G-Senjou no Maou – quand Goethe rencontre Bach

Appréciez la culture dont s’imprègne le titre de cet eroge signé Akabeisoft2′s. G-Senjou no Maou fait référence à la fois à l’air inspiré de Jean-Sébastien Bach (Air on the G String) et à un poème de Johann Wolfgang von Goethe (Der Erlkönig) mis en chanson par Franz Schubert.

"Du liebes Kind, komm geh’ mit mir!
Gar schöne Spiele, spiel ich mit dir,"

Kyousuke est le fils adoptif d’Azai Gonzou, un monstre de la pègre qui contrôle la cité dans l’ombre. Quand notre héros ne trouve pas le temps d’aller en cours, il travaille pour l’organisation de son père afin de rembourser une dette contractée par sa famille. A la recherche d’un criminel surnommé Maou, une étrange jeune fille nommée Usami Haru est transférée dans son école. Kyousuke a justement reçu du "démon" un mail contenant deux vers de Goethe (1). Il est chargé par Azai Gonzou de traquer Maou et épaule ainsi Usami dans son duel avec le diable, sans se douter qu’une spirale de vengeances mortelles impliquera leurs familles et camarades. Ensemble, parviendront-ils à déjouer les plans machiavéliques de l’énigmatique Maou ?

G-Senjou no Maou est mon deuxième eroge après Saya no Uta. Cette fois les routes s’avèrent moins linéaires mais les différents choix accusent une trop grande simplicité comme ils ont un impact immédiat sur les événements. Chaque chapitre aborde l’histoire d’une héroïne à laquelle on peut choisir de s’attacher et ainsi conclure l’intrigue sans avoir les réponses aux énigmes. Un dilemme pour le moins cornélien si vous voulez mon avis : est-il préférable d’achever méthodiquement chaque branche du scénario pour accéder à la plupart des onze scènes érotiques éparpillées dans le récit ou prendre son mal en patience et viser directement la véritable histoire de G-Senjou no Maou? En jouant au parfait salopard, on peut même condamner nos demoiselles à une obscure destinée dont la chute s’avère tout particulièrement poignante parce que vous savez, quelque part…

Quelque part, on souhaite détruire ce qui est pur…

Azai Kyousuke n’est pas un étudiant ordinaire. Il écoute du Jean-Sébastien Bach et chérit maladivement ses précieux albums de musique classique qu’il achète à double. Manipulateur et sans scrupule, il est persuadé que rien n’importe plus que l’argent et utilise son intelligence pour faire chanter des entreprises. Allergique à tout ce qui touche à l’amitié et aux émotions, il affiche une fausse convivialité devant ses camarades mais s’avère extrêmement froid et méprisant à l’égard de ceux qui n’ignorent pas son double jeu.

Usami Haru transpire la classe et l’excentricité. Derrière une chevelure en bataille exagérément longue qui lui donne parfois des airs de Sadako et une apparence introvertie se cache un parfait détective dont les facultés de déduction laissent souvent pantois. C’est surtout sa personnalité changeante et loufoque qui aguiche le lecteur : ses vannes pourries ont le mérite d’agacer Kyousuke qui considère Usami comme un parasite sans le sou à la fois bizarre et dégoûtant. Mais pourquoi est-elle à la poursuite de Maou ?

Une imouto très genki.

Le reste du casting ne se distingue pas outre mesure mais pose des jalons intéressants à la véritable énigme. Miwa Tsubaki joue la parfaite déléguée de classe dont l’extrême pureté ne manque pas de causer des nausées au héros. Incapable de voir le mal dans l’être humain, elle manifeste une naïveté insondable que l’on prendrait presque plaisir à détruire. Patineuse artistique au plus haut niveau, Azai Kanon est la douce « petite sœur » du héros à la voix pleine d’entrain. Elle ignore tout des magouilles de son père Gonzou et semble très attachée à Kyousuke. Pour compléter ce joli tableau de chasse, je cite rapidemment les héroïnes du dernier chapitre : Shiratori Mizuha, une « princesse » quelque peu asociale qui cultive les fleurs et Tokita Yuki, l’amie d’enfance d’Usami qui maîtrise l’art de la psychologie criminelle et des négociations. Je laisse de côté le petit boulet qui sert de disciple à Kyousuke quand il joue à Dieu lors de solennelles séances en salle de biologie.

G-Senjou no Maou est une production très récente et cela se sent à travers la façon dont les personnes bougent à l’écran sur plusieurs plans. Techniquement, le titre s’en sort avec les honneurs car si les CG ne sont pas d’une beauté à couper le souffle, j’aime assez le style d’Alpha’s. Ils manquent juste un peu de régularité dans leur conception et se démarquent un peu trop du design des dialogues. Les décors urbains sont sobres et efficaces dans la mesure où ils dégagent juste ce qu’il faut de mystère et de danger. Je suis particulièrement sensible à la façon dont les scènes érotiques son gérées. Ici, elles peuvent sembler mécaniquement  insérées à raison de trois par route mais elles ne sont jamais gratuites : comprenez que dans un monde où règne la violence, les personnages ont besoin d’une façon de libérer leur doute, leur haine et leur désespoir que ce soit par l’amour ou la luxure. Et pis les scènes sont suffisamment variées pour qu’on prenne la peine d’aller au bout de chaque chapitre. Le "G" présent dans le titre peut avoir une autre signification si on extrapole un peu beaucoup !

"If you want a bitch to do what you want, you have to eat her up."

