I/O – please don’t put

i-oJ’ai trouvé comment foutre en l’air mes relâches de carnaval : lire un visual novel à la noix. Je parle de I-O, fraichement traduit par lemniscatranslations. Bel effort de leur part d’ailleurs car ça devait être aussi chiant que de traduire en russe "Les Pensées" de Pascal. J’essaie encore de croire que j’aime les visual novel, que je peux retrouver cette grinta qui m’animait autrefois en lisant ces trucs. Certaines épreuves sont malheureusement bien trop rudes pour moi. Quelques heures passées à nager dans le prologue du Fruit de la Grisaia  m’ont ainsi très vite mis au tapis. Avec I-O, j’avais un bon feeling. Parce que le principal auteur a écrit les grandes lignes de la saga Infinity : Ever17, Remember11. C’est un peu ça qui m’a incité à aller au bout du voyage. Je me suis souvenu d’avoir songé à lâcher Ever17 plus d’une fois alors que le final était transcendant. Alors j’ai tenu bon.

Le pitch de base était suffisamment bien foutu pour me tenir en haleine. Un jeune con totalement dérangé cherche sa sœur et se met à jouer à une sorte de MMORPG pour la retrouver. Et il y a un paquet de choses autour pour agrémenter l’aventure : une amie d’enfance terriblement racoleuse, une éclipse totale qui vous donne mal au crâne, des insomnies qui s’avèrent chroniques, des jumelles qui vous rentrent dedans, des lapins en peluche, etc. Le tout est très bien documenté : ça parle d’Einstein, de Newton, de physique cantique, de cybernétique, de piratage informatique, de génétique, du centième singe, de boucle infinie, de mythologie babylonienne. Avec aux premières loges de jeunes handicapés sociaux qui suite aux désillusions éprouvées dans le monde réel vont se réfugier dans un monde virtuel addictif, allant jusqu’à s’implanter des trucs rendant cette réalité alternative bien plus réelle. Voilà pour le menu. Appétissant n’est-ce pas?

i-o (3)ouais, appétissant

Au départ, on a le choix entre quatre scénarios qu’il faudra achever pour voir la vraie route. Autant le dire de suite : vous ne comprendrez strictement rien à l’histoire si vous ne les suivez pas dans l’ordre alphabétique. En effet, le scénario B fait comme si vous avez déjà assimilé la quantité d’informations du A. Et ne parlons pas des C et D qui, pris individuellement, doivent donner l’impression de fumer sa moquette devant l’écran. Précisons que l’auteur n’a pas réussi à boucler son récit dans la vraie route. A tel point qu’il a été nécessaire de reprendre chacune des routes de base par après…

J’ai pas aimé I-O. Pourtant je me suis accroché jusqu’au bout. J’attendais des surprises, des révélations qui me poussent à enchaîner les scénarios, à ne pas manquer une miette de tout ce qui se trame dans cette toile très complexe. J’ai attendu en vain. L’auteur s’applique énormément à construire un univers ambitieux et alambiqué. Il ne déploie pas autant de talent dans le récit. A aucun moment le lecteur ne ressent une once de suspense, jamais il n’éprouve d’empathie envers un casting pourtant bien étoffé. La narration est bien trop décousue. A tel point que l’auteur se sente obligé de raconter trois ou quatre fois la même histoire qui en forme l’ossature : que ce soit de manière pompeusement magistrale, affublée d’un paquet de théories sans queue ni tête, ou en remontant dans l’espace-temps. J’ai pourtant accroché à l’ambiance de I-O, à l’aura mystérieuse qui entoure la sœur du héros, à la vision poétique de lapins se promenant sur la lune, à ces voyages dans le temps que vivent les protagonistes des routes C et D, à la (trop) grande ambition d’un récit qui parfois tient ses promesses.

i-o (2)
la nana était toujours à se prendre la tête dans les bras. moi aussi

J’ai pas aimé I-O. Enfonçons le clou. La réalisation est pour moi totalement ratée. Les personnages ne profitent pas d’une palette d’animations suffisante pour décrire leurs expressions. Cela rend certains dialogues désespérément creux. Le tout manque également de dynamisme, les CG étant trop rares ou alors pas utilisées à bon escient. Les décors de Babylon (le MMORPG où se situe le plus clair de l’action) sont répétitifs à souhait. Les combats contre les codebreakers (tous des clones notez bien) sont tout simplement risibles : on compense la faiblesse de l’action par des théories (encore!) sur les armes à feu. La musique est totalement insipide et fait carrément défaut dans plusieurs scènes. Rien que ça.

Une fois le rideau baissé – après un simulacre de "félicitations Shinji" à se fracasser la tête contre un mur – j’ai poussé un soupir de soulagement. La trentaine d’heures passées devant l’écran a bien fichu en l’air mes vacances. Ne nous trompons pas, I-O n’est pas un visual novel crétin comme le sont les 95% du lot. Mais c’est un titre qui n’a pas profité de moyens à la hauteur de ses très hautes ambitions. Au final, l’auteur a mis en place un univers exceptionnellement riche mais noie le lecteur sous un flot de théories et le perd dans un fatras de séquences où l’on ne distingue plus le réel du virtuel.

About these ads

2 réflexions sur “I/O – please don’t put

  1. Merci à toi pour ton sacrifice. J’ai falli plonger malgré mes réticences au vu des critiques mitigées et la tienne achève de m’éviter le pire.
    Encore un chûni-ge qui passe son temps à nous balancer gratuitement du concept à la figure aux dépens de toute forme de narration efficace. Vraiment dommage car comme toi, j’avais l’impression qu’on allait avoir droit à de la SF ambitieuse et pas trop ridicule.
    Pour la peine, je m’en vais m’auto-détruire avec Bradyon Veda qui me fait de l’oeil depuis sa sortie. Pourtant, je sais que c’est perdu d’avance.

    PS : tu l’as fait avec ou sans walkthrough. En gros, est-ce qu’il est faisable sans ?

  2. Il est tout à fait faisable sans walkthrough. On meurt quelques boites de dialogue après un mauvais choix alors pas difficile de comprendre où on a foiré. Après j’avoue que je n’ai même pas eu le courage de débloquer toutes les fins (il y en a 31!) La plupart du temps y’a du rouge qui défile à l’écran ou alors on meurt d’une façon ou d’une autre. J’ai dû voir les 3/4 cependant.
    Je pense d’ailleurs qu’un peu plus de challenge n’aurait pas fait de mal, Comme élucider ce puzzle devant lequel on reste désespérément bras branlants…

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s