Muv-Luv : from bad story of love to epic show

Afin d’éviter toute éventuelle mésentente, disons-le d’emblée : j’ai vraiment bien aimé la trilogie Muv-Luv. Si son déroulement trahit quelques défauts manifestes et agaçants, je ne peux pas lui en tenir rigueur au moment de poser un regard sur l’ensemble.

Ce que je m’attendais à voir…

Extra

On est persuadé durant la vingtaine d’heures que dure le premier épisode que la réputation de Muv-Luv est usurpée. Il commence pourtant bien avec une introduction rigolote sous forme de séquence « chibi » où Sumika parcourt son journal intime, essentiellement jonché des souvenirs au côté de son inséparable voisin et ami d’enfance, Takeru. L’apparition d’une hôte mystérieuse dans le lit de celui-ci titille longtemps la curiosité du lecteur car si sa chevelure est sans doute montée avec un équerre, on s’interroge sur les raisons de sa présence et on s’étonne des excentricités qu’elle se permet.

Malgré des prémisses qui pouvaient s’avérer prometteuses, Extra se perd en pure story of love. Une fois le harem introduit (avec une prépondérance de blagues autour de la bouffe), on passe à une phase typiquement dating sim. Les routes apparaissent trop évidentes à suivre et leur intérêt limité. Chacune impose de longs dialogues creux et superficiels, flairant tantôt la guimauve, tantôt la bêtise. Si j’ai suivi celles de Meiya et Sumika qui permettent d’accéder au second épisode de la saga, j’ai parcouru les autres en diagonal car l’ennui était vite là.

Ce que j’ai vu…

Unlimited

Le second volet amène une bouffée d’oxygène dans l’univers de Muv-Luv même s’il devient plus oppressant pour Takeru. Il est subitement transporté dans un monde parallèle dévasté par une invasion extraterrestre. Les BETA ont envahi l’Eurasie et le Japon est la dernière ligne de défense à l’Est. L’école a été transformée en un centre militaire où sont formés les enishi, des pilotes de mechas. Takeru y retrouve ses belles avec tous les souvenirs de l’autre monde. Dans cet environnement infiniment moins sécuritaire, il constate que leur personnalité a changé et que lui aussi va devoir se prendre en main…

Nous quittons donc la stricte romance scolaire pour un récit qui flirte désormais entre fiction et prophétie. Le petit « héros » faiblard et indécis est jeté en pâture dans un centre de formation militaire. Sa douce institutrice lui impose désormais quelques vingtaines de tours de piste et il fait office de véritable boulet dans son équipe. Unlimited forme un bon prologue à Alternative car il transcrit parfaitement le nouvel univers et le changement d’ambiance. Malheureusement, les choix opérés sont superflus et la gestion des routes est vraiment minable avec un simple repas de réveillon à la carte.

Les méchants qui vous empêchent d’aller à l’école…

Un passage obligé ?

J’entends déjà LA question que vous vous posez en ce moment : est-on obligé de subir une telle introduction pour apprécier le tant estimé Alternative ? Réponse : OUI.

Si je devais donner une structure à l’ensemble, ce serait en gros la suivante : Muv-Luv Extra sert à introduire les personnages, leur caractère, les liens qui les rattachent au héros. Muv-Luv Unlimited pose en quelque sorte le plot alors que Muv-Luv Alternative constitue la véritable histoire (je dirais même l’arc) de Takeru.

Passer directement à Alternative affaiblirait considérablement la portée émotionnelle et la surprise du titre. Il serait impossible de vivre la situation du point de vue du héros ni de se sentir concerné par certaines révélations. Difficile aussi de saisir la personnalité des protagonistes qui a été développée dans ces préludes.

Je me suis longtemps demandé si Extra n’était pas à l’origine un projet en soi, sans idée d’aller plus loin. Ou alors un bonus avant l’heure (d’où le titre), un peu dans la veine de Muv-Luv Altered Fable. Je me suis dit en commençant Unlimited que l’auteur a voulu placer son harem au sein d’un plot à la Full Metal Panic, histoire de rigoler un peu. Alternative contredit parfaitement ces hypothèses fallacieuses.

