Katahane : théâtre saphique

Plus j’y réfléchis, plus je trouve dramatique l’orientation que prend ce blog en alignant les billets consacrés au merveilleux univers des eroges… Tant pis, continuons dans la joie et l’allégresse. Alors bien sûr, je n’ai pas pu résister aux promesses soufflées par la jaquette de Katahane et à ma grande satisfaction, il n’y a pas eu mensonge sur la marchandise. Au programme donc, une gentille historiette et du saphisme.

Vous savez, les visual novel sont des divertissements hautement culturels qui révèlent à ses initiés les secrets les plus obscurs de l’humanité. J’ai compris le ressort de l’homo-érotisme à travers la lecture de Katahane. En entendant la poupée dire à sa maîtresse, allongées au sein d’une forêt verdoyante : "je suis heureuse, nous sommes pareilles", des réminiscences de lectures passées resurgirent à mon esprit qui subit alors un semblant d’illumination. Oui, même si elle prend un double sens placée dans la bouche d’une marionnette, cette confession résume parfaitement l’enjeu de Girl Friends ou encore d’Octave.

Voilà. J’ai dit l’essentiel. Katahane tient toutes ses promesses. Foncez.

Bon, même si je pense avoir déjà convaincu les amateurs de yuri devant l’éternel, je vais vous ennuyer avec une présentation plus développée. On pourrait dire… Oh ! Dieu !… Bien des choses en somme à propos de cette charmante histoire.

Katahane=Kurohane+Shirohane. La première partie, strictement linéaire, raconte l’histoire de la princesse Christina et de l’ange Efa, une marionnette empruntée par un royaume voisin pour jouer une représentation traditionnelle. Selon les chroniques, la princesse aurait été trahie et assassinée par l’intendant de son royaume, Ein Ronberg.

L’autre – la principale – suit le voyage de Wakaba, une romancière qui souhaite monter une représentation théâtrale en adaptant librement l’histoire de la princesse Christina sans faire d’Ein un traître. Elle profite d’une visite de son ami Cero à son tuteur de Silvberg pour partir à la recherche d’une troupe et d’informations sur l’histoire.

On est dérouté en commençant sa partie car on nous propose de suivre quatre scénarios différents. Ceux de Wakaba, de Coco et d’Angelina forment Shirohane et peuvent se recouper selon les choix que vous ferez. Ils diffèrent très peu mais il faut savoir que l’histoire de Coco est la plus importante, à réserver pour la fin. Vous pouvez lire Kurohane quand vous voulez mais on vous proposera de le faire à un moment de Shirohane.

Les deux parties ont une ambiance très différente. Kurohane nous enferme dans le château de Dornstein alors que Shirohane nous invite à un voyage. On perçoit clairement le contraste entre des morceaux classiques et élégants, joués au piano ou au violon d’une part et d’autre part une musique bien plus joviale et légère, parfois jazzy, de la flute et des percussions, des sifflements potentiellement agaçants.

Le voyage de Shirohane est sensé se dérouler durant les années 1970 dans un univers fictif. Il y a des trains, des téléphones, des machines à écrire mais on remarquera vite que l’industrie n’a pas vraiment pris le dessus sur ce joli petit monde. Les lieux visités trahissent un sacré pittoresque. Les villes ont des consonances françaises (La Renoncule), allemandes (Weiss) et italiennes (Sienna) tandis que certains paysages champêtres me rappellent ma jolie Suisse.

Les décors urbains diffèrent d’une ville à l’autre avec des maisons typiquement germaniques à Chrome et des ruelles qui rappellent celles de Venise à Blew. Parfois on peut lire une enseigne francophone. L’intérieur des maisons ainsi que les bars dégagent une certaine rusticité. Bref, si l’univers se veut alternatif, les concepteurs trahissent volontiers leurs références.

Venons-en à la narration. J’ai quelques critiques à formuler à ce propos car globalement la lecture s’est avérée inconfortable. Le changement de focalisation est constant et souvent on oublie quel point de vue le lecteur incarne, notamment quand on reprend depuis une sauvegarde. La manière dont on place chaque intervenant à l’écran n’aide pas vraiment et il est souvent très difficile de se représenter la discussion tellement ça part dans tous les sens. La distinction entre dialogues, pensées et narration est parfois aussi difficile à saisir.

Katahane profite sinon de très belles CG dont j’ai particulièrement apprécié l’utilisation. Les effets de basculement, de déplacement ou de découpage de l’image servent admirablement la tension et le dynamisme de chaque scène.

Point d’intelligence artificielle dans Katahane mais des marionnettes qui développent une mémoire et une personnalité à l’aide de mystérieuses pierres. Il y a une bonne part de fantastique dans le récit et c’est l’occasion de mettre une nouvelle fois l’homme face à sa création dans une réflexion que l’on pourrait s’amuser à comparer à celle du Sandmann de Hoffmann. Curieusement, l’amour de la princesse pour sa poupée n’est ici pas remis en question même si elles sont conscientes de leur différence.

Katahane présente beaucoup de personnages qui tireront parti de l’escapade entreprise par Wakaba et agrémente son tableau avec la mignonne petite poupée qu’est Coco. Une poupée qui ressemble infiniment moins à un être humain qu’Efa mais qui s’avère très authentique dans son rôle d’œuf de l’ange : elle aime jouer à cache-cache, découvrir ses émotions au moment où elle est brûlée, le sourire de celui qui la trouve. Elle s’intéresse au moindre détail alentour et s’applique aux comparaisons les plus puériles. Ainsi le plafond de la chambre de la princesse ressemble-t-il à un gâteau en pièces.

Au final, Katahane est un gentil et joli visual novel dont l’ambiance bon enfant contraste étrangement avec son contenu érotique.

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