins du moment où je les abandonnerai au côté de leurs congénères.

Bilan anime automne-hiver

60431lDe retour pour un petit bilan des deux dernières saisons. Je ne regarde plus grand-chose mais il reste deux ou trois séries valables pour passer le temps en me lavant des dents.

On commence par la seconde saison d’Haikyuu ! Une série sur le volleyball que je respecte beaucoup car elle traite le sport avec sérieux. La série fait moins le show que Kuroko mais reste terriblement addictive. Malheureusement, j’ai senti une énorme répétitivité avec la saison 1. Là où on introduisait auparavant les personnages, on parle ici de leurs états d’âme. Et après une bonne moitié d’épisodes consacrés aux entraînements, on reprend les qualifications pour le prochain tournoi national. En 25 épisodes, on a certes appris quelques nouveaux trucs mais au final, rien n’a franchement avancé.

Visuellement, One Punch Man en mettait plein la gueule mais une fois passé les séquences sakuga, il ne reste plus grand chose. Le héros arrive à faire sourire avec sa tronche ultra expressive et son complexe d’homme le plus fort de la galaxie mais c’est à peu près tout. Si au début la série m’a fait gentiment marrer avec ses airs de parodie de sentai, le tout s’avère terriblement répétitif. Ça pète dans tous les sens avec des références et des scènes épiques mais usantes à la longue. J’avais tellement de mal à m’intéresser à ce qui se passait que j’ai l’impression de m’être endormi vers le milieu de l’épisode 11 car une heure après je n’étais pas sûr de l’avoir vu. Une petite déception qui ne m’a pas empêché de me procurer le manga… allez savoir pourquoi.

Finissons-en avec l’automne (déjà…) en parlant de Lupin III – l’aventure italienne. Un retour de Lupin III, c’est toujours un gage de qualité au niveau de l’animation. Un retour aux grandes sources du divertissement avec ce format épisodique. Bien sûr, il y a à boire et à manger dans le lot des 24 épisodes mais tout cela est réalisé avec tellement de classe et de dynamisme que l’on ne voit pas le temps passer devant l’écran. Lupin, Fujiko, Jigen et Goemon se trouvent cette fois en Italie dont on peut observer tout au long de la série de somptueux panoramas. Lupin III se marie, va croiser le flingue avec James Bond avant de défier même le créateur de la Mona Lisa. Un cocktail d’aventures détonnant autour d’un dur à cuir aux répliques toujours aussi incisives et qui n’a pas perdu de sa superbe dans sa veste bleue de circonstance. Arrivederci Italia et à tout bientôt Lupin et Cie j’espère.

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Les grands artistes et les voleurs se ressemblent. Tous deux savent comment ravir le cœur des gens.

Lupin III

Sinon j’ai tout de même essayé de regarder quelques épisodes d’Osamatsu-san mais je me suis lassé après les six premiers. La vieille comédie nippone à répétition ne me branche plus vraiment. Ça ne m’a jamais trop plu d’ailleurs. Si quelques blagues m’ont franchement fait marrer, j’étais trop souvent de marbre. J’ai fait la sympathique expérience de regarder un épisode vitesse 2x pour m’amuser. S’il faut tenir le coup avec les sous-titres, j’ai trouvé que cela apportait ce rythme qui manque à l’ensemble.

Cet hiver, j’ai regardé quatre séries. On ne peut pas dire que je n’aie pas apprécié Ajin. Je fais même partie des rares qui auront supporté l’animation en CGI. Le concept de départ était bien pensé avec ces ombres surnaturels hantant des hommes qui s’avèrent doués d’immortalité à leur mort. Je voulais compatir avec la situation du héros mais son caractère froidement calculateur et asocial (et paradoxalement altruiste…) m’en empêchait et au fond je n’arrivais pas à m’enlever de l’esprit l’idée suivante : ce n’est pas si dramatique d’être rejeté par la race humaine dans la mesure où sa nature d’Ajin n’est démasquée… qu’une fois mort. Je regarderai certainement la suite car Satou est vraiment très classe comme méchant mais je ne me procurerai pas le manga.

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J’ai déjà parlé d’Erased. Une adaptation bien négociée mais j’espère que la fin, quelque peu décevante, sera différente dans le manga. Le côté « retour dans le passé » fait toujours mouche et le scénario n’a au fond rien de vraiment original. Reste qu’on se laisse prendre très facilement par l’ambiance de la série. Ajouter des bandes noires horizontales pour accentuer l’effet retour dans le temps était assez bien pensé. Après on pourra critiquer les actions du héros qui pousse la bêtise jusqu’à héberger sa protégée dans un bus désaffecté. Je garderai surtout un coup de cœur pour le personnage de Sachiko, en mère exemplaire.

Je me suis permis une petite friandise avec KonoSuba. J’ai vu pas mal de séries inspirées des RPG et celle-ci est un peu comme les autres, avec peut-être un côté parodie accentué. Le héros meurt et une déesse lui propose de revivre dans un RPG. Il peut choisir une arme… il choisit la déesse. Un pitch peu banal mais très vite laissé de côté, comme souvent dans ce genre d’aventure. Un petit harem se forme autour du héros qui développe des pouvoirs très particuliers et affronte la vie dure du newbie. C’est sympa et divertissant mais très vite oublié.

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Parfois, ce n’est qu’en quittant la scène qu’on peut savoir quel rôle on a joué.