Sumika en mode attaque-éclair.

Alternative et le Chekhov’s Gun

Cette technique consiste à introduire tôt dans le récit un élément apparemment superflu qui prend toute sa signification bien plus tard seulement. Il peut s’agir d’un objet, d’un événement ou d’un dialogue sans importance auxquels on fait référence une centaine d’heures après. A quoi ça sert ? Le concept en lui-même a une importance prépondérante dans le récit et un impact sur le lecteur dans la mesure où il stimule sa mémoire en même temps que celle du héros et lui permet donc de prendre part véritablement à l’histoire. Si je vous dis que Muv-Luv use et abuse du procédé, vous comprendrez mieux l’intérêt de supporter toute la trilogie. Les multiples flashbacks présents dans Alternative reprennent ainsi quasiment toutes les CGs des précédents épisodes et il faut avoir l’œil vif et avisé pour saisir au vol certaines images tellement elles défilent vite dans l’esprit de Takeru.

Alternative et sa réalisation

Déjà dans les préludes, j’appréciais énormément la quantité d’effets qui donnaient vie au quotidien souvent très monotone de Takeru. Le petit monde de Muv-Luv est agréablement animé avec des personnages qui changent de plan et bougent bien. Les mouvements de caméra sur les décors garantissent une immersion trop rare dans un visual novel en élargissant considérablement l’angle de vue du lecteur. Les réalisateurs utilisent bien d’autres procédés tels que le zoom (qui rend les visages un peu flous parfois), les négatifs pour arrêter l’action et traduire la stupeur des personnages devant certaines révélations cocasses, la reprise d’images symétriques et les vibrations pour donner vie à l’ensemble.

Des mechas qui butent.

Alternative possède la réalisation la plus monstrueuse que j’ai pu observer dans un visual novel. Déjà les mouvements de lèvres et de paupières ainsi que la buée sont des effets bienvenus. On passe surtout aux choses sérieuses : on bute des aliens et les concepteurs ont eu le souci de bien représenter les tirs de missiles, les explosions et les mouvements des mechas en faisant défiler au besoin trois ou quatre images à la seconde. Les vibrations montrent bien comment les armes crachent le feu à l’écran en respectant le rythme des détonations. Tout ça rend les affrontements nerveux, dynamiques et puissants. Si comme plusieurs, j’ai moyennement accroché au chara-design bien trop funky de certaines héroïnes, je m’y suis habitué et le mecha-design compense largement cet aspect.

Alternative et ses mechas

Alors oui, les mechas ont vraiment une belle gueule. Les concepteurs ont privilégié les mechas du style conventionnel d’un Front Mission par exemple aux extravagances que l’on retrouve chez Gainax. On assiste aux combats du point de vue du héros : on peut voir l’écran radar, les munitions restantes, les dégâts encaissés, etc. Ca permet de parfaitement transcrire la tension du champ de bataille à travers l’œil du pilote. Les différentes espèces de BETA profitent aussi d’un joli design et donnent bien envie d’être mitraillées.

Un eroge qui parle de pénétration.

Je dois quand même souligner un des gros points faibles d’Alternative : les longues leçons et phases stratégiques données par les instructeurs. Elles sont bien trop chiantes à suivre et plombent le rythme général du récit. On peut comprendre que l’auteur avait à cœur de développer avec réalisme les spécificités des mechas ainsi que le pilotage mais on s’endort devant certaines leçons… D’autant plus qu’elles ne servent à rien comme on ne prend aucune décision durant les affrontements. On ne nous épargne malheureusement pas non plus les dissertations sur la vie et le passé quand on est entouré de 100’000 BETA…

Altrernative et son histoire

Qui dit monde parallèle, dit Histoire altérée. Nous sommes en 2001 mais la riposte nucléaire à Hiroshima n’a pas eu lieu. Cela n’a pas empêché la défaite du Japon qui garde aussi sa vieille constitution où le shogun et l’empereur sont à la tête du gouvernement. Il ressort de Muv-Luv une forte réflexion sur le patriotisme. Combat-on pour le Japon ou pour l’humanité ? Car il y a en coulisses des enjeux politiques forts autour de l’appropriation d’un hypothétique monde post-BETA. On sent par moments un sentiment anti-américain émerger du scénario mais Muv-Luv parvient à poser sans manichéisme toute l’ambiguïté du conflit politique.