Au niveau des seiyus, il faut surtout noter que Maou est interprété par Jun Fukuyama. Et c’est évident. Impossible de ne pas reconnaître derrière ses trémolos hautains, méprisants et classieux la voix de Lelouch Lamperouge. La voix pleine d’insouciance et de gaieté de Kanon m’a aussi beaucoup plu mais risque d’irriter ceux que les langoureux « onii-chan » insupportent.

J’ai beaucoup apprécié l’ambiance sonore de G-Senjou no Maou, des arrangements de musique classique souvent  interprétés façon jazzy. On reconnaîtra six variations du fameux Air on the G String adapté par August Wilhelmj du second mouvement de la suite No 3 en D majeur de Jean-Sébastien Bach (2) et bien sûr quelques morceaux du Erlkönig de Franz Schubert que les Japonais connaissent sous le titre de "Maou". La bande originale de ce visual novel (3) reprend bien d’autres fameuses mélodies (le programme court de patinage de Kanon prend comme thème La chevauchée des Walkyries de Richard Wagner) et s’il ne s’agit peut-être pas des plus belles interprétations, certaines ont une importance prépondérante dans l’intrigue. G-Senjou no Maou porte en effet très bien son titre.

On peut reprocher au récit de cumuler les développements « tranche de vie » autour des personnages au lieu de s’attacher à la poursuite de Maou. Il ne faut pas pour autant considérer les différents arcs comme du remplissage car les héroïnes possèdent toutes suffisamment de secrets et de personnalité pour rendre la route intéressante. Elles dévoilent au héros un profond mal-être, une fragilité que Kyousuke peut détruire ou appuyer à sa convenance. Les différents chapitres sont orientés « recherche de soi » et livrent chacun des messages particuliers, comme toujours ponctués de dramaturgie larmoyante.

Mais l’univers de G-Senjou no Maou est surtout celui de la violence et du crime où la morale est mise à mal et le lecteur se surprend lui-même à ne plus distinguer ce qui est juste ou pas. Le dernier chapitre traite du principal thème de G-Senjou no Maou : la vengeance. Et je tiens à dire que le cercle infernal traditionnellement représenté est parfaitement ficelé. Maou s’amuse en quelque sorte avec sa nemesis et leur duel est ponctué d’inextricables embûches, de fausses pistes et de devinettes que le lecteur s’amuse à résoudre.

N’ayons pas peur des clichés descriptifs à l’heure du bilan : G-Senjou no Maou est un récit tortueux, sombre et effréné qui parvient toujours à tenir le lecteur en haleine. Le titre réserve des rebondissements épiques et des révélations surprenantes sur le background des personnages, le démon et son identité. En résumé, une grosse paire de claques et il paraît que le précédent titre d’Akabeisoft2′s, Sharin no Kuni (4), est encore mieux.


(1) Le texte et la traduction du Erlkönig de Goethe sur Wikipedia.
(2) Une interprétation assez classique de Air on the G String sur Youtube.
(3) La liste des soundtracks et leur titre original  sur le site de TLWiki (auquel on doit en passant l’excellente traduction du visual novel).
(4) Présentations de G-Senjou no Maou et de Sharin no Kuni sur Anime History.

8 réflexions sur “G-Senjou no Maou – quand Goethe rencontre Bach

  1. "Quelque part, on souhaite détruire ce qui est pur…"
    "une naïveté insondable que l’on prendrait presque plaisir à détruire"

    Au premier abord, t’as l’air d’être un gentil, très citron-fraise, mais en fait t’es un vrai vilain à tendance sadique. La description d’Azai Kyousuke était autobiographique ?

    I’m chokède.

  2. Ca m’a l’air d’être un Visual Novel intéressant, merci pour la découverte. En plus en ce moment je ne sais pas quoi faire, donc ça tombe bien. :D

  3. Oh un article sur G-Senjou no Maou !
    Je ne l’ai pas encore fini (en ce moment au chapitre 4) mais je le classe facilement comme étant un de mes VNs préférés
    Sharin no Kuni, Himawari no Shoujo est aussi excellent. Il y a Norio Wakomoto qui double l’antagoniste. Et rien que pour ça, c’est priceless.

  4. Oh, je ne connaissais pas du tout ce visual novel mais tu as réussi à piquer ma curiosité. Un récit sombre, tortueux ? Avec un héros un peu salaud doublé par Jun Fukuyama en bonus ? Je prends =D. En plus j’ai regardé la tracklist de l’OST, il y a tout plein de pistes de musique classique que j’aime bien, ça me donne d’autant plus envie d’essayer.

    Petite question qui me turlupine : A te lire on en vient à penser que les diverses héroïnes qui tournent autour de notre duo de choc en quête du Maou sont assez inutiles, est-ce qu’elles apportent vraiment quelque chose d’intéressant ?

    "Quelque part, on souhaite détruire ce qui est pur…" = Owi, vends-nous du rêve *__*
    …ça fait pas très ladylike je sais.

  5. On dit souvent que les différents arcs autour de Tsubaki, Kanon et Mizuha ne valent rien en comparaison avec la vraie fin du jeu. Je ne suis pas de cet avis parce que c’est là qu’on peut sceller leur déchéance :p

    Je trouve sinon que leur implication est tout à fait honnête même si on ne déclenche pas leurs scénarios, sauf peut-être en ce qui concerne Kanon qui est à l’étranger la plupart du temps. Mais elles semblent un peu disparaître de l’horizon dès que leur chapitre est achevé.

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