Stanislaw Jerzy Lec

Terminons en beauté avec Shouwa Genroku Rakugo Shinjuu, adapté d’une manga parlant de ce divertissement typiquement japonais qu’est le rakugo. On nous raconte une histoire d’une incroyable profondeur autour de deux enfants admis comme apprentis auprès d’un maître du rakugo peu avant la Seconde Guerre. Deux jeunes hommes que tout oppose mais qui partagent un rêve commun, lié à la réflexion intense sur le rakugo, le divertissement et son évolution à une époque où le petit écran fait son apparition. Les séances de rakugo ne sont jamais trop longues et mettent bien en évidence ses mécanismes, les difficultés insoupçonnées que peuvent rencontrer les acteurs. Difficile à appréhender de prime abord, je me suis laissé prendre au jeu des multiples rôles incarnés par le seul acteur sur la scène. J’ai vraiment adoré cette série et pourtant je n’attends pas vraiment la suite car je doute que le retour à l’époque contemporaine puisse nous procurer les mêmes émotions, la même ambiance. Mais je me réjouis d’avoir tort.

A dans six mois pour le prochain bilan. Boku no Hero Academia, JoJo’s Bizarre Adventure, Amanchu et Orange seront très certainement au menu.

A propos de la fin d’Erased

Erased, c’est sympa, mangez-en. En manga comme en anime. Mais si vous n’avez pas vu la fin de l’anime, faites alt+F4, merci et à la prochaine. Si tout comme moi, vous avez regardé l’anime chez Wakanim et que vous attendez encore la sortie du tome 7 chez Ki-oon – si vous lisez les scans, l’affaire est déjà close – vous aurez certainement remarqué quelques différences entre les deux supports. Et c’est de cela que j’aimerai parler aujourd’hui.

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Kei Sanbe a toujours eu cette tendance à trouver un concept sympa, accrocheur, mais à le conduire maladroitement à bon port. C’est du moins l’impression que j’ai eue en lisant L’île d’Hozuki. Et malheureusement, c’est un peu ce que je me suis dit en devinant à la fin du tome 5 que Yashiro sensei était le criminel dans l’affaire. La révélation manquait de piquant mais restait parfaitement honnête dans la mesure où il n’était pas vraiment question d’enquêter pour Satoru mais plutôt de protéger les victimes. Le tome 6 présente ensuite un gros plot twist avec ces 15 années de coma. Ajouté aux multiples retours dans le temps et à une amnésie, cela rend la situation bien complexe…

L’anime doit condenser en quelques 12 épisodes les 8 volumes du manga prévus. Les derniers chapitres ont été publiés au Japon. Chez nous, nous n’en sommes qu’au tome 6. Je comprends dès lors que l’anime passe sous silence certaines choses. Toute la partie où Yashiro nous parle de son passé – l’influence que son grand frère a eue sur lui, la scène où il abuse d’une petite fille et le suicide qui s’ensuit – était certainement négligeable. La séquence d’introspection est assez bien gérée dans l’anime en se concentrant sur « Le fil de l’araignée » avec le hamster dans sa cage en toile de fond.

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Je dois mettre ici une image de la véritable héroïne d’Erased qui remportera le prochain tournoi MILF

Je trouve néanmoins que la relation entre Satoru et Yashiro devient un peu trop capillotractée. On savait que les sentiments de l’enfant pour son sensei étaient proches de ceux d’un fils pour son père tellement il avait admiré sa façon de régler la situation familiale de Kayo. C’est d’ailleurs ce mélange d’altruisme et de tares qui font de Yashiro un personnage intéressant. Dans le dernier épisode, l’attachement de ce dernier pour Satoru prend cependant une tournure maladive et difficile à comprendre. Tout se passe un peu comme si le sensei s’entichait de l’enfant car il était le seul à comprendre combien il était tordu… Et les paroles de Satoru dans la voiture qui sert au crime : « Je connais votre avenir » perturbent le professeur au point que le criminel sente un vide en l’absence de sa victime et pousse le cynisme jusqu’à lui faire la barbe durant son long sommeil. Des paroles que l’on ne retrouve pas dans le manga et qui incitent Yashiro à demander des explications durant la dernière scène sur le toit de l’hôpital.

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Et là le héros pleure… de frustration… je crois…

D’un autre côté l’anime ne met pas en avant l’aspect qui m’intéresse vraiment dans le manga, c’est-à-dire le fait que Satoru a des connaissances qui ne sont pas celles d’un enfant de 11 ans. Dans l’anime, le jeune homme est surpris de ses propres talents de mangaka mais son entourage ne se soucie pas outre mesure de sa façon de parler et de raisonner. Dans le manga, le médecin émet l’hypothèse que Satoru ait assimilé les lectures de sa mère durant son coma. Difficile au final de comprendre pourquoi Satoru considère dans un élan philosophique ses « années perdues » comme précieuses comme il conserve son vécu jusqu’à 29 ans et qu’il en a désormais 25… Plutôt paradoxal non ?

Ce qui le rattache à ce premier vécu, c’est la jeune livreuse de pizza, Airi. Et ça tombe bien car sur ce point, les dernières pages du manga sont radicalement différentes de la fin de l’épisode 11 de l’anime :

Eh oui, c’est Airi qui donne une raclée aux photographes là où l’anime estime plus logique de faire entrer en scène Yashiro. Cela m’intrigue et me laisse espérer que les 2 tomes qui restent nous offrent un final différent de celui qui a été ficelé en un épisode. Cela exclut d’emblée la jolie scène qui conclut l’anime pour que le héros laisse couler une larmichette. Je n’avais pas trop envie de voir l’anime comme je suivais le manga mais mon visionnage a finalement aiguisé ma curiosité. Début de réponse en juillet avec la sortie du tome 7.