Meiya, elle pue la classe.

L’histoire (avec minuscule) de Muv-Luv est quand à elle très bien menée d’un bout à l’autre et tient le lecteur en haleine malgré un défaut de taille au niveau du rythme. Elle compte en effet beaucoup trop de monologues intérieurs sur les idéaux, la force des convictions et surtout d’analyses de la situation entre Takeru et Yuuko, la prof avec laquelle vous passerez le plus clair de votre temps à blablater. Certaines phases du scénario traînent vraiment en longueur et d’autres explications sont trop compliquées pour pas grand-chose. (Faudrait que quelqu’un fasse un billet sur la physique quantique dans l’otakulture, il y aurait matière…)

Alternative et ses personnages

Sumika est l’amie d’enfance pétillante et maladroite dont on reconnaît l’humeur à la forme de sa mèche pendante. Meiya est mon héroïne préférée car elle sert de pilier émotionnel au héros, possède un caractère bien trempé et un bon background. Un personnage touchant de par ses sentiments et sa destinée. Le reste du groupe a bien moins d’importance : Sakaki la déléguée de classe type avec ses gros sourcils sévères, Ayamine l’électron libre qui se fiche de tout, Mikoto, traumatisante car trans-genre tandis que Tama est un petit chat timide.

Ceux qui ont vu Akane Maniax reconnaitront ce joli monde.

D’un monde à l’autre, les situations de chacun des personnages se ressemblent à tel point qu’Unlimited semble la translation fidèle d’Extra dans un milieu différent. Ainsi Marimo est-elle toujours l’institutrice de Takeru mais une sévérité de fer prend le pas sur sa mansuétude maternelle. L’autre professeur, Yuuko, est à l’opposé espiègle, froide, manipulatrice et n’a d’intérêt pour son partenaire qu’en tant que pantin utile… ou cobaye : n’oublions pas Kasumi, l’étrange petite fille coiffée d’oreilles de lapin qui tient la compagnie d’une cervelle non moins mystérieuse dans un cylindre…

S’il n’y a que des filles dans l’entourage du héros, c’est parfaitement justifié dans la mesure où les hommes ont déjà pratiquement tous crevé sur le champ de bataille (précisons d’ailleurs que la population ne compte plus qu’un milliard d’habitants).

Alternative et son héros

Muv-Luv aborde bien des thèmes introspectifs tels que la maturité, les résolutions, le courage, etc. Takeru est un héros lambda qui prend de la bouteille au fil de l’aventure. Unlimited représente en quelque sorte son apprentissage alors que dans Alternative, le narrateur a une position de supériorité car il conserve à la fois l’expérience reçue à l’entraînement et les souvenirs de ce qui va se passer. Et c’est jouissif car on partage quelque peu son ascendant et son omniscience si on a supporté le prélude.

Il a une sale tronche.

Muv-Luv Alternative est la route de Takeru : ses souffrances et ses états d’âme sont au centre des enjeux. C’est d’une part une sorte de nostalgie qui habite le héros : il manque quelqu’un dans ce monde. C’est aussi un profond malaise car il ne comprend pas la mentalité des soldats, lui qui a vécu dans l’univers rassurant de Muv-Luv Extra. Takeru fuit la cruauté du champ de bataille et ressemble en ce sens beaucoup à Shinji. C’est d’autant plus frappant que l’on retrouve dans les derniers épisodes d’Evangelion le même contraste entre un monde rassurant auquel on veut croire (mais utopique) et le monde réel.

Alternative et son côté eroge

Si les deux premiers volets balançaient machinalement une scène de sexe avec deux CG pour chaque héroïne, les aspects H d’Alternative sont bien plus spécifiques. On reconnaîtra par-ci par-là quelques traces d’humour grivois notamment chez les supérieures de Takeru. On soulignera la transparence de l’uniforme chez les cadettes, un choix stratégique (sic). Sans cela, on oublierait longtemps que Muv-Luv est un eroge. Alternative crée néanmoins l’exploit de placer finalement au centre du scénario la question sexuelle. Un traitement assez surprenant et qui aurait fait mouche si une scène grotesque ne plombait pas le tableau.

On peut même pas la manger.

Et les routes ? Elles sont tout simplement absentes de cet épisode, un choix que l’on pardonnera sans problème en se souvenant de leur traitement dans Unlimited. Je regrette néanmoins que les différentes décisions prises n’aient pas d’impact sur le déroulement et qu’il n’y ait pas de fin… alternative.

Au final, âge réussit parfaitement l’objectif qu’il s’était fixé car on s’attache l’espace d’une centaine d’heures à l’univers et aux héroïnes de Muv-Luv. Malgré ses défauts, je retiendrai de la saga son histoire majestueuse, ses réflexions et les destinées qu’elle met en place, son final grandiose et quelques thèmes transcendants (生命の炎, 奪われしもの) qui me trottent encore à l’esprit au moment d’écrire ces quelques lignes.

4 réflexions sur “Muv-Luv : from bad story of love to epic show

  1. Ouh mon dieu le vilain spoiler !

    Bon ça va, t’as fini par comprendre pourquoi ça bute autant. Par contre pour le coup des détails techniques et longs monologues sur de l’armement ou autre, faut voir à quel public ce genre de produit est adressé aussi :).

  2. "from bad story of love"
    Oh allez c’est pas si mal (c’est même plutôt bien dans le cas des 2 héroïnes principales imo), en tout cas il y a bien pire, et surtout c’est marrant. Bon okay, on se fait parfois un peu chier pendant les routes de Tama et Ayamine, et celle de Chizuru est juste une purge du début (la fin du match de lacrosse) à la fin.
    En tout cas c’est bizarre de voir des critiques négatives sur Extra parce que celui-ci reprend des clichés de love story alors que dans le même temps Unlimited et Alternative sont encensés et reprennent pourtant des clichés d’histoires de mecha (les costumes qui sont une grosse parodie des plug suits, une scène avec Meiya qu’on retrouve dans NGE, des scènes Shinji-esques, etc.). WTF.

    Sinon puisque tu abordes le sujet de la réa, ça m’a fait drôle de voir les lèvres des soldats bouger au début d’Alternative : "Oh shit ! Du budget ! "
    Déjà que la réalisation était pas mal dans Muv-Luv…
    Toujours dans la réa : z’avez remarqué que la première nana qu’on croise dans Unlimited est la dernière dont on a fait la route dans Extra (sauf Sumika obviously) ? Neat.

    Anecdote dont tout le monde se fout : j’ai fait MLA alors que d’autres regardaient Madoka. J’ai échappé à un "chomp" pour m’en bouffer un autre…

    "qui me trottent encore à l’esprit au moment d’écrire ces quelques lignes."
    La Gueule de Bois Muv-Luv Alternative !!! =D
    Il est des noooootreuh~ il s’est mangé une baffe comme les auuuutreuh~ !

  3. Hum, dans le genre story of love, j’ai vu… mieux. On dirait que l’auteur s’est forcé à faire du drama pour du drama avec un canevas qui tient sur deux lignes pour chaque héroïne. Celle de Meiya reste sympa mais celle de Sumika tient sur rien du tout (enfin oui c’est son amie d’enfance et Muv-Luv semble faire l’apologie de ce lien).

    J’ai pas remarqué, non. En fait j’ai l’impression que mon système n’a pas pris en compte le fait que j’avais achevé toutes les routes d’Extra en commençant Unlimited. J’ai pas eu droit à certains flashback du coup =(

    Et ouais, c’était un beau "chomp". Et c’est pas le seul point commun que partagent les deux titres ; )